I. PmltmVE RELIGION DPS MALAIS ET DES INDO-CHmOIS
Par ses traits esseoliels la i^ligîon indigène des populations de race malaise e$t identique avec ranimisme primitif, que
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nous avons rencontré déjà sur une notable portion du globe terrestre. Ainsi, avant d'être conquis par les Espagnols, les Tagals des Philippines adoraient les vieux arbres, faisaient des offrandes aux écueils, aux caps, aux rochers et surtout aux alligators, quand ils naviguaient sur les rivières. I^ soleil, la lune, Tarc-en-cieL étaient aussi pour eux des divinités. D'autre part, ils avaient un culte pour ceux de leurs ancêtres qui de leur vivant s'étaient distingués par des hauts faits mémorables. Par suite d'une illusion totémique extrêmement commune, ils plaçaient les crocodiles parmi leurs aïeux et les appelaient « grands-pères ». Même avant leur mort, les vieillards très âgés étaient déjà considérés comme des êtres divins; eux-mêmes prenaient leur divinité au sérieux et se paraient du titre à'anitos.
Le mot tagal anito ressemble singulièrement au mot peaurouge manitou et de plus il a le même sens. En effet, toutes les idoles des Tagals s'appelaient anitos. Il y avait des anitos de la maison, des dieux lares; des anitos des montagnes, auxquels on demandait la permission de franchir les défilés; des anitos agricoles, près desquels on sollicitait de bonnes récoltes; des anitos des ancêtres; des anitos marins, de qui dépendaient la pêche et la navigation; etc., etc. A tous ces esprits les Tagals faisaient des offrandes et des sacrifices. Us n'avaient pas encore de temples; mais ils avaient des sorcières, qui guérissaient les malades à force de contorsions et de catalepsie, qui ouvraient les tortues et tiraient des augures de l'inspection de leurs intestins, etc/.
Des croyances et des pratiques très analogues à celles des Tagals se rencontrent chez toutes les populations malaises. Les Bougis, les Macassars, etc., croient aussi à leur parenté avec les crocodiles. A de certains jours fériés, ils chargent même un bateau de provisions, de bétel, de tabac eU avec
i. W. Marsden. Hiêtoire de Sumatra, toI. K, 110-113.
accompagnement d'invocations, de chants, de musique, ils jettent toute leur cargaison à Teau, dès qu'ils aperçoivent un de ces reptiles soi-disant ancestraux^ Les Tikopiens croient aux esprits et ne mangent jamais sans jeter à terre une portion de leurs aliments, destinée à ces hôtes invisibles*. Les Dayaks expliquent le rêve par des excursions de leurs doubles pendant le sommeil du corps, comme on Ta fait en tant de pays'. En général les sépultures aériennes sont en usage chez les populations malaises, qui n'ont pas adopté les coutumes arabes, par exemple a Timor^. Pourtant, à Sumatra, les indigènes pratiquaient souvent Tinhumalion, mais avec des précautions propres à garantir de la pression de la terre le cadavre, qu'ils ne pouvaient croire insensible. Pour cela, sur Tune des parois d'une grande fosse, ils creusaient une cavité, où ils déposaient le mort. Puis ils clôturaient cette niche avec des planches avant de combler la fosse principale. Nous savons déjà combien sont communes celle crainte de la pression de la terre et ces précautions. Ces mêmes insulaires ne doutaient pas non plus de la survivance après la mort. En célébrant, un an après le décès, un festin funéraire, ils avaient soin de placer sur la tombe, à titre d'offrande, la tête du bison tué pour la circonstance^ Les Malais de Sumatra vénéraient extrêmement leurs cimetières el ne pouvaient se résoudre à en éloigner leurs résidences^ Ils invoquaient les ombres de leurs ancêtres, les prenaient à témoin dans leurs ^rments et ne doutaient pas que les esprits des hommes ne pussent se loger dans le corps des tigres. D'ailleurs certains hommes vivants avaient la faculté de se changer en tigre.