A. — LES PREMIERS HABITANTS DE L'EGYPTE
Quand il s'agit de mettre l'Egypte à sa place dans la hiérarchie des races et des civilisations, on n'est pas peu embarrassé. L'histoire écrite et même l'histoire d'après les monuments ne nous font connaître du pays des Pharaons qu'un peuple déjà parvenu à l'âge adulte, et dont les origines se dérobent dans la nuit du passé. Sur l'enfance et la jeunesse de rÉgypte on en est presque réduit aux conjectures. Ce qui est certain, c'est que trois races diverses se sont rencontrées et plus ou moins fondues ensemble dans la vallée du Nil : une race venue de l'Occident, la race berbère ou libyenne, qui était une race blanche, puis la race éthiopienne, noire de peau, mais ayant les traits presque caucasiens et les cheveux simplement bouclés. Enfin, de l'est, survinrent, mais plus tardivement, des envahisseurs sémitiques. Longtemps on a cru que la civilisation égyptienne était originaire de l'Ethiopie, aujourd'hui encore toute semée de monuments égyptiens. L'étude des faits semble indiquer, au contraire, que le courant civilisateur a remonté et non descendu la vallée du Nil.
D'où venaient donc les premiers occupants de la Basse- Egypte, ceux qui, avant tous les autres, ont engagé la lutte avec le grand fleuve en le canalisant et en desséchant les marais de son Delta? On ne peut guère les croire sémitiques. Les premières agglomérations des Sémites étaient relativemenl éloignées de l'Egypte. Reste donc la grande race berbère, qui, dès l'âge quaternaire, a occupé une grande par lie de l'Europe occidentale et méridionale ainsi que l'Afrique antésaharienne. Par exclusion et conformément d'ailleurs aux traditions égyptiennes elles-mêmes, on est amené à faire venir de l'ouest les premiers habitants du Delta et à les
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rattacher à ces Berbères préhistoriques, dont des spécimens ont été retrouvés à Cro-Magnon.
S'il en est ainsi, comme tout semble l'indiquer, il importe, avant d'aborder l'étude mythologique de l'Egypte, de faire c^lle des Berbères. Or les Berbères authentiques, ceux qui ne se sont point totalement fondus avec d'autres races, ceux qui subsistent encore ou existaient à une époque relativement récente, sont : 1** les Guanches ,des Canaries; 2"* les Touareg du Sahara ; 3** les Kabyles. Mais, au point de vue religieux, les Kabyles sont musulmans depuis des siècles. Nous ne pouvons guère nous occuper utilement, pour l'objet de ces études, que des Guanches canariens, brusquement arrêtés dans leur lente évolution par la conquête espagnole, mais sur lesquels les chroniqueurs nous ont conservé nombre de renseignements précis, et des Touareg sahariens, que leur habitat, leur existence nomade, ont soustrait dans une assez large mesure à l'influence arabe et qui sont musulmans bien plus de nom que de fait.
Chez les Guanches et les Touareg, nous avons donc quelque chance de retrouver des vestiges d'un état mythologique analogue à celui des Berbères fondateurs de la primitive Egypte, et il importe de résumer tout ce que l'on sait sur leurs croyances religieuses, avant de s'occuper du pays des Pharaons.