A. — LES ABORIGÈNES DE L'INDE 1. — LES RITES FONÉRAÏRES
Avant d'aborder Tétude des grandes et célèbres religions de rinde, il nous faut, pour resler fidèles à la méthode corn-
paralive et évolutive, résumer les croyances religieuses de populations beaucoup moins développées, les unes contemporaines, les autres depuis longtemps disparues, savoir, des aborigènes actuels de l'Inde et des ancêtres directs des Hindous actuels, des Aryas védiques. C'est parmi ces populations, les unes sauvages, les autres barbares, que nous avons chance de retrouver les croyances originelles, celles qui ont précédé le Brahmanisme, le Bouddhisme et leurs dérivés.
Que le Brahmanisme descende directement du Védisme, c'est un point généralement admis; mais le Védisme luimême n'était déjà plus une religion primitive; il était issu de cultes plus élémentaires encore et dont nous pourrons peut-ôlre rencontrer les analogues chez les sauvages de l'Inde contemporaine. Sans doute ces tribus survivantes sont loin d^étre homogènes; anatomiquement, elles se rattachent aux grandes races qui ont occupé l'Inde, tantôt aux races tamiles, tantôt aux Mongols, tantôt aux Aryens; mais nous savons qu'aux stades inférieurs de leur développement les races humaines ont, toutes, une mentalité très analogue. Celles-ci, malgré leur bigarrure, ont subi des influences de môme prdre, parfois ont communiqué entre elles. Elles sont les débris ultimes de peuples ayant jadis occupé une aire plus vaste ; les envahisseurs d'origine védique ont eu sûrement à compter avec leurs ancêtres et ont même pu, bon gré mal gré, leur faire certains emprunts et certains prêts. Nous devons donc glaner, chez ces épigones de l'Inde très ancienne, des renseignements profitables à nos études et il importe de les y chercher.
Je commencerai par interroger leurs rites funéraires. Ces rites sont divers. Les Koukis déposent simplement le cadavre sur une estrade, à la manière des Peaux-Rouges, parfois sous un hangar; mais, dans tous les cas, ils ont bien soin de lui apporter, chaque jour, des aliments et des boissons, de nour-
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mais il ne i*est pas tout de suite. Son corps est d'abord lentement desséché pendant quatre ou cinq mois, puis incinéré en cérémonie en même temps que des offrandes de fruits et de bétail. Les cendres sont recueillies dans un vase de terre et déposées solennellement sous une des tables dont j*ai parlé*. Ces rites mélangés semblent bien indiquer une évolution. On a dû d'abord placer le cadavre sous un dolmen rudimen taire; puis on a adopté la crémation, tout en conservant l'ancienne coutume et, de plus, on a joint au dolmen le menhir commemoratif.
Les Moundas et les IIos ont des coutumes très analogues h celles des Khasias. Leurs morts notables sont brûlés dans un cercueil avec des bijoux, ustensiles et vêtements. Puis les débris osseux, recueillis dans un vase, sont processionnellement portés dans une lourde tombe mégalithique. Avant de fermer le dolmen avec la table, on a soin de jeter du riz dans la tombe. Parfois l'individu lui-même a eu, de son vivant, la prévoyance de préparer sa dernière demeure. Enfin des alignements de menhirs commémoratifs sont érij;cs; aussi des groupes de ces monuments mégalithiques existentils près de chaque village. Il s'agit bien de véritables mégalithes. En effet, les tables horizontales peuvent avoir 17 pieds de long sur 9 de large. Les pierres levées ont de 6 à 15 pieds de hauteur. A défaut de pierres, on se sert de bois pour dresser ces monumenis funéraires; mais alors on y grave des images d'oiseaux et d'autres animaux*.
Les Kliarrias brûlent leurs morts, en recueillent les cendres dans un vase de terre, puis les jettent à la rivière. Ensuite ils érigent près de leurs maisons de hauts menhirs qui représentent le défunt et auxquels ils font des offrandes quotidiennes'.