‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 443 sur 555 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

bouddhistes une très grande importance, puisque l'un de leurs dogmes fondamentaux, qui leur est commun avec Je Brahmanisme, est la transmigration. Dans le Lamaïsme, nous avons vu ce dogme entendu au pied de la lettre et dans son sens le plus étroit. Dans le Bouddhisme, comme dans le Brahmanisme, la transmigration est devenue une sanction morale de la conduite, une peine ou une récompense; mais le Bouddhisme s'est distingué du Brahmanisme en aspirant avec passion à briser la chaîne des incarnations, en offrant aux dévots pour suprême récompense, non pas une glorieuse réincarnation sur la terre, non pas même une vie de béatitude dans un séjour céleste, mais lanéantissement, le iVirvâna, et cela sans aucune acception de caste ou de classe : le paria bouddhiste peut aspirer au Nirvana aussi bien que le roi et le brahmane.

Mais atteindre le Nirvana n'est pas chose facile, comme nous le verrons tout à l'heure, en nous occupant du culte et de la morale bouddhiques ; pour y réussir, il faut se plonger dans les profondeurs les plus abstruses de la méditation, éteindre tout désir, devenir silencieux, « comme un gong brisé »*; en résumé, il faut s'élever à la condition à'Arahat ou saint et, pour cela, passer par les quatre états suivants : 1** l'entrée dans le courant religieux; 2^ l'état de celui qui ne revient plus qu'une fois parmi les hommes ; S** l'état de celui qui n'y reviendra plus; 4^ l'état d'i4raAa«, qui conduit directement à la béatitude finale*.

Mais, entre le Nirvana et la vie terrestre, il existe aujourd'hui toute une série de cieux étages, de plus en plus épurés à mesure qu'ils s'élèvent sur les flancs d'une monlythique, le Soumérou. Sur cette montagne de cristal, ir, d'or et d'argent, croit un arbre, dont les fruits

Summer. Religieuses Oouddtmlet. — T. W. Rhys Dav lis. Baddhi$m, 114* unmer* Heligieuset bouddhistes^ 7.

servent de nourriture aux êlres divins, aux dêvas, habitant les divers étages de la montagne paradisiaque. Ceâ dêva$ sont donc corporels ; du resic le Bouddha lui-même est doublement corporel, puisqu*il possède un corps pur, immuable, et un corps inférieur, qui lui sert à se réincarner, à se mettre en rapport avec le monde terrestre.

Les étages du mont Soumérou peuvent se classer en . : 1" Monde des désirs; 2® Monde des formes et des couleurs; 3" Monde sans formes, dont le quatrième étage est habité par des êtres ni pensants ni non pensants^ qui ont atteint le Nirvana. — Chacun de ces mondes célestes se subdivise en régions, en cieux. Le ciel Touchita, où le Bouddha attendait le moment de sa réincarnation, ne constitue qu*un étage très peu élevé, le quatrième ou le sixième; on n'est pas bien d'accord sur le chiffre. Dans ce ciel Touchita, Tim des gradins du Monde des désirs, il y a encore des êtres féminins, les Apsaras, sorte de nymphes voluptueuses, qui embellissent le séjour des joyeux; mais, aux étages supérieurs, Félément féminin a complètement disparue On voit que le Boudddhisme populaire n'a pas pu expulser de sa mythologie Tantique croyance à la vie posthume, si profondément enracinée dans la mentalité humaine. Il s*est borné à en faire un pont, un trait d'union entre la vie terrestre et l'anéantissement, le Nirvana.

En Chine il s'est même Irouvé des bouddhistes qui, incapables de s'élever jusqu'à la conception du Nirvana, en sont restés au mythe paradisiaque. Leur espoir est d'aller après leur mort dans un bienheureux séjour, situé à Voccident de la Chine et tout pavé d'or, d'argent et de pierres précieuses. Cet Eden de bijoutier est arrosé par des ruisseaux couverts de lotus et roulant sur des sables d'or. Trois fois par jour, il y pleut des fleurs; une musique céleste y charme

i. M. Summcr. Uiitoire tle Sakya-Mouni, 14.

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les oreilles. Les bienheureux habitants de ce paradis y répandent des fleurs en l'honneur des Bouddhas, qui y résident. Des essaims d'oiseaux au plumage varié y chantent les louanges de la religion. Le nom même de Fcnfer est inconnu dans ce pays de béatitude. Ces oiseaux paradisiaques ne sont d'ailleurs que des apparitions. Sous le souille du vent les arbres et les cloches produisent des sons enchanteurs, mais éveillent des pensées religieuses, etc. , etc. Aller dans ce paradis délicieux n'est pas bien difficile. Pour cela, les bonnes œuvres sont inutiles et il suffit, pendant six ou sept nuits, de répéter l'un des surnoms du Bouddha : « Amiiâyus, vie illimitée ». Vous pouvez être sûr ensuite qu'à l'heure de la mort, le Bouddha, avec sa sainte escorte, viendra recevoir votre double*.

Chaque esprit se fait une religion à sa mesure; aussi, se trouvant impuissante à gravir le Soumérou orthodoxe, cette secte paradisiaque de bouddhistes chinois s'est arrêtée aux étages inférieurs. Mais en quoi consistent essentiellement les dogmes bouddhiques? C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner.

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