‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 460 sur 555 · Moiiier Williams. HinditUm · texte numérisé non relu

Moiiier Williams. HinditUm

t. J. Vinson. HeHgioiu actuellet, 186, i95.

464 L'ÉVOLUTION REUGIEUSE.

nous représentent certainement le plus grand eflbrt intellectuel qu*ait jamais réalisé la pensée religieuse.

Dans le védisme, le concept des dieux commencée s'élargir ; Yarouna et Pouroucha sont déjà des divinités panlhéistiques; mais, dans le Brahmanisme et le Bouddhisme, cette tendance s'accentue et devient Tessence même de la religion; puisque les personnifications divines se réduisent à n'être plus que des manifestations particulières de < l'identique », du grand tout, c'est-à-dire du double, de l'âme de l'univers.

Avec une pareille conception générale de la divinité, les idées sur la survivance posthume doivent forcément se modifier. La vie future ne saurait plus être conçue comme une seconde édition, plus ou moins bien corrigée, de la vie terrestre. En dehors du grand tout, de l'ensemble à la fois matériel et métaphysique du monde, du commun réservoir d'où émanent et où rentrent tous les êtres particuliers, rien n'existe sérieusement. Pourtant le sens moral, qui s'est développé en même temps que l'inlelligence, réclame une sanction après la mort. La théorie de la métempsycose donne satisfaction à cet impérieux besoin; elle enseigne que l'existence personnelle se compose d'une longue série d'incarnaiions successives, d'autant plus relevées, d'autant plus inférieures que la personne a plus ou moins mérité ou démériié durant chacune e ces existences temporaires. Avec cette conception, il n'y a plus de place pour l'injustice du sort ou des sociétés : chacun a le lot qui strictement lui devait échoir. Seulement, comme les mauvais lots sont de beaucoup les plus nombreux, il en résulte, chez les croyants, un profond sentiment de lassitude, de découragement : on est las de vivre; on aspire à la délivrance, à l'absorption dans le grand tout; le pessimisme devient l'idée fondamentale de la philosophie et de la morale.

Nous avons vu cette conclusion du Brahmanisme éloquem-

ment exprimée dans la Bhogavad-Gîta; mais ce fragment est tiré d'un grand poème, le Mahabharata, très postérieur au Bouddhisme el qui en a sûrement subi l'influence. — En effet, la religion de Çakya-Mouni, tout en ayant même base et même origine que celle de Brahma, en a poussé à l'extrême la désespérance. Comme le Brahmanisme, le Bouddhisme s'est aussi fermé les longs espoirs de la béatitude après la mort ; mais, plus jeune que son rival, il supporte plus douloureusement les iniquités terrestres. Or, sous le dur et millénaire régime des castes, il n'y a pas de place pour un meilleur idéal de société en ce monde. Le Bouddhisme se contente donc de briser, au point de vue religieux, l'intolérable chaîne des casies, de proclamer que, devant le Nhwâna^ tous sont égaux; mais sa plainte devient plus navrante encore que celle du Brahmanisme. Pour lui l'existence, quelle qu'elle soit, est un fléau; à tout prix, il faut sortir du cercle sans fin des existences individuelles. Le sage ne doit avoir qu'une pensée, celle de l'extinction définitive. Se noyer une bonne fois dans l'océan du grand tout, c'est le seul bonheur auquel il faille aspirer et l'on s'en approche en atrophiant méthodiquement son corps, son cœur et son esprit. Ce n*est plus seulement du pessimisme; c'est du misérabilisme, et tel a été, dans l'Inde, le résultat ultime de spéculations religieuses continuées pendant des milliers d'années.

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