Kaiérala, IntroducUon, XXU
terre tremble, les montagnes de cuivre chancellent, les rochers se fendent, etc.*, ou bien il lait surgir de terre un sapin aux rameaux d'or, sur lequel la lune vient se poser, etc. ; à son gré, il évoque un vent d'orage*. Avec c les trois paroles originelles », on enchaîne les fleuves, les torrents, les cataractes, etc., etc.'. Les runes magiques des Finnois sont donc douées d'une vertu toute-puissante, analogue à celle des maniras brahmaniques. Aujourd'hui encore, les Finnois russes, soi-disant convertis au Christianisme, sont toujours en quête de charmes magiques.
Les Finnois rus ses ont d'ailleurs une manière très primitive de traiter les saints du Christianisme. Un Finnois, s'adi^essant à saint Nicolas, lui parlait en ces termes : « Dis donc, Nicolas Dieu! Peut-être mon voisin, le petit Michel, t'a-t-il dit du mal de moi, ou peut-ôtre t'en dira-t-il. S'il s'en avise, ne le crois pas. Je ne lui ai fait aucun mal et ne lui en souhaite aucun. C'est un vil fanfaron et un bavard. 11 ne te révère nullement et joue seulement l'hypocrite. Moi, je t'honore du fond de mon cœur, et vois! je te fais brûler un cierge*. »
Cetle façon tout à fait simpliste de concevoir et de traiter les dieux est commune à tous les hommes peu développés, quelles que soient non seulement leur religion apparente, mais même leur race. Ce qui est plus singulier et prouve bien la ténacité des vieilles coutumes, c'est de voir les Finnois contemporains, quoique nominalement chrétiens, grecs orthodoxes en apparence, conserver parfois les pratiques et les croyances de l'antique animisme. Près de Kaznn, les Tchérémisses ont encore des bois sacrés, lieux d'offrandes et de sacrifices, tout jonchés d'ossements de moutons et de veaux offerts aux anciens dieux. Aux arbres, des ossements sont
I4 Kalévala. Runo III.