Livre de UimUr, 2i3 (cité par d'Arbois^de Jubainville
524 L'ÉVOLUTION RELIGIBUSE.
leurs mélanges avec les premiers occupants du pays, ce sont des Asiatiques. La linguistique nous a démontré la commune origine de tous ces peuples et le fait n'a rien de surprenant, puisqu'à vrai dire l'Europe n'est qu'un prolongement de l'Asie. Enfin la tradition, d'une part, Tethnogi^aphie, de l'autre, ont confirmé les assertions des linguistes.
Mais, pour pénétrer en Europe, les flots successifs des barbares aryens ont suivi des chemins difTérents. Si, par la langue, les Finnois sont ouralo-altaîques, c'est qu'ils sont entrés en Europe par la région de l'Oural. Au contraire, c'est par le midi que les autres migrations aryennes ont abordé notre petit continent occidental ; elles y sont arrivées par la région du Caucase et la vallée du Danube.
Dans ce long trajet, qui a dû se faire très lentement, de proche en proche, les émigrants aryens ont forcément été en contact prolongé avec les Ii-aniens primitifs, les Perses, fort voisins d'ailleurs des Aryas védiques, et en eflfet, sauf la religion des Finnois et celle des Kâffirs, toutes les gix)ssières croyances que je viens de résumer, se rapprochent par certains côtés du Mazdéisme des anciens Perses. Les Slaves adorent des dieux blancs et des dieux noirs, esprits de lumière ou de ténèbres; leur culte est donc en partie dualiste. De même les Germains ont des Elfe» lumineux et des Elfes ténébreux, des dieux bons et un mauvais principe personnifié dans Loki. Enfin, comme les Iraniens, ils croient à une fin du monde, à une résurrection, à la défaite définitive du mal. De leur côté, les Celtes ont des dieux bons et des dieux méchants, des dieux du jour et des dieux des ténèbres, toujours en lutte les uns avec les autres.
Dans cet imparfait dualisme, faut-il voir tout simplement une altération de la religion d'Ormuzd et d'Ahriman, telle que nous la connaissons, mais que des tribus sauvages n'ont pu s'assimiler entièrement? Cela est peu probable. La date
LES HBLlGIOiNS DES ARYENS BARBARES. 525
des émigrations aryennes en Europe est srtreraent des plus lointaines; elle doit remonter dans le passé bien au delà des deux mille ans avant Jésus-Christ, que des considérations astronomiques font allribuer à l'origine du culte de Mithra, par exemple. Il est probable qu'à Tépoque de leur contact avec les barbares ai^ens, les Iraniens n'avaient pas encore de religion bien arrêtée. Leur dualisme ne s est nettement affirmé, leurs dogmes ne se sont clairement formulés qu'à une date moins ancienne, quand ils sont parvenus à un état de civilisation plus avancé; mais ils avaient sans doute de grossières croyances où existait déjà en germe le futur Mazdéisme.
Ce dualisme perse, en plein épanouissement, nous allons maintenant l'étudier en le rapprochant du Christianisme, et cette confrontation extrêmement intéressante nous prouvera, une fois de plus, qu'en matière de sociologie générale, la méthode comparative est vraiment la voie, la vérité et la vie.