I. — l'aMMISME FÉTICHIQIE
Noire enquête, rapide sans doute mais cependant sérieuse, est maintenant terminée. Paliemment, niétliodiquement aussi, et en allant du simple au complexe, c'est-à-dire en commençant par les types les plus humbles de Thumanité, nous avons fait le tour du genre humain, scruté la mentalité de chaque race, de chaque grand peuple, en leur demandant quelle est ou a été leur mythologie, c est-àdire leur pensée au sujet de Tâme, de la vie future, des dieux. Partout on nous a répondu. Maintenant il nous reste à fondi*e ensemble,
a synthétiser ces réponses, à en dégager quelques données générales, qui ne seront point, ainsi qu'il arrive Irop souvent en ces matières, de simples vues de Tcsprit, mais bien l'exact résumé de ce qu a imaginé non pas la sagesse, mais la folie du genre humain au sujet des trois grands concepts religieux : Tâme, la vie future, Dieu.
Pour serrer de plus près la réalité, nous avons eu soin, avant de commencer notre investigation, de partager Thumanilé en Irois groupes naturels : Thomme noir, Thommc jaune, Thomme blanc. En fait de mythologie, chacun de ces types principaux a-t-il une manière de voir qui lui soit spéciale? Essentiellement, non. En dépit des dissemblances dans la couleur de la peau, la structure de la face, la forme du crâne, les hommes ont, mytholoj;iquemcnt, évolué de la môme façon, ont été dupes des mômes illusions, ont, en présence de Tincoimu du monde et de la vie, trouvé les mômes solutions enfantines ; tous sont partis du môme point; lous se sont engagés dans la même voie, avec cette seule diftérencc, qu'ils y ont cheminé plus ou moins loin. Aussitôt que Thommc, noir, jaune ou blanc, a commencé à secouer la torpeur intellectuelle qui lui était commune avec ranimai, sa curiosité s'est éveillée et il a gauchement essayé de rattacher certains phénomènes à leurs causes. Forcément il devait se tromper, car il était bien peu développé encore; son expérience n'allait pas au delà de ce qui avait trait à la satisfaction de ses plus indispensables besoins; sa faiblesse de raisonnement et d'aptitude à observer était extrême; il ne voyait pas de différence essenlielle, non seulement entre lui et les animaux supérieurs, mais môme entre ceux-ci et beaucoup d'êtres inorganiques.
Aux yeux de l'homme primitif, tout ce qui occasionne une impression forte, en bien ou en mal, spécialement tout ce qui se meut, doit être vivant, capable de sensation et de
volonté, de haine et d'amour. Par cette illusion le inonde extérieur devient un miroir, où se reflète la personnalité humaine et cette extérioration mentale sert à tout expliquer. On a très justement appelé animisme celte viviQcalion anthromorphique du milieu ambiant.
Or, Tanimisme est un procédé mental, commun non seulement aux hommes de toutes les races, mais môme aux hommes et aux animaux supérieurs et déjà doués d'une certaine mémoire, d'une certaine imagination, d'une certaine notion de causalité, etc. Nos chiens éprouvent un sentiment de respect mêlé de crainte, c'est-à-dire un sentiment essentiellement religieux, pour le fouet ou le bâton avec lesquels on les a corrigés*. Un chien, observé par Romanes, commença par jouer tranquillement avec un os, dont il eut ensuite une peur extrême, quand il le vit se mouvoir en apparence volon^i tairement, grâce à un fil auquel on l'avait attaché. J'ai vu un chien, mis inopinément en présence d'une machine à vanner, qui lui était inconnue, manifester d'abord une inquiétude des plus vives et finalement s'enfuir terrifié. On pourrait aisément multiplier ces exemples, qui, tous, prouvent la tendance ani* mique de certains animaux en présence d'êtres, d'objets inorganiques auxquels ils attribuent la vie, la volonté et de mauvaises intentions. Mais quelle différence peut-on trouver entre ces illusions des animaux et celle de l'Indien Toupi, mordant avec rage, comme le font les chiens, la pierre qui lui a douloureusement heurté le pied? Aucune — et pourtant ce sont là, bien manifestement, les éléments psychiques vraiment primaires de la pensée religieuse.
Dans ces cas si simples, l'animisme humain est identique à celui des animaux. Or, nous avons vu, que, par toute la terre, cette attribution de la vie, de la volonté, de la pensée à tels ou tels êtres du monde ambiant, qui on sont absolument