‹ L'évolution religieuse dans les diverses races humaines;Chapitre 550 sur 555 · Guyau. Virriligion de V avenir · texte numérisé non relu

Guyau. Virriligion de V avenir

LE PASSÉ ET L'AVENIR DE LA PENSÉE RELIGIEUSE. 56t

dépourvus, constitue l'aberration fondamentale, cachée au fond de toutes les religions petites ou grandes, inférieures ou supérieui*es. C'est sur cette base primitive que repose l'édifice religieux, si complexe soit-il; la lui ôter, c'est le ruiner.

Guidés par la méthode comparative, nous avons suivi et noté l'évolution de Tanimisme. Tout d'abord, l'homme, exactement comme l'animal, se borne à doter d'une vie et d'une conscience analogues aux siennes tel ou tel être ou objet, soit, comme le faisaient les Guanches canariens, le bloc de rocher, qui, roulant sur le flanc d'une montagne, écrase tout sur son passage, soit l'arbre qui s'abat, ou bien encore Tavalanclie alpestre, le tonnerre qui gronde et foudroie, l'astre qui, chaque jour, semble voyager volontairement à travers le ciel, le nuage qui se résout en pluie, etc. Celte illusion représente la phase première, celle de l'animisme unitaire, que l'on peut appeler aussi fëlichique.

A cet animisme simple, s'appliquant indifféremment aux êtres vivants et à ceux du monde inorganique, succède l'animisme dualiste, qui déjà suppose quelque raisonnement. Après nombre d'observations fortuites, d'expériences involontaires, l'homme parvient à effectuer un certain triage entre le vivant et Tinanimé. Pourtant, dans diverses circonstances, des êtres, des objets manifestement privés de vie semblent agir, comme s'ils en étaient doués. Il en est, par exemple, les nuages, les astres, le torrent, la vague, etc., qui se meuvent en apparence spontanément; d'autres, comme le rocher de la montagne, habituellement inertes, immobiles, tout d'un coup tombent, roulent, tuent. Mais le mouvement indique ordinairement la vie; c'est donc qu'en dépit de leur apparence, certains corps inanimés renferment en eux quelque chose de vivant, un double, un être invisible, qui les vivifle et à ce double, à cet esprit caché, on prête habituellement une forme humaine.

En généralisant celte supposition, on arrive aisément à doter d'un double animique à peu près tous les êtres de la nature. Partout et toujours, Tlioinme peu développé se paye de ces explications simplistes; seulement le genre, la forme, la couleur des concepts animiques changent avec le pays et la race.

Page 1