LA QUANTITÉ DANS LES ÉTATS DE CONSCIENCE
aux pensées toujours changeantes, aux désirs toujours renour J Tsiés? A vrai lire, le monde extérieur lui-môme ne nous est connu qu'à la condition de réfléchir en nous sa multiplicité et sa variété. Si c'est, — comme le croyaient Platon, Aristote et les anciens, — le multiple qui fait le matériel, le matériel ainsi entendu existe dans l'esprit même. 1 Ce n'est donc point sans raison que Pythagore et Platoa ■ plaçaient le nombre dans l'esprit, que Leibniz concevait une.W sorte de mathématique mentale où les possibles, tendant à ' l'existence, se combinent pour produire un plus grand effet avec une moindre dépense ; que Wolff rêvait une Psyckométrie appliquant à l'âme humaine la connaissance mathématique : animam quoque, in eis qusi ad quantitatem spectant, leges mathematicas sequi, Herbart a tenté de construire a priori et par déduction la mathématique mentale. Les grandeurs psychologiques, il est vrai, sont des quantités variables qui ne peuvent être évaluées numériquement d'une manière complète; mais, dit Herbart, « on peut soumettre au calcul les variations de certaines quantités, et ces quantités ellesmêmes en tant qu'elles sont variables, sans les déterminer complètement ; c est sur cela que repose toute l'ona/ysc infi.mtésimale. Tant que le calcul de l'infini n'était pas mventé, les mathématiques étaient trop imparfaites pour cet objet. » Cette méthode est nécessairement spéculative et hypothétique, puisque nous ne pouvons évaluer absolument les grandeurs menùles ; mais on peut partir d'hypothèses vraisemblables, appuyées autant que possible sur V expérience, leur appliquer le calcul, enfin vérifier par l'expérience les résultats théoriques. On procède ainsi comme dans l'astronomie mathématique et dans la physique mathématique. Le tort de Herbart est de n'avoir pas assez expérimenté(l); la psycho-physique et la psychométrie contemporaines ont corrigé sur ce point sa méthode ; mais on peut dire avec le disciple le plus éclairé de Herbart, Volkmann, que la psychologie mathématique est légitime, soit dans ses spéculations, soit dans ses expérimentations, pourvu qu'elle ne prétende pas être « toute ia psychologie ». ^
V. La durée dans les états de conscience. — Un troigième caractère des états de conscience, que nous trouvons d'abord en eux seuls et que nous projetons ensuite au dehors tout l'intensité et le nombre, c'est la durée. Or la durée
. Voir H. Ribol : la Ps'jchologie allemande.
LA lUBÉE DANS LES ÉTATS DE CONSCIENCE.
est encore un des éléments essentiels de l'idée de force, et cet élément appartient à toute sensation, à toute représentation, à. tout désir, à tout fait de conscience susceptible de devenir un objet de conscience, une « idée, » depuis l'acte de discernement le plus simple (par exemple la perception de la différence entre l'obscurité et une lumière subite) jusqu'aux comparaisons les plus complexes, aux jugements, aux raisonnements, aux volitions.
I Les astronomes, chacun le sait, ont les premiers constaté
[ que la durée de la perception est variable selon les personnes. Plus tard, les physiologistes instituèrent des expériences intéressantes pour mesurer la durée des « actes psychiques » , perceptions et volitions. Mais comment interpréter cette nécessité d'un certain temps pour toutes les opérations de la conscience? C'est là le point délicat et controversé. Selon nous, cette nécessité du temps prouve que les opérations de la conscience distincte sont toutes liées à des mouvements. S'il n'y avait pas à la fois concours et conflit de forces quand nous essayons de penser, de comparer, de vouloir, on ne verrait pas de raison pour que tous ces actes ne fussent pas instantanés, comme par le fiât omnipotent d'un moi solitaire et se suffisant à lui-môme. Si le temps est nécessaire, c'est qu'il y a plusieurs /'orces en jeu, c'est qu'il y a des harmonies et des coi^its de forces ; s'il y a conflit de forces, c'est qu'il y a milieu résistant; s'il y a milieu résistant, c'est qu'il y a mouvement dans l'espace et non point seulement un changement dans le temps ; donc tous les changements psychiques sont liés à des mouvements physiques et exigent le concours d'un certainnombre de centres nerveux. L'ancienne psychologie se figurait à tort un moi absolument simple et identique, seul doué de sensibilité, agissant sur une machine brute comme un pilote sur un navire; selon la psychologie moderne, au contraire, tout acte de conscience implique un concert de forces diverses qui exige un certain temps pour se produire. Il résulte de ces considérations que la conscience, la force et le mouvej ment sont inséparables. Les faits de conscience ont donc I déjà les trois principaux caractères des réalités et non des I apparences : intensité, nombre et durée.
I Considérés sous le rapport de la durée, les états de con- ! science ofl'rent les deux formes de la succession et de la coexistence, que nous projetons ensuite dans le monde extérieur. On établit d'ordinaire un contraste absolu entre les états de conscience et les objets externes en se fondant sur ce que les premiers sont essentiellement successifs, sous la forme de la