L\ CONSCIENCE ATTEINT-ELLE DES QUALITÉS RÉELLES
En premier lieu, les systèmes qui veulent tout réduire à des quantités et à des rapports entre les quantités sont chimériques. Bien loin que la qualité soit réductible à la quantité, c'est au contraire celle-ci qui n'est qu'une forme de l'autre. En effet, qu'est-ce tout d'abora que la quantité intensive, le degré ? Nous l'avons vu, c'est une certaine énergie, une certaine force quij saisie d'abord dans nos états de conscience, est ensuite projetée dans leurs causes. Et qu'est-ce qu'énergie, force, activité, vivacité, faiblesse, obscurité, etc., sinon des qualités de nos états de conscience? Quant à la quantité eitensive, temps, espace, nombre, qu'est-ce autre chose que des successions, des simultanéités, des additions, des rapports en un mot et des synthèses, qui n'ont de sens que par les opérations de la conscience dont elles dérivent, par la logique dont elles sont une projection au dehors ; le successif, le simultané, le multiple, etc., tout autant de çua/i^îcations : la quantité extensive n'est qu'une forme de la qualité. Sous son aspect quantitatif, le monde semble se résoudre en une combinaison objective de mouvements ; sous son aspect qualitatif, le monde semble se résoudre en une série subjective de sensations ; mais la guaiiléne peut être le résultat d'une simple différence dans le nombre et la position d'unités qualitativement égales ou encore qualitativement nuUes ; elle ne peut être une simple forme de la quantité : c'est au contraire la quantité elle-même qui est une espèce de qualité primitive (1).
En second lieu, y a-t-il quelque chose de réel et de vraiment spécifique dans les gualités qui appartiennent au* états de conscience, par exemple aux sensations, senti' ments, etc. ? Il ne s'agit pas de savoir ce qui, hors de nous. correspond ou ne correspond pas à ces qumités, mais si, e^. nous-mêmes, les qualités et les états qui nous semblefflt; avoir quelque chose de spécifique, de suigencris, ont en efEBl une originalité réelle, ou si, au contraire, nous sommes' dupes d'une illusion sur la prétendue spécificité de la sensation et des autres formes de conscience.
Selon nous, l'illusion est ici impossible, parce que l'illusion même équivaut à la réalité. Nous verrons plus tard que l'apparence de la simplicité n'entraîne pas nécessairement une simplicité réelle, parce qu'Q y a ici une question de quantité et non seulement de quahté ; mais un mode apparent de sentir^