POBTÉE DE LA CONSCIENCE
les faits de conscience, mais sa simplicité, son unité, son indépendauee, son éternité ne sont point données. Il reste toujours à savoir si le centre en apparence un et simple d'où semble provenir tout notre développement mental est un centre réel ou virtuel, si c'est un véritable principe ou une dernière résultante, si c'estla réalité initiale de la conscience ou la forme finale qu'elle prend à ses propres yeux. Cette question est évidemment toute métaphysique, puisqu'elle porte sur le fond dernier de notre être et sur sa relation avec le monde. Les disciples de Biran supposent à tort la question résolue.
II. — Des jugements portant sur la différence ou la ressemblance se lient unmédiatement aux sensations. Ils sonthabituels et ne manquent jamais dans la vie mentale de l'adulte. C'est ce fait qui a donné lieu à la doctrine de l'essentielle relativité de toute sensation et, en général, de tout état de conscience. La conscience, dit-on, ne peut saisir des termes réels, mais seulement des relations ; nouvelle raison pour que les étals de conscience ne puissent avoir comme tels une réelle efficacité.
On peut distinguer diverses formes de cette théorie. En premier lieu, on a soutenu que « toute sensation est nécessau-ement rapportée à une autre et qu'il n'y a point de sensation pure, de sensation sans comparaison. » Ainsi, selon cette première forme de la doctrine, je ne pourrais sentir la lumière que par opposition aux ténèbres, le froid que par rapport au chaud, le plaisir même que par rapport à la peine. C'est ce que Platon avait déjà soutenu dans l'antiquité. Cette théorie semble aussi faire le fond de ce que Wundt enseigna jadis sur la sensation comme conclusion d'un raisonnement.
Nous répondrons qu'il faut bien qu'il existe, au moins à l'origine de la vie mentale, des sensations non rapportées à d'autres, car il ne peut y avoir de comparaison qu'après une pluralité de termes donnés et ce n'est pas la comparaison même ni le raisonnement qui peut fournir ces termes. La théorie en question s'enferme dans un cercle vicieux.
Mais alors les partisans de la relativité des sensations se rejetteront sur une seconde forme de la doctrine. — Soit, dirontils, les sensations peuvent exister dans l'esprit sans être discernées des autres, rapportées à d'autres, mais alors elles sont hors de la conscience ; c'est seulement quand elles sont discernées et comparées qu'elles deviennent éléments de conscience. — Ici encore, on compose la conscience avec des relations plus ou moins abstraites, au lieu de la composer