Telle semble être aussi l'opinion de M. Ribot
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choses réellement insensibles et inconscientes, comme les"' atomes bruts d'Epicure ; ou, au contraire, l'inconscient est lui-môme une diffusion primitive, un faible commencement de la sensibilité et de l'intelligence, comme les nébuleuses renferment déjà la chaleur et la lumière, qui plus tard se concentreront en soleils. A un esprit inattentif ces deux hypothèses peuvent paraître équivalentes, mais elles diffèrent en ce que, dans l'une, le menlai est simplement une forme et un accident du physique, tandis que dans l'autre il est le fond, coDséquemment un facteur, une force capable d'arrivi par Vidée à se connaître et à se diriger elle-même.
Les preuves en faveur des états mentaux inconscients, comme éléments des états conscients, se subdivisent en deux groupes : d'abord les preuves tirées de l'observation, directe ou indirecte ; puis les preuves tirées du raisonnement.
— Une observation attentive, dit-on, peut amener au jour de' la conscience directe des états ou des actes qui étaient d'abord « inconscients », Dans la sphère intérieure et sombre du moi, au moment où elle semble vide de sentiments, de pensées et d'actes, projetez un rayon d'attention, comme dans une chambre obscure un faisceau de lumière ; vous verrez se mouvoir en vous un monde de petits sentiments ou de petites perceptions, semblables aux atomes de poussière qui deviennent visibles dans le rayon de soleil. Regardez attentivement en vous-même, au moment oii vous semblcz dans un état neutre d'indifférence et d'équilibre : tout d'abord vous n'apercevez rien de distinct ; puis, peu à peu, quelque chose se détache et se laisse entrevoir : c'est un mouvement instinctif, un geste involontaire, un sentiment confus, un sourd malaise dans quelqu'un de vos organes, qui va croissant et s'accusant à mesure qu'on y réfléchit, comme ces douleurs que les malades trop attentifs à leur mal finissent par découvrir en euxmêmes : à force de s'écouter, ils s'entendent toujours. Pendant que vous prêtez ainsi l'oreille aux voix intérieures, les voix du dehors s'effacent dans la proportion où les premières s'accusent : vous n'entendez plus le bruit de la rue, vous n'entendez plus la conversation qui se fait près de vous, vous ne voyez plus les objets qui vous environnent; ou plutôt vous entendez toujours, vous voyez toujours, mais, semble-t-il, sans en prendre conscience. Et la preuve que vous avez entendu, c'est qu'une parole prononcée tout à l'heure pourra tout d'un coup vous revenir à l'esprit. Voulez- vous faire l'expérience inverse ;
refusez votre attention au dedans pour la reporter au dehors, vous perdrez peu à peu la conscience de votre état propre ; fussiez-vous en proie à une souffrance assez vive, vous finirez par l'amoindrir et par l'oublier dans l'intérêt d'un entretien ou, comme faisait Pascal, dans la recherche d'un problème : cependant la douleur existe toujours , vous la retrouvez quand vous revenez à elle : elle est là sur le seuil de votre conscience, qui vous attend. La réflexion ne saisit que ce mû est assez éclairé, elle n'aperçoit que les masses, non les éléments intimes; si nous avions une sorte de microscope intérieur, nous découvririons un monde de petites sensations, de sourdes pensées, de tressaillements et de mouvements imperceptibles dans ce qui semblait d'abord simple et indécomposable. Ainsi l'attention peut nous donner la conscience directe de phénomènes qui étaient d'abord en dehors de sa sphère. —
Les faits de ce genre sont incontestables, mais l'interprétation qu'on en donne est-elle certaine et sufflt^elle à prouver l'existence d'états mentaux inconscients? Où ai-je trouvé ce malaise sourd, ce mouvement instinctif, cette tendance Tague à laquelle je ne réfléchissais pas tout d'abord? Est-ce vraiment hors de ma conscience? Non. Si ces choses eussent été absolument en dehors, j'aurais eu beau chercher en moi, je n'aurais rien trouvé. J'ai changé une faible lueur en lumière, le crépuscule en jour, mais la lueur existait d'abord; si je n'avais pas eu une conscience spontanée et générale, ma réflexion n'eût rien trouvé où se prendre. Je ne suis donc pas allé de l'inconscient au conscient, mais d'une conscience faible et d'une vision indirecte à une conscience plus intense et à une vision directe.
Par ce terme vague d'inconscient les psychologues désignent les choses les plus difl'érentes et concluent ensuite faussement d'une acception à l'autre. Quels sont les vrais phénomènes inconscients? Ce sont les phénomènes purement mécaniques. Il est clair que les mouvements de l'automate construit par Vaucanson n'étaient accompagnés d'aucun état de conscience ou de sensibilité dans la tête artificieUe de l'automate ou dans ses membres artificiels. Ils résultaient de relations toutes mécaniques entre les diverses pièces ajustée ex térieurement par le mécanicien (1). Il y a e denmien aussi, dans notre corps et dans tout organisme v an des
1. Encore resterait-il il savoir ii les chocs d'atomes ne sont pa a mp gn d'an DbsGnr état psycbii]ue, d'un aentimeat ioliaiineat faible de é n q
dans les éléments derniers dont ane macliine est composée.
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transmissions de mouvement toutes mécaniques : tels sont* certains mouvements des tendons pendant la marche, ceux ' du sang dans la circulatidn, etc. Même dans les nerfs, il peut se passer des phénomènes physiques ou chimiques de vibration, de nutrition, de désassimilation, qui, n'ayant pas de contre-coup suffisant dans le cerveau, demeurent pour le moi inconscients. Enfin, dans le cerveau même, il peut y avoir des changements que le moi ne saisit pas, ou dont il ne saisit que Je résultat et le total. Quand font défaut les conditions d'intensité et de durée nécessaires aux ondes nerveuses, la conscience ne s'aperçoit pas des changements produits dans l'organisme, ou bien elle ne s'aperçoit que de leur somme et non de leurs parties. Par exemple, si une addition de lumière est au-dessous d'un centième de la lumière primitive, nous savons qu'elle n'est pas perceptible. De mfime, si une succession de diverses impressions lumineuses est trop rapide et inférieure au temps nécessaire pour le discernement des différences, c'est-à-dire trois ou quatre centièmes de seconde, la distinction de ces impressions lumineuses s'effacera, et elles sembleront former un tout continu. Un rayon de lumière, dit Huxley, est en fait instantané, mais la sensation de lumière produite par ce rayon dure un temps appréciable, environ un huitième de seconde ; d'où il suit que, 81 deux impressions lumineuses sont séparées par un intervalle moinore, elles ne sont pas distinguées l'une de l'autre. C'est pour cela qu'une baguette lumineuse qu'on fait rapidement tourner en rond paraît comme un cercle de feu, et que les rayons d'une roue de voiture lancée à toute vitesse ne sont pas visibles séparément. D'après ces lois, on comprend comment les états de notre corps et de notre cerveau sont tantôt inconscients à l'état séparé, tantôt conscients. Les actions réflexes, par exemple, s'accomplissent et se succèdent plus rapidement que les perceptions. Elles exigent seulement cinq ou six centièmes de seconde, tandis que les perceptions des sens en exigent de seize à vingt centièmes. Chez certains animaux, les actions réflexes sont encore bien plus rapides : l'aile de certains insectes bat de trois cents fois à mille fois par seconde, ce qui suppose une vitesse extrême d'actions nerveuses réflexes. Cette durée est inférieure au temps nécessaire pour la conscience cérébrale distincte et séparée. Il est donc des mouvements, soit réflexes, soit instinctifs, soit habituels, dont les voies sont si faciles qu'ils n'envoient pas au cerveau un excédent distinct de stimulation nerveuse : ils expirent presque avant de l'atteindre, comme une vague qui