DUALISME DES DEUX ASPECTS, PHYSIQUE ET MENTAL
tives ; il n'y aurait même véritablement aucune loi de Tesprit. La seule vraie connaissance des lois prétendues psychologiques reviendrait à la physiologie (Ij.
Celte première conséquence de la théorie est, selon nous, une pure hypothèse dépourvue de toute preuve, contraire même à l'observation de la conscience. De quel droit banniton la loi de ce domaine intellectuel où précisément elle est conçue? Si le lien logique entre une conclusion et ses prémisses dans un raisonnement n'est pas un véritable lien, une véritable loi, il n'y aura nulle part de loi, car, en définitive, toute loi est de la logique appliquée (2). De même, pourquoi bannir a priori toute condition de changement, toute causalité et toute force du domaine où nous saisissons la seule apparence saisissable de l'action causale et de la force, c'est-à-dire du domaine mental? Au dehors, rien que des phénomènes qui se suivent plus ou moins réguHèrement ; c'est seulement en nous que nous sentons le pâtir et Vagir^ la force subie et la force exercée. Il est donc étrange et que tout ait des lois propres excepté ce qui pense la loi même, et que tout agisse pour sa part excepté le seul être qui se sente agir, sente l'action des autres êtres et conçoive l'idée d'action.
Cette hypothèse a son origine dans une confusion que nous avons déjà signalée (3) : on ne distingue pas les lois en quelque sorte chronologiques qui relient les faits mentaux d'avec les lois logiques et psychologiques. Certes, quand une pensée semble en réveiller une autre par association de contiguïté dans le temps ou dans Vespace^ ce n'est point, en réalité, une pensée qui se lie à une pensée ; l'association n'existe pas alors entre les deux pensées, mais entre les deux états du cerveau ou des nerfs qui conditionnent ces pensées ; Tun de ces états rappelle l'autre, chacun d'eux étant accompagné, à l'instant de sa production, d'un état de conscience particuUer qui n'est qu'une sensation affaiblie. Mais est-il certain que toutes les lois mentales soient réductibles à des associations par contiffuïtéj conséquemment mécaniques? Si Y association far similarité se rédmi, en tant qu'association, à une consécution par contiguïté, il n'en est pas moins vrai que la similarité même est un rapport tout intellectuel ; supprimez la pensée, il y aura encore des objets qui resteront chacun comme il est,
(1) Voir Mill, Logique^ n, p. 435.
(2) Voir, pias haut, page 23.
(3) Ibid.
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mais, tant qu'il n'y aura pas de pensée pour les comparer',^ il n'y aura pas ■vraiment de ressemblance, comme telle : les termes existeront sans que le rapport en soit dégagé. La ressemblance est un phénomène mental, parce qu'elle n'existe que daiïs et pour la conscience ; elle n'existe réellement, comme ressemblance, qu'en étant aperçue. Auparavant, elle n'était que virtuelle ; il existait des choses, avec tels et tels caractères, mais ïidentitéA& ces caractères suppose une comparaison. L'identité et la non-idenlité sont donc des rapports L mtellectuels, logiques etpsychiques : quand je raisonne, le mé- ' canisme cérébral fait apparaître successivement, par Toie de contiguïté, les divers termes et les diverses propositions avec les mots qui les expriment; mais la conscience de la convenance logique, de l'identité partielle ou totale entre les divers termes, est la conscience du vrai lien intime de ces termes, dont la contiguïté dans le temps ou l'espace n'est que le lien extérieur. Cela est si vrai que ce qui seul satisfait la pensée, c'est la réduction de toute loi à quelque rapport A'identité ou de non-identité, de ressemblance ou de différence : la loi logique et la loi mathématique, voilà les seules vraies lois, dont les autres ne sont que la préparation, les seules raisons satisfaisantes pour un être capable de raisoutier. On peut imaginer un automate qui serait une parfaite machine à calculer et à raisonner, sans aucune conscience ; mais il n'y aurait alors vraiment calcul et raisonnement que pour un témoin capable de conscience. Aucune juxtaposition régulière de termes ou de nombres ne constituerait un raisonnement logique ou mathématique sans tme pensée qui relie d'un lien intellectuel les termes fournis l'un i après l'autre par le mécanisme.
Uen des faits mentaux et des faits physiques dans l'hypothèse
du double aspect*
Le lien des faits mentaux non plus entre eux, mais avec les faits physiques^ ne demeure pas moins indéterminable et inexplicable dans la théorie aes deux aspects. Que signifie d'abord ce terme di aspect? Il nest, comme le terme de reflet^ qu'une simple métaphore susceptible des sens les plus divers. Bain nous dit qu'il emploie ce terme pour exprimer \!umon du physique et du mental sans localiser ce qui n'a pas d'extension. « Si, dit-il, j'avais deux choses étendues à joindre, je pourrais aisément exprimer leur jonction en termes de situation locale : l'une à côté de l'autre, l'une sur Fautre, l'une dans l'autre, etc. Mais, quand Tune des choses est sans étendue, l'union doit être exprimée en termes plus réservés. Je décris la transition de l'aspect objectif au subjectif comme quelque chose d'analogue à ce qui a lieu quand nous passons de l'acte de regarder le firmament au sentiment du froid; c'est un changement S* état ^ pour emprunter une ex-
Sression à certaine école de théologiens qui parle des cieux e la même manière (1). »
Yoilà, il faut en convenir, une explication assez mystique : le théologien bouddhiste ou chrétien, quand il passe du temporel à l'intemporel, se retourne pour ainsi dire tout entier, change son état mental, voit l'existence sous un aspect tout nouveau, ce sous l'aspect de l'éternité » . Est-ce bien ainsi que nous passons du physique au mental, comme nous passerions du phénomène connaissable à l'inconnaissable noumène? — Ce qui est ici directement connaissable, c'est précisément le mental, qu^on nomme un aspect; pour connaître le matériel, nous sommes obligés ou de nous mettre de côté tout entiers par la pensée (et sdors que sera le résidu?), ou de prêter au dehors quelque chose de ce que nous trouvons dans le prétendu «aspect» intérieur.
Bain, sentant le vague de cette théorie, s'est efforcé de trouver une formule plus scientifique. Chez l'animal et chez
(1) Mmd, t. Vni, p. 402 et suiv.