DUALISME DES DEUX ASPECTS, PHYSIQUE ET MENTAL
Veut-on cependant, en introduisant de nouveau cette « pensée unifiante » , cette raison raisonnante qu'on avait voulu reléguer dans les intermundia, rétablir en toutes choses, avec la nécessité logique, un déterminisme de lois universelles, ime correspondance nécessaire et nécessairement réciproque de tous les phénomènes? Fort bien; mais, dans le déterminisme universel, il n'y a point de phénomène accessoire, ni surajouté, ni superflu : il n y a point d' a épiphénomène ». Ma pensée doit être aussi nécessaire à l'existence de la terre et du soleil que l'existence de la terre et du soleil à ma pensée. Tout est causant et causé, liant et lié, agissant et agi, détenninant et déterminé : mon ombre même est aussi nécessaire que mon corps et, en définitive, aussi réelle. Le mental en un mot, est aussi essentiel au tout que le physique. On ne peut donc prétendre que le sentiment n'ait aucune part dans le résultat final, que Thistoire d'un organisme ou d'une espèce aurait été précisément la même sans la sensibilité et la conscience qu'elle a été de fait avec la sensibilité et la conscience (1).
(1) Voir V Introduction.
DUALISME DBS DEUX ASPECTS, PHÏSIQUH liT MENTA
nomie? S'il y a dans la nature quelque « adaptation dogj; choses », c'est le monde de la^îe qui oQre surtout cette a"" tation; or, c'est précisément dans ce monde que se produi-3 sent ces phénomènes sans utilité et non adaptés : la faim^l la soif, le plaisir de manger ou de boire, l'amour, " Pourquoi cette succession savante de reflets dans la con-JI science, si les reflets sont absolument inactifs et si la con-<f science ne sert absolument à rien? Dans le monde physique, les reflets sont eux-mêmes des manifestationsrl d'énergie, des modes de mouvement qui entrent dans la I formule totale et y ont un rôle. Qu'est-ce donc qu'un reilet'.l psychique ne produisant nulle part aucun effet d'aucune J sorte ?
Si l'apparition et le progrès de l'aspect mental sont inintel-1'i ligibles, sa disparition, par exemple sous l'influence de l'h bitude, ne l'est pas moins ; vous ne pouvez pas dire, e "" que le mental soit alors devenu inutile, puisqu'il l'a loujoui été. Le mental s'en va donc comme une ombre mystérieuse d la môme manière qu'il était venu. Quand nous apprenons ST ' jouer du violon, la conscience existe d'abord en plus de l'automatisme physique ; puis la conscience s'élimine et U ne reste plus que l'automatisme, qui, du reste, à lui seul, eût pu apprendre à jouer du violon ; les mouvements du violoniste, en effet, dans cette hypothèse , sont la résultante des mouvements antérieurs indépendamment de toute conscience et de toute sensibiUté sous- jacente. Mozart eût aussi bien écrit Dan Juan s'il n'avait trouvé aucun plaisir à. la musique. Leibniz eût aussi bien trouvé le calcul infinitésimal s'il n'avait aperçu par la pensée aucun lien entre les principes et les m conséquences ; Pascal eût fait de la géométrie sans la con- J science de l'accord entre les conclusions et les prémisses :M pour ie savant comme pour l'ignorant la conscience est dul aluxe ». Le livre bon ou mauvais que je compose, je l'aurais écrit de la même manière quand même je n'aurais compris le sens d'aucun terme ni eu aucune conscience iep/iilosopner; vous le liriez de la même manière, et vous donneriez les mêmeQ; marques d'assentiment ou de non-assentiment, alors i que vous ne comprendriez pas un mot et n'auriez aucm., plaisir ou déplaisir à la lecture. L'univers, extérieur ou inté-T rieur, est une lanterne magique que le grand Incomm qui ' montre le spectacle aurait pu oublier d'éclairer sans que riea j fût changé à la procession des personnages.
Nous avons donc, en déflnitive, un vrai miracle dans la c