INTENSITÉ DES ÉTATS DE CONSCIENCE
que tout état de conscience a une quantité intensive. La tendance des sciences modernes, c'est de tout ramener à la quantité extensive, à l'espace, au temps, au nombre, à des changements dans l'espace et dans le temps. On fait de la force mécanique un simple symbole du mouvement estimé d'avance et calculé dans ses effets futurs. Quant à la force physiologique et psychologique, elle est ramenée à la sensation d'effort musculaire , et, comme cette sensation paraît toute subjective, on en conclut que toute projection de force au dehors est une pure illusion.
C'est oublier que dans toute sensation , outre cette forme spéciale qui ne saurait être pressentie avant d'avoir été seniie au moins une fois, il y a l'intensité. Que l'effort musculaire soit une simple sensation sui oenerts, produite même par un courant aflérent et non afférent, cela est possible (1); mais il y a dans l'effort une chose qui ne semble pas purement subjective ni musculaire, et qui est un élément essentiel de la force : l'intensité. Un fardeau plus ou moins lourd produit une sensation plus ou moins intense, plus ou moins forte. On aura beau dire que le mode spécifique de la sensation d'effort tient à notre constitution subjective, qu'il n'y a pas le moindre effort, le moindre nmis dans le poids soupesé par notre main, dira-t-on avec la même assurance qu'il n'y a dans les choses aucune intensité correspondant à l'intensité de nos sensations, aucune force au sens de force intensive? Cela est d'autant plus difficile à soutenir que toutes nos sensations, et non pas seulement les sensations musculaires, offrent cet élément commun. Quelque différence de sensation spécifique qu'il y ait entre une vive lumière, un son éclatant, une forte odeur, un goût fort, un fort coup sur un de mes organes, je reconnais parfaitement sous ces divers phénomènes un caractère commun et tout à fait semblable d'intensité ou de force. Ce caractère, je le retrouve ailleurs que dans les sensations représentatives, car il est plus manifeste encore dans les émotions, dans le plaisir, dans la douleur; je le retrouve au plus haut degré dans les appétits, désirs, aversions, enfin aans ces désirs prédominants qui aboutissent au vouloir. ie le retrouve enfin jusque dans la pensée : l'idée est généralement moins intense que la sensation actuelle et c'est principalement à ce signe que je la reconnais. Les idées mêmes de rapports, principalement celle de différence, supposent un def/ré de différence plus ou moins
[plus tard K problème.
4 LA eUANTITË DANS LES ÉTATS BE CONSCIENCE.
grand, par lequel je mesure leur distance relative : de la nuit à la lumiÈre il y a une transition de degré plus forte que de la couleur rouge à la couleur violette ; il y a une quantité intensive de différence qui sert de mesure à la qualité même : jusque dans mes pensées les plus abstraites, je ne cesse pas de ressembler encore à quelqu'un qui soupèse des poids et apprécie leur degré de pesanteur pour pouvoir les évaluer, h'atiention même n'est-elle pas comme un dynamomètre ayant une intensité de tension plus ou moins grande, qui sert par cela mCme à mesurer les 'intensités extérieures, les forces extérieures? La force, en ce sens, n'est donc pas une entité, un non-être; elle est un caractère commun et essentiel de tous nos états de conscience, caractère que nous objectivons avec le même droit, semble-t-il, que la quantité purement eitensive,
La quantité extensive se conçoit et s'apprécie, comme l'a montré Kant, par une synthèse successive de plusieurs sensations, qui va oR^parlies au tout : c'est ainsi que je construis l'idée de nombre, l'idée des moments successifs du temps, l'idée des points successifs de l'espace ; je les réunis par la synthèse en une simultanéité, en une coexistence. Au contraire, la quantité intensive semble pouvoir se révéler en un moment et non en xme succession de moments ; elle peut être saisie comme unité, non comme une série de parties dont on doit faire ultérieurement la synthèse. Sans doute, pour évaluer mathématiquement la quantité intensive, on la compare à un de ses degrés, en prenant degré comme point de départ ; mais cette évaluation numérique est une opération dérivée, et la comparaison n'est pas nécessaire au sentiment immédiat, à la conscience immédiate de l'intensité. Une sensation violente est telle du premier coup et en elle-même ; elle est saisie comme intense, quand même J'ignorerais et le mot d'intensité et l'échelle numérique des intensités diverses. On n'a pas besoin de thermomètre pour sentir une brûlure, de photomètre pour être ébloui parle soleil. L'appréhension du degré et de l'intensité étant ainsi non successive, mais momentanée, comme dit Kant, nous attribuons à la cause extérieure de la sensation ou du changement de sensation ce qu'on appelle vm moment [momentum). Par extension du dedans au dehors, nous parlons du moment de la pesanteur et d'autres moments analogues (1).
1. C'est par une liypothèse métaphysique des plus hasardées qu'or
. 1 .-.1 infensiçe à la quantité eitenaive. Ona prétendn, par
ou moi as grande de matièrpcontcDaedant