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L'ÉTENDUE DANS LA CONSCIENCE

local y devient de moins en moins défini, parce que ce sont des sensations peu déterminatives; mais il est peu probable qu'il disparaisse entièrement. Enfin, les sensations venues des organes internes, faim, soif, colique, mal de tète, finissent par être localisées ; donc elles contenaient dès l'origine une pluralité de points et une ébauche de grandeur extensive. Nous sentons notre corps dans son ensemble comme ayant une étendue ; nous sentons notre tête comme étendue, quelque confuse que soit cette sensation. Si, comme le suppose Maine de Biran, nous n'avions qu'un toucher tout intérieur sans organes spéciaux, nous localiserions trop imparfaitement pour nous représenter jamais l'espace sous des dimensions déterminées ; pourtant nous en aurions encore un obscur sentiment. Le cerveau est sans doute ce toucher même, tout intérieur et concentrioue, où les choses se passent dans l'espace sans nous en donner la représentation précise. Au reste, si le travail intellectuel semble n'avoir pas de lieu, la fatigue intellectuelle nous fait sentir notre tête, comme la fatigue musculaire nous fait sentir nos muscles après un excès de marche; ce mal de tête a quelque chose de répandu en divers points, de massif, et il vient se mêler à la conscience du travail intellectuel. Ne nous fions donc pas à la première apparence ; n'établissons pas deux casiers absolument fermés pour le sentiment de l'espace, l'un dans le tact, l'autre dans la vue. Essayez de vous représenter un état de conscience absolument dépourvu de tout rapport local plus ou moins indéfini, vous n'y parviendrez pas. Quand Dèscartes exclut toute idée d'étendue de l'idée de la pensée, toute idée de pensée de l'idée d'étendue, U raisonne sur des abstractions, il s'en tient à la conscience superficielle : dans la conscience profonde et fondamentale, (juelque chose (Vextensif, en même temps qu'intensif, est invinciblement attaché à tout état de conscience ; la coexistence et la succession y sont inséparables, et la coexistence enveloppe toujours une représentation confuse d'extension. De même que nous ne pouvons véritablement et avec certitude vider toute sensation, toute représentation et même tout état de conscience, d'un dernier reste de caractère local ou spatial, de même nous ne pouvons vider mentalement l'espace de tout contenu sensible. C'est par une illusion psychologique que certains philosophes se figurent avoir dans l'esprit ou devant l'esprit la forme de l'espace pur. L'idée d'espace, dans la conscience, est inséparable de quelque qualité sensible déterminée. Essayez de vous mettre l'espace devant l'esprit :

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