LA CONSCIENCE N'ATTEINT-ELLE QUE DES APPARENCES
de penser, de sentir, de vouloir; elle cherche à délivrer la vision intérieure de tout ce qui n'est pas cette vision même, de tout objet étranger, de tout j^hénomène étranger : elle cherche à voir, à sentir, à agir, sans rien de plus. Elle est en ce sens une science première^ une science des premières données et (( idées » sans lesquelles rien n'est donné ni conçu.
C'est pour cette raison qu'elle fait partie intégrante de la philosophie, au heu d'être une des sciences de la nature, comme le prétendent aujourd'hui beaucoup de psychologues. On cherche la caractéristique de la psychologie ; elle est précisément dans ce fait : la psychologie est la seule science d'expérience immédiate et première^ qui commence par des données sans postulats. Elle est la plus directe, la plus immédiate, la plus certaine, enfin la plus purement expérimentale de toutes les sciences d'expérience.
— Science purement descriptive, dira-t-on. — Non, science ^analyse et de constatation directe. Il est possible que, par ce procédé, on n'aihe pas très loin ni dans une sphère très étendue ; mais il s'agit d'aUer le plus avant possible et non le plus loin : la psychologie est une science de concentration, non d'extension.
Après avoir fait la part de la méthode réflexive., nous devons en marquer la portée exacte et les limites.
La réalité et la certitude immédiates ne peuvent être attribuées qu'à la conscience actuelle, instantanée et spontanée; au moment où je souffre, je ne puis douter de la réalité ni de la qualité spécifique de ma souffrance : l'apparence de la souffrance ne serait pas distincte de la souffrance même. Je puis maX juger ma souffrance, l'estimer par comparaison plus intense qu'elle ne l'est, me tromper sur ses causes, sur son objet, sur ses relations^, etc.; mais tout cela concerne la réflexion ultérieure sur la souffrance, non la conscience spontanée et immédiate de souffrir.
Toutefois, faut-il en conclure, comme le font les idéalistes, que par la conscience immédiate nous prenions pied dans l'absolu (1)? Ce terme vague d'absolu est susceptible de divers sens. Si on entend par là l'adéquation du paraître à l'être, on peut dire que les faits intérieurs sont absolus en ce sens. Mais le véritable absolu consiste dans une existence indépendante et se suffisant à elle-même ; or la conscience n'est en
1. Voir les remarquables cliapiires de M. Rabier dans sa Psychologie.