CORRÉLATION DES FORGES MENTALES
Corrélation de quantité entre les divers faits psychologiques
Maintenant un dernier problème se présente, et c'est le plus délicat. S'il y a des rapports de quantité entre les actions nerveuses et les actions psychiques, y a-t-il aussi des rapports de quantité entre les divers changements psychiques comparés entre eux? Existe-t-il une loi d'équivalence ou de mutuelle corrélation des forces mentales?
Cette loi nous paraît être une conséquence inévitable des corrélations précédemment admises. D'une part, en effet, il y a proportionnalité entre les changements physiques et les changements nerveux ; il y a aussi proportionnalité entre les divers changements nerveux comparés l'un à l'autre. D'autre part, il y a une proportionnalité entre les changements nerveux et les changements psychiques qui y sont immédiatement liés. De là résulte cette conséquence, que les changements psychiques^, comparés entre eux, doivent avoir des énergies variables en raison des énergies également variables de leurs corrélatifs nerveux. L'état des centres nerveux a toujours un corrélatif mental, en ce sens que l'état général du cerveau s'exprime par l'état général de la conscience et les changements de cet état par les changements de la conscience; les rapports quantitatifs des changements cérébraux doivent donc avoir leur contre-partie dans les rapports quantitatifs des changements psychiques. Si, par exemple, la commotion cérébrale est deux l'ois plus forte, on ne comprendrait pas que la commotion mentale qui y est immédiatement liée, c'est-à-dire l'émotion, ne fût pas deux fois plus forte, toutes choses égales d'ailleurs. Les antécédents et les conséquents doivent être harmoniques.
L'équivalence des forces mentales, d'ailleurs, ne doit pas plus être prise au sens d'une véritable transformation que celle des forces physiques. Dans le monde matériel, avonsnous dit, il n'y a que continuation du mouvement avec des directions différentes; pareillement, dans le monde mental, un changement entraîne une série de changements et se continue selon des lois régulières avec des directions diverses et des formes diverses. Une pensée d'abord dégagée d'émo-
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tion, par exemple^ ne se métamorphose pas mystérieusement en émotion, mais, d'une part, la série des changements psychiques produit sur l'état général de la conscience l'effet manifesté par rémotion, et, d'autre part, la série de Qhangements cérébraux qui répond à la pensée produit sur la vitalité générale des effets qui se manifestent par les signes de l'émotion.
Les adversaires de la loi de conservation d'énergie mentale objectent qu'un sentiment, qu'une idée, une volition, ne trouvent jamais dans leurs antécédents psychologiques leur explication complète : « ils apparaissent toujours comme étant auti^e chose que ces antécédents, comme renfermant des qualités nouvelles ; et, à ce titre, ils échappent à la loi de la proportionnalité de la cause et de l'effet (1). >•> Celte objection nous semble confondre la proportionnalité avec l'identité : il est clair que l'effet n'est pas identique à la cause, est autre que la cause qualitativement ; mais, si un sentiment, une idée ne se confond pas avec ses antécédents psychologiques, en résultet-il qu'il n'y ait pas une loi de proportionnalité quantitative, même dans l'ordre mental, qui détermine l'apparition de tel sentiment, de telle idée, avec telle intensité? De même, la volition n'est pas identique aux sentiments ou idées qui entrent parmi ses antécédents, mais la non-identité n'exclut pas la proportionnalité : c'est-à-dire que les mêmes antécédents (sentiments, idées, caractère, circonstances extérieures) auront pour conséquent le même vouloir, et, s'il y a des différences, elles seront en proportion avec l'intensité plus grande ou plus faible de tels ou tels antécédents, comme une résultante varie avec le changement d'intensité d'une ou de plusieurs des forces composantes. Pas plus dans le monde physique que dans le monde moral les effets ne sont qualitativement identiques aux causes, ce qui ne les empêche pas d'être quantitativement proportionnels aux causes. Les mouvements calorifiques n'ont pas besoin d'être identiques aux mouvements lumineux pour qu'il y ait corrélation ou équivalence entre la lumière, la chaleur et les autres modes d'énergie.
Pour être en droit d'afOrmer que la quantité d'énergie psychique est exactement déterminée et demeure exactement la même, il faudrait, dit-on, « pouvoir ramener toutes les successions psychologiques à un mode de succession élémentaire,
(1) M. Doutroux, De la Contingence dans les lois de la nature, 142.