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CORRÉLATION DES FORGES MENTALES

souvenir. On aurait à dresser le tableau suivant. S étant une quantité de souvenir et Q une quantité de mouvement ; S], So étant des valeurs particulières données de S, et Qi Q., les valeurs correspondantes de Q :

De là on déduirait ?> = ¥ (Q). «Mais comment se donner S,, So, etc? Le souvenir, pas plus que l'ame elle-même, n'est une qualité simple. Il embrasse la netteté^ la vivacité, la complexité, l'exactitude, la précision, l'éloignement dans le passé, le sentiment de l'identité personnelle, la conscience d'avoir déjà conçu l'idée en question, etc. » — Assurément, le problème posé dans les termes où M. Boutroux le pose est insoluble ; mais il faut reconnaître aussi qu'il n'est pas bien posé, et l'impossibilité de le résoudre en ces termes ne prouve nullement que le souvenir ne soit pas soumis aux lois générales des forces. Remplaçons le souvenu' par la santé et supposons une série de quantités de santé en fonction d'une série de quantités de mouvement : nous aboutirons à la même impossibilité et au même vague sous l'apparente précision des formules mathématiques ; la santé n'est pas une quantité mesurable, mais bien un nom général donné à des phénomènes complexes. S'ensuitil que les phénomènes de la santé et de la maladie ne soient pas au fond réductibles à une composition de forces ? Pour procéder selon une méthode scientifique, il ne faut pas imaginer des opérations vagues où on symbolise le souvenw et le mouvement, il faut considérer les éléments les plus simples de l'existence psychique et, avant tout, la sensation. Remplacez, dans les formules précédentes, le souvenir par la sensation, S, et non pas seulement par la sensation en général, mais par l'intensité de telle sensation, comme celle de pression, de lumière, de son, etc. : les formules mathématiques prendront un sens précis et ne seront plus ridicules ; vous aboutirez à des relations plus ou moins exactement définies, comme celles de la loi de Weber. Même dans le souvenir, il y a des éléments que nous concevons mesurables en eux-mêmes, sinon pour nous : \.° V intensité àe la sensation affaibhe qui fait le fond de tout souvenir ; 2° le temps plus ou moins long néces-

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saire pour qu'un souvenir soit éveillé par l'idée précédente. On sait que les psycho-physiciens ont institué des expériences sur ce sujet : une sensation, par exemple un mot entendu, éveille par association un souvenir ; le temps de la sensation est connu, ainsi que le temps de son aperception ; on n'a plus qu'à retrancher ce temps de celui qui a été nécessaire pour l'entrée du souvenir dans le champ de la conscience; 3° la vitesse des images de souvenir successives dans lesquelles se renouvelle une série d'irritations sensorielles déjà connues. C'est encore un des problèmes que Galton, ^\'undt, Vierordt, etc., ont étudiés. La «netteté » du souvenir est d'ordre qualitatif; cependant, on comprend qu'elle tient à la netteté même de la sensation reproduite ; on peut mesurer la netteté de la vision réelle, non celle de la vision imaginaire, mais celle-ci n'en est pas moins au fond mesurable et de même nature que l'autre. La « complexité », question de nombre^ est aussi en elle-même une question de mesure. On a essayé de déterminer à combien d'objets on peut penser à la fois, quelle est la complexité d'un rythme que la mémoire peut se rappeler immédiatement, etc. Véloi/jnement dajis le passé ou localisation du souvenir est analogue aux appréciations de distance à vue (l'œil : on peut instituer encore des expériences sur ce sujet. Le « sentiment de l'identité personnelle » n'est pas une question de mesure : il y a pourtant des phénomènes morbides bien connus qui y sont relatifs et qui sont soumis à des lois mécaniques. Enfin la « conscience d'avoir déjà conçu l'idée en question», la reconnaissance n'est pas non plus pour nous une question de mesure, mais elle n'en doit pas moins avoir ses conditions physiques; pour une science supérieure à la nôtre, ces conditions seraient calculables par une détermination d'intensités relatives entre tous les éléments de la cœnesthésie tendant au souvenir, et par une composition de forces corrélative entre les tensions cérébrales. Donc, en définitive, le souvenir enferme une multitude d'éléments quantitatifs et qui seraient déterminables dynamiquement pour une science assez parfaite : nous ne voyons là aucune place à la « contingence » ; tout est déterminé, mais non, assurément, par des formules aussi élémentaires que celle qui consiste à dire S = F (Q).

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