L'HABITUDE
trouve dans riiabitude mentale. Par son côté mécanique, l'habitude est l'inerlie même et la mort apparente ; par son côté physiologique, elle est la vie ; par son tond psychique^ elle est l'appétit, germe de la volonté. C'est pour cela que le domaine de l'habitude est universel et non, comme le croyait Aristote, borné aux végétaux et aux animaux.
Les deux lois essentielles de l'habitude sont : affaiblissement du côté réceptif et accroissement du côté actif. En premier lieu, pourquoi tout phénomène de passivité, comme la sensation et l'émotion, diminue-t-il en se répétant? — C'est que la sensation vient des nerfs et que tout nerf fréquemment excité s'use. Regardez un objet très rouge, puis un objet blanc, le blanc vous paraîtra verdâtre; les nerfs du rouge sont émoussés, ceux du blanc et du jaune ne le sont pas ; de là prédominance des sensations de bleu et de jaune, couleurs complémentaires qui produisent le vert. L'usure est une désagrégation causée par les actions et réactions chimiques qui accompagnent l'exercice du nerf. Toute excitation est un travail nerveux, qui tend à un équilibre, à une adaptation plus ou moins momentanée. Même quand nous nous habituons à la sensation dite passive, comme à celle d'une vive lumière, il y a une série d'actions et de réactions, et le nerf ne s'adapte qu'en s'exerçant, en dépensant de la force.
En second lieu, pourquoi l'activité s'accroît- elle par l'exercice? — Lorsque nous produisons un mouvement, nous lui creusons un lit dans notre organisme; les nerfs qui ont transmis ce mouvement lui ont d'abord résisté, mais ils ont cédé ensuite et se sont adaptés. Une partie du courant nerveux efîérent a donc été d'abord employée à vaincre la résistance; puis, après cette victoire, le supplément de courant est deveim libre et s'est précipité comme un torrent dans le lit qui s'était fait. Il ne faut donc pas dire avec Aristote que ce qui crée l'habitude soit seulement la «répétition »; c'est l'excédent de l'action motrice sur la réaction des molécules organiques, c'est l'énergie de l'action. Suffisante, cette énergie peut produire à elle seule l'habitude; insuffisante, la répétition y supplée. Si le torrent est fort, le lit est creusé du premier coup; si c'est un ruisseau, il y faut un plus long temps. La seconde loi de l'habitude revient donc à dire : la puissance s'accroît si la résistance diminue.
On peut déduire delà deux lois secondaires: 1 "l'activité centrale, en s'exerçant, acquiert un ôcsom croissant d'ac-
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tioiî. En effet, le réservoir central de force étant rempli et l'obstacle plus facile à vaincre, il en résulte une sorte de poussée, une tendance croissante, un besoin de dépenser la force acquise dès que loccasion se présente. Alors reparaît, d'une manière manifeste, le fond appétitif qui se retrouve sous l'habitude comme sous tous les processus mentaux : il y a à la fois mécanisme physique et appétition psychique ; seulement l'appétition se trouve à l'avance endiguée et engagée dans un lit tout fait, sur une pente déterminante, et il suffit du moindre surplus d'excitation pour y faire couler le courant nerveux.
2" Les mouvements devenus habituels finissent par s'exécuter sans conscience. Cette loi a la même explication que les précédentes. Quand nous voulons produire un mouvement difficile, exécuter une action difficile, le milieu résistant nous repousse, comme si nous voulions marcher contre des flots agités ou contre le vent ; alors se produisent dans le système nerveux des ondulations nombreuses qui s'étendent au cerveau, provoquent une nouvelle intervention de la volonté consciente et de l'idée. Par l'habitude, les mouvements qui avaient d'abord été conscients dans le détail n'ont plus besoin de l'être ; au lieu du cerveau, ce sont les centres inférieurs, dans la grande société des cellules, qui se chargent des détails de la besogne ; il suffit à l'appétit ou à la volonté de donner le branle initial, l'idée première : la machine une fois montée marche ensuite toute seule. L'habitude, par l'adaptation de l'organisme, est alors descendue dans les organes; l'idée est redevenue virtuelle ou, comme on dit, organiciue, et c'est là le fond môme de la mémoire.
En somme, tous les mouvements s'expHquentpar la ligne de la moindre résistance, qui est psychologiquement celle de la moindre peine, du plus grand plaisir hé à la plus grande action; l'orientation des cellules et molécules se fait selon cette loi. S'habituer, c'est se mettre dans la situation la plus favorable à la répétition avec moins de résistance; et, comme la même loi régit toutes les molécules corporelles, Thabitude va s'étendant de proche en proche dans l'organisme. De là proviennent à la fin des actes automatiques. Le docteur Robin, après avoir ranimé par l'électricité la moelle épinière d'un honime décapité, gratta avec un scalpel le sein droit; aussitôt le bras droit du supphcié se leva et dirigea la main vers l'endroit blessé. Or, c'est là un mouvement de défense compHqué,