Xous examinerons 'plus tard ce problème
grand, par lequel je mesure leur distance relative : de la nuit à la lumière il y a une transition de degré plus forte que de la couleur rouge à la couleur violette; il y a une quantité intensive de différence qui sert de mesure à la qualité même : jusque dans mes pensées les plus abstraites, je ne cesse pas de ressembler encore à quelqu'un qui soupèse des poids et apprécie leur degré de pesanteur pour pouvoir les évaluer. L'atte?itio?i même n'est-elle pas comme un dynamomètre ayant une intensité de tension plus ou moins grande, qui sert par cela môme à mesurer les intensités extérieures, les forces extérieures? La force, en ce sens, n'est donc pas une entité, un non-être; elle est un caractère commun et essentiel de tous nos états de conscience, caractère que nous objectivons avec le même droit, semble-t-il, que la quantité purement extensive.
La quantité extensive se conçoit et s'apprécie, comme l'a montré Kant^ par une synthèse successive de plusieurs sensations, qui va despai^ties au tout : c'est ainsi que je construis l'idée de nombre, l'idée des moments successifs du temps, l'idée des points successifs de l'espace ; je les réunis par la synthèse en une simultanéité, en une coexistence. Au contraire, la quantité intensive semble pouvoir se révéler en im moment et non en une succession de moments ; elle peut être saisie comme unité, non comme une série de parties dont on doit faire ultérieurement la synthèse. Sans doute, pour évaluer mathématiquement la quantité intensive, on la compare à un de ses degrés, en prenant 0 degré comme point de départ ; mais cette évaluation numérique est une opération dérivée, et la comparaison n'est pas nécessaire au sentiment immédiat, à la conscience immédiate de l'intensité. Une sensation violente est telle du premier coup et en elle-même ; elle est saisie comme intense, quand môme j'ignorerais et le mot d'intensité et l'échelle numérique des intensités diverses. On n'a pas besoin de thermomètre pour sentir une bridure, de photomètre pour être ébloui par le soleil. L'appréhension du degré et de l'intensité étant ainsi non successive, mais momentanée, comme dit Kant, nous attribuons à la cause extérieure de la sensation ou du changement de sensation ce qu'on appelle un moment [momentum). Par extension du dedans au dehors^ nous parlons du moment de la pesanteur et d'autres moments analogues (1).
1. C'est par une liypollièse métaphysique des plus hasardées qu'on a vouiu ramener la quantité intensive à la quantité extensive. On a prétendu, par exemple, quel'intensité tientàlamasseplus ou moins grande de matièrecontenuedans l'espace.