‹ L'évolutionnisme des idées-forcesChapitre 32 sur 107 · DEGRES DE LA CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DEGRES DE LA CONSCIENCE

de soi est faible. Si j'éprouve une multitude de sensations fortes, par exemple douloureuses, je ne puis plus ressaisir mon moi. La conscience a deux pôles : l'un objectif et l'autre subjectif; plus l'un attire d'éléments dans sa direction propre, plus l'autre en perd (1).

Jusqu'à présent, l'observation ne nous a révélé que deux sortes de phénomènes : 1° des faits physiques inconscients; 2° des faits mentaux de conscience claire ou obscure, distincte ou confuse, spontanée ou réfléchie, non rapportée au moi ou attribuée au moi. — Mais la conscience même, a-t-on dit, est une affirmation qui consiste essentiellement à distinguer l'intérieur du monde extérieur ; elle est donc une attribution au moi, un jugement par lequel on classe les phénomènes. Et comme tout jugement, d'après Wundt, est lui-même la conclusion d'un raisonnement, la conscience est le résultat de ce raisonnement : elle est le jugement qui établit le rapport de l'objet perçu au sujet percevant. Ce qui tombe dans la conscience, ce n est que ce résultat, ce jugement. « Le processus de raisonnement qui le produit est en dehors de la conscience : s'il était conscient, le fait de conscience ne serait plus possible; car, puisque le résultat lui-même est la conscience, il faut bien que tout ce qui précède ce résultat soit hors de la conscience. La conscience ne contient donc jamais les processus psychiques eux-mêmes et ne donne que leurs résultats (2). » — Cette déduction nous semble suspecte d'une pétition de principe. ^-Puisque, nous dit-on, le résultat lui-même est la conscience, il faut bien que ce qui le précède soit inconscient ; — mais la question est précisément de savoir si la conscience est simplement un résultat, et un résultat de choses toutes différentes d'elle-même. Un certain degré , une certaine direction et une certaine forme de la conscience peuvent fort bien résulter d'états antérieurs enveloppant une moindre intensité de conscience , une autre direction et une autre force. U conscience de soi, en particulier, présuppose qu'on se trouve en possession préalable de phénomènes sentis ou représentés, et qu'on les attribue tantôt au moi, tantôt au non-moi; cette sorte de polarité ne peut se produire qu'au sein d'une conscience plus générale, non encore différenciée en sujet et en objet : la conscience générale n'est pas pour cela une inconscience.

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