Voir Boem, Contributions à la théorie de la conscience
2. Voir l'exposé de la doctrine de Wundt, dans la Psychologie allemande de M. Ribot.
III. — Abordons maintenant les arguments plus scientifiques qu'on a proposés en faveur des faits mentaux inconscients. Ici, au lieu d'invoquer l'observation, on a recours au raisonnement et au calcul ; on imite les procédés féconds de la physique ou de l'astronomie pour démontrer l'existence de choses invisibles. En dehors du spectre solaire vous ne voyez plus que de l'obscurité, et pourtant il y a encore de la lumière : vos yeux ne l'aperçoivent pas, mais on peut contraindre votre esprit à l'affirmer. En effet, les rayons invisibles qui avoisinent le spectre visible produisent, comme les autres, des réactions chimiques sur les corps sensibles à la lumière. L'effet patent trahit la cause latente. De même, en astronomie, les perturbations aperçues dans un astre observable, Uranus, ont révélé un astre inconnu, Neptune, et permis même de calculer sa place dans le ciel. Un calcul analogue peut s'appliquer aux faits intérieurs. Nos sentiments, nos idées, nos volontés subissent parfois des perturbations sans cause appréciable pour la conscience. J'étais joyeux tout à l'heure; pourquoi suis-je devenu triste? Quel nuage a passé en moi sans que ma conscience l'ait aperçu? Au dehors, rien n'est changé; pourquoi tout est-il changé au dedans? Maine de Biran expliquait ce fait par ce qu'il appelle la réfraction morale. La conscience est enveloppée d'une atmosphère de petites perceptions inconscientes venues de nos organes, et tout ce qui arrive du dehors ne pénètre en nous qu'en se réfractant à travers ce milieu : un changement dans la sphère inconsciente produit dans la conscience le changement dont nous ne voyons pas les raisons. — C'est par des raisonnements de ce genre, souvent appuyés sur des calculs et des expériences physiologiques, qu on est arrivé à concevoir un domaine qui ne serait ni le pur mécanisme matériel, ni l'esprit conscient, mais de l'esprit inconscient.
Hamilton, s'inspirant en partie de Leibniz, a voulu démontrer a priori l'existence des éléments inconscients de la perception, par une série de raisonnements et de calculs qui rappellent les discussions relatives à la divisibilité des quantités continues. M. Taine, allant plus loin encore, soutient qu'une perception consciente est formée d'une infinité de perceptions inconscientes, parce que, s'il n'y avait pas de petites perceptions, il n'y en aurait pas de grandes, et qu'wwe portion de la cause doit produire une portion de l'effet (1). Par exemple, le minimum visible pour nous est composé de parties, et ce minimum produit sur notre vue une
i. Voir M. Taine, V Intelligence.