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PROPAGATION DU MOUVEMENT CÉRÉBRAL AUX ORGANES

Propagation du mouvement cérébral aux organes.

« Je veux mouvoir mon bras, et il se meut, comme par un fiât créateur. » Selon Fénelon et Bossuet, c'est la plus grande de toutes les merveilles. Et certes il y a là, comme en tout, matière à étonnement ; cherchons cependant si ce mystère n'est pas ou moins grand ou moins spécial qu'il ne le semble.

En premier lieu, une loi toute physique trouve ici son application. Quand un mouvement est désordonné à son début, en traversant un milieu il s'ordonne de lui-même. Si par exemple, dans un long tuyau, on agite l'eau à Tune des extrémités, ce mouvement a beau être irrégulier, on constate à l'autre extrémité une ondulation régulière : le mouvement, en se propageant, s'est régularisé. De même, lorsque l'activité intérieure du cerveau se décharge, son extension dans les différents membres tend mécaniquement à la rendre régulière. — En second lieu, cette régularité est assurée physiologiquement par la symétrie des membres : ceux-ci tendent à exécuter l'un après l'autre le même mouvement; il s'établit une correspondance dans les parties homologues de notre corps. Il en résulte une suite de mouvements ordonnés, se communiquant de proche en proche; le mouvement vermiculaire de l'ensemble va s'étendant, se prolongeant jusqu'à l'extrémité des membres, prenant la forme d'une ondulation qui, tout en reculant toujours, avance aussi toujours. Le point de départ de cette ondulation est le cerveau; le mécanisme de la propagation dans les membres consiste donc dans la reproduction par les différents organes, selon leur forme propre, du plan de mouvement déjà partiellement exécuté par le cerveau. Dans les centres cérébraux s'accomplit un mouvement primordial qui a déjà une certaine intensité, et les organes n'ont qu'à se laisser pousser pour reproduire des mouvements en harmonie avec ce mouvement cérébral. Il y a ainsi sympathie et synergie. Une comparaison peut éclaircir ces faits. Supposons que, sur une plaque sonore, on ait répandu du sable; quand, avec un martelet, on communique à la plaque un mouvement vibratoire, on voit peu àpeu, en certains points, le sable affecter telles ou telles formes régulières;

m PROPAGATION DU MOUVEMENT CÉRÉBRAL AUX ORGANES.

si les vibrations s'étendent jusqu'aux extrémités, le sable forme un ensemble de dessins similaires qui s'étendent aussi jusqu'aux bords. Il en est de même du cerveau : si le mouvement est assez intense, il se propage dans tout le système nerveux, et les organes reproduisent, avec les variantes qu'entraînent leur structure propre et leur fonction propre, le dessin réalisé déjà dans le cerveau. Tel est le mécanisme physiologique de la propagation du mouvement.

Tout mouvement qui s'est ainsi propagé une première fois a ouvert des voies dans le cerveau et dans les organes. La répétition des mouvements produit donc dans l'organisme, par l'effet de l'habitude individuelle ou de l'habitude héréditaire, des centres de mouvements et des voies de communication. C'est ce que les physiologistes appellent centres psycho-moteu?*s. Que ces centres soient vraiment moteurs ou qu'ils soient des centres sensitifs (point non encore éclairci), ils sont toujours les régions du cerveau où est situé le point de départ habituel ou héréditaire de certains mouvements conscients (1).

Ce qu'il faut expliquer, en somme, c'est donc moins la communication du mouvement dans l'organisme que les cas d'arrêt, puisque la communication est le fait normal ; ce dont il faut s'étonner, ce n'est pas que l'appétition et la représentation enveloppent la force motrice, mais de ce qu'elles ne semblent pas toujours l'envelopper, de ce que parfois manque,

(1] Le progrès des localisations cérébrales a fait déjà découvrir un certain nombre de ces centres ou de ces régions. Les travaux de Broca ont établi, comme chacun sait, que les mouvements du langage articulé ont leur point de départ dans la moitié postérieure de la troisième circonvolution frontale gauche. S'il y a un commencement de lésion et de désorganisation dans cette région cérébrale, le malade peut encore penser les mots et les prononcer mentalement, mais il ne peut plus les articuler au dehors : il ne trouve plus que le même mot toujours répète ou des suites de mots incohérents. C'est un commencement à' aphasie. Si la lésion est plus étendue ou plus intime, l'aphasie ou perte de la parole se complique d'amnésie ou perte de la mémoire ; le malade ne peut plus penser les mots ni les comprendre. D'autres parties de l'écorce cérébrale semblent le centre de certaines classes de mouvements déterminés : mouvement pour remuer la jambe, le pied, tel doigt de pied, le bras, la main, tel doigt de la main, pour dresser ou incliner la tète, pour se coucher sur le dos ou se lever, etc. Détruisez ces centres, les mouvements qui y ont leur point de départ deviennent impossibles. On enleva un de ces centres à un chien qui avait l'habitude de donner la patte; il perdit cette faculté. Au reste, ces localisations sont encore très imparfaites, et plusieurs sont contestées. Il faut remarquer aussi que, souvent, quand certains centres psychomoteurs ont été détruits, il peut s'en reformer d'autres analogues dans d'autres portions du cerveau, et ces seconds centres suppléent les premiers. Il y a donc des centres qui ne sont que des voies de communication habituelles, mais non absolument nécessaires, et d'autres qui indiquent une structure plus fixe, comme la circonvolution de Broca.

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