I. Transformation des processus appétitifs en habitudes
L'étude de l'habitude, de l'instinct etdel'action réflexe offre un intérêt particulier dans la question des idées-forces, parce que nous sommes ici sur la limite commune du mécanisme et de l'intelligence. Les religions antiques voyaient dans l'instinct une sorte de mystère divin; le culte des animaux eut en partie son origine dans l'étonnement causé par la sagesse muette des bêtes, qui semblait supérieure à l'intelligence même de l'homme : instinct, génie, divination semblaient choses voisines, révélant la présence dun dieu. Jusque de nos jours, l'instinct est resté pour les spiritualistes un des grands arguments en faveur des créations spéciales, de la providence, des causes finales particulières. Les partisans de l'automatisme, au contraire, ont essayé de réduire l'instinct, comme l'habitude, à un jeu d'organes aussi exclusivement mécanique, dit Maudsley, que celui d'une «pompe» ou d'une «machine à vapeur». Selon eux, une seule impression automatiquement suivie d'une seule contraction, par exemple un coup sur la jambe suivi d'un recul immédiat de la jambe, constitue Y action réflexe simple ; une série variée de contractions ou de mouvements répondant à une série d'impressions, comme les mouvements divers de l'oiseau naissant pour attraper les mouches au passage, constitue l'instinct, qui, selon l'expression de Spencer, ne serait « qu'une action réflexe composée ».