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L'APPÉTIT COMMIS ORIGINE DE L'HABITUDE

Enfin, si la liaison des mouvements avec les impressions sensibles est encore imparfaite et laisse place à la conscience, elle constitue alors l'appétit, le désir, l'action volontaire et intelligente. La vie intelligente ne serait ainsi, d'après Spencer, que l'instinct encore imparfaitement organisé, un automatisme qui doit sa conscience à sa lenteur, comme une machine qufl^ A ses frottements mêmes rendraient lumineuse.

Cette nouvelle application de la doctrine mécaniste no% % amène à nous poser ce problème fondamental : — Est-il vjgu J * ' que ce soit le mouvement réflexe et purement automatt^ qui explique l'habitude, l'instinct et le désir? N'est-ce poin$£ contraire le désir, ou du moins l'appétit, qui est la coman^T origine de l'habitude, de l'instinct et de cette action rél|è qu'on nous présente aujourd'hui comme l'explication uoiq et suffisante de toute la vie mentale? Dans cette seconde*? pothèse, l'évolution n'aurait plus pour point de départ utTr tomatismebrut, pas plus chez les animaux que chez rhofpn son vrai point de départ serait une impulsion ayant un *î mental en môme temps' que dés lois mécaniques, uBtë ? virtuelle ou actuelle. C'est là une conséquence dont on p sent toute l'importance non seulement pour la psychol* mais pour la théorie générale de l'univers, puisqu'il s'ar savoir si le ressort primitif est un mécanisme exclusive matériel ou une force d'ordre mental.

TRANSFORMATION DES PROCESSUS APPÉTITiFS. 201

Transformation des processus appétit if s en habitudes.

Selon certains philosophes, l'habitude est toujours un fait de passivité et, en définitive, d'inertie; elle est l'impuissance même de changement, la conservation indéfinie et comme la routine de l'être demeurant tel qu'il est. Pour d'autres, l'habitude est toujours un fait d'activité, une puissance acquise qui se trouve plus voisine de son acte et se déploie avec moins d'effort. Selon nous, toute habitude est à la fois passive et active, parce qu'elle suppose toujours action et réaction mutuelle de plusieurs éléments; elle est un changement durable produit par l'action et la réaction mutuelle des forces. L'inertie, la tendance de l'être à persévérer dans son être n'est qu'une des bases de l'habitude ; l'autre base est le pouvoir même de réagir et de changer, pouvoir que les philosophes n'ont pas assez remarqué : s'habituer , c'est s'adapter par réaction aux circonstances nouvelles, se mettre en harmonie par une nouveauté intérieure avec la nouveauté du dehors. La passivité est le côté statique de l'habitude, la réaction en est le côté dynamique.

Ce pouvoir de réaction, d'adaptation, d'organisation, en un mot d'évolution, existe partout : il existe jusque dans le monde inorganique; il se manifeste jusque chez les minéraux; il fait, en définitive, le fond de ce qu'on appelle l'égalité de la réaction à l'action. Si chaque particule matérielle ne réagissait pas, il est clair qu'il n'y aurait plus dans l'univers détermination réciproque ni modification possible de mouvement et de structure, ni organisation, ni évolution possible. 11 n'en est pas ainsi : partout l'action et la réaction tendent à se mettre en équilibre, en harmonie ; les pierres de la mer polies par le frottement n'ont pas été purement passives sous l'énorme action de la mer : chacune de leurs molécules a rendu aux vagues le coup qu'elle en avait reçu.

C'est toujours le pouvoir de recevoir et de restituer le changement qui fait le fond de l'habitude ; c'est le réflexe mécanique qui se retrouve dans l'habitude mécanique, c'est le réflexe physiologique qui se retrouve dans l'habitude des ôtres vivants ; c'est le réflexe mental et appétitif qui se rc-

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trouve dans l'habitude mentale. Par son côté mécanique, l'habitude est l'inertie même et la mort apparente; par son côté physiologique, elle est la vie ; par son fond psychique, elle est l'appétit, germe de la volonté. C'est pour cela que le domaine de l'habitude est universel et non, comme le croyait Aristote, borné aux végétaux et aux animaux.

Les deux lois essentielles de l'habitude sont : affaiblissement du côté réceptif et accroissement du côté actif. En premier lieu, pourquoi tout phénomène de passivité, comme la sensation et l'émotion, diminuc-t-il en se répétant? — C'est que la sensation vient des nerfs et que tout nerf fréquemment excité s'use. Regardez un objet très rouge, puis un objet blanc, le blanc vous paraîtra verdâtre; les nerfs du rouge sont émoussés, ceux du blanc et du jaune ne le sont pas ; de là prédominance des sensations de bleu et de jaune, couleurs complémentaires qui produisent le vert. L'usure est une désagrégation causée par les actions et réactions chimiques qui accompagnent l'exercice du nerf. Toute excitation est un travail nerveux, qui tend à un équilibre, à une adaptation plus ou moins momentanée. Même quand nous nous habituons à la sensation dite passive, comme à celle d'une vive lumière, il y a une série d'actions et de réactions, et le nerf ne s'adapte qu'en s'exerçant, en dépensant de la force.

En second lieu, pourquoi l'activité s'accroît -elle par l'exercice? — Lorsque nous produisons un mouvement, nous lui creusons un lit dans notre organisme; les nerfs qui ont transmis ce mouvement lui ont d'abord résisté, mais ils ont cédé ensuite et se sont adaptés. Une partie du courant nerveux efférent a donc été d'abord employée à vaincre la résistance; puis, après cette victoire, le supplément de courant est devenu libre et s'est précipité comme un torrent dans le lit qui s'était fait. 11 ne faut donc pas dire avec Aristote que ce qui crée l'habitude soit seulement la «répétition »; c'est l'excédent de l'action motrice sur la réaction des molécules organiques, c'est l'énergie de l'action. Suffisante, cette énergie peut produire à elle seule l'habitude; insuffisante, la répétition y supplée. Si le torrent est fort, le lit est creusé du premier coup; si c'est un ruisseau, il y faut un plus long temps. La seconde loi de l'habitude revient donc à dire : la puissance s'accroît si la résistance diminue.

On peut déduire delà deux lois secondaires: 1° l'activité centrale, en s'exerçant, acquiert un besoin croissant d'ac-

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