‹ L'évolutionnisme des idées-forcesChapitre 56 sur 107 · MÉCANISME ET FINALITÉ DANS L'INSTINCT · texte numérisé non relu

MÉCANISME ET FINALITÉ DANS L'INSTINCT

que la douleur et Y aversion concomitante; il n'implique pas une intention, une volonté, une finalité plus ou moins réfléchie. Son effet défensif n'est pas prévu : il résulte de la simple contraction générale du corps et des variétés que la sélection naturelle apporta peu à peu, dans le cours des siècles, à ce mouvement fondamental, expressif de l'aversion.

Grâce au mécanisme nerveux que la sélection naturelle a ainsi produit, un même mouvement peut avoir aujourd'hui des effets très divers et diversement utiles, qui ne sont pas pour cela des fins prévues. Par exemple, la contraction totale du corps peut, comme Schneider l'a montré, avoir pour effet: 1° l'éloignement du lieu d'un danger; 2° l'acte de cacher et de préserver les organes Jes plus précieux ; 3° l'acte de se retirer (comme le colimaçon) dans une enveloppe protectrice ; 4° la projection au dehors de moyens défensifs. Ce mouvement de contraction totale se retrouve jusque chez les protozoaires et les zoophytes. Selou nous, il n'est besoin d'attribuer à ces êtres inférieurs ni une représentation consciente de l'étendue du danger ou de l'opportunité du mouvement, ni une représentation inconsciente de ces mêmes choses, comme celle dont parle Hartmann; il suffit d'admettre les deux éléments auxquels se réduisent tous les faits de prétendue « volonté inconsciente» : 1° au point de vue psychologique, nous admettons une émotion de malaise, un sentiment d'irritation plus ou moins sourde qui existe daus les diverses cellules, se propage jusqu'aux cellules les plus centrales et provoque l'appétition ; 2° au point de vue physiologique, nous admettons un mécanisme de contractilité qui, une fois établi par sélection, fonctionne dès que surgit une excitation extérieure. Compliquez ce mécanisme d'irritabilité et de contractilité, qui est sous la dépendance de l'appétit, vous rendrez compte des actions les plus complexes dans les organismes supérieurs. Par exemple, l'ajustement de l'oeil humain à la distance, dont Hartmann et tous les partisans des causes finales admirent la rapidité et la précision, se produit au moyen d'un changement de convexité du cristallin et par une déviation de Taxe des yeux ; il n'y a là, de la part de la conscience cérébrale, rien de volontaire, il n'y a rien de conscient pour le moi; c'est une série de réactions motrices répondant, dans les centres nerveux, à une sensation causée par la lumière. Ce phénomène est très propre à nous faire comprendre la nature de beaucoup d'actes instinctifs chez les animaux. Les animaux semblent posséder même, en naissant, les intuitions de la distance et

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