L'ACTIVITÉ MENTALE
volition-motion à son premier stade, dont les mouvements figurés dans l'espace sont une répercussion ultérieure.
II. — Le mental, avec son activité constante, se retrouve sous tous nos changements d'état physiologiques; il y a seulement, comme nous l'avons fait voir dans le cours de cet ouvrage, des cas où le mental sous-jacent aux changements de l'organisme retentit dans le cerveau et dans la conscience cérébrale; d'autres cas où il reste confiné dans la moelle, probablement sous forme de sensations rudimentaires et cellulaires, qui sont l'état fluide de la sensation au lieu de son état solide; d'autres cas, enfin, où il est presque latent et endormi dans les molécules ou atomes. En étendant l'induction, nous avons admis quelque chose d'analogue aux rudiments du mental sous tous les phénomènes, même inorganiques et dès le début de l'évolution. On ne peut, philosophiquement, se figurer les mouvements atomiques que comme enveloppant euxmêmes des changements dont notre conscience est l'élévation à un ton plus haut, à une clarté supérieure. Le physique est l'ensemble des sensations de résistance actuelles ou possibles qui dérivent de la mutuelle action d'énergies essentiellement internes; il est pour la conscience un mode de sensation très élémentaire, très général, qui se retrouve toujours sous les modes plus élevés, et qui doit correspondre, dans les choses mêmes, à quelque sourd appétit. C'est la même action réciproque des choses qui est saisie tantôt comme expérience mentale, et tantôt, dans une autre partie de ses facteurs, comme mouvement physique ; et il n'y a pas là, nous l'avons montré (1), deux aspects parallèles, mais une même série de faits diversement groupés, une même évolution réelle, dont c'est le mécanisme qui est un aspect. Cet aspect est extrait de l'ensemble par la spécialisation du moyen d'appréhension, qui est le sens : il est détaché du tout comme fragment pouvant se substituer au tout, de même qu'une formule algébrique subit les transformations et manipulations à la place des objets réels dans lesquels on finit par la retraduire (2). L'expérience interne est donc la plus complète, parce qu'elle nous fournit un supplément au mécanisme des faits externes : elle nous montre des processus non plus simplement pro-
(1) Voir chapitre précédent.
(2) Voir plus haut, ibid.
duits et tout faits, mais en tram de se faire, ayant le sentiment de leur propre activité et de leur direction propre. Si toute appétition est, dans la réalité, un processus moteur en même temps que sensitif (et vice versa), nous pouvons conclure que toute appétition est force, énergie, au sens philosophique de ces mots. Désirer et sentir, c'est mesurer par la conscience, sous la forme d'une mesure concrète et non abstraite, un rapport de forces. L'arc vivant sent sa tension et l'énergie avec laquelle il se détend pour lancer la flèche : le vrai mouvement radical est son changement appétitif; le mouvement à travers l'étendue qu'il se représente est la figuration, dans le cadre mental de l'espace, du rapport qui existe entre le changement interne et les changements externes dont il rencontre le concours ou l'opposition. Nous sentons toujours notre énergie en synergie ou en conflit avec d'autres énergies. La force mécanique mise en liberté par l'innervation et que, dans notre vie intérieure, nous expérimentons comme impulsion de l'appétit, n'est distincte que phénoménalement, non en sa nature ultime, de cette impulsion même de l'appétit. L'appétit n'est donc pas seulement le signe du processus moteur, mais un de ses facteurs constituants dans la réalité, et probablement son facteur dominant. Dès lors, bien loin que les phénomènes vitaux et mentaux soient un simple résultat accidentel et un accompagnement ultérieur du mécanisme évolutif, ce sont au contraire, comme nous venons de le dire, les phénomènes mécaniques qui ne deviennent philosophiquement compréhensibles que par des facteurs ultra-mécaniques. Si tout mouvement local est objectif, toute force agissante est subjective, mentale, plus que locale. L'explication la plus radicale des mouvements et de l'universelle évolution est, selon nous, la tendance à réaliser le maximum de bien-être avec le minimum de peine. En un mot, l'activité réelle est dans le processus mental, qui, enveloppant toujours à un degré plus ou moins grand quelque conscience de soi et quelque perception des limites qu'il rencontre, enveloppe par cela même une représentation possible, une idée possible, où se posent l'un devant l'autre le sujet et l'objet. L'idée est la conscience claire de la force et de ses rapports avec les autres forces ; elle en est la forme supérieure, à la fois intellectuelle et impulsive : elle est vraiment idée-force.