‹ L'évolutionnisme des idées-forcesChapitre 60 sur 107 · L'ACTIVITÉ MENTALE · texte numérisé non relu

L'ACTIVITÉ MENTALE

^ttime objet coloré et mouvant, ne constituent d'ailleurs ni ^ Arraie existence à lui-même, ni sa vraie activité. Les Mouvements moléculaires du cerveau, des nerfs et des ^viscles sont, nous l'avons vu, de simples signes percep- ^lels, des modes de représentation qui, comme tels, ne Produisent réellement ni le corps même ni les actions corporelles. La réalité apparente du corps, c'est-à-dire sa forme et son mouvement, n'est donc point sa réalité sous-jacente.

Faut-il se figurer la réalité sous-jacente comme un tertium quid qui serait, non seulement extra-physique, mais encore extra-psychique? — Ce tertium quid, cette réalité extra-consciente que l'on suppose seule douée d'activité, est elle-même une construction dont tous les éléments sont empruntés à notre conscience, y compris l'idée ^activité. Si nous n'avions vraiment aucune expérience de l'agir, agir ne serait plus qu'un ?not, un symbole de pures relations entre des éléments inactifs, et l'activité extra-consciente ne serait plus elle-même qu'un fantôme. On dit : — Vous acquérez la notion d'activité en subissant l'action que d'autres êtres, par exemple d'autres hommes, exercent sur vos sens. — Mais me sentir passivement modifié ne m'apprendra pas l'existence d'une activité autre que la mienne, si je n'ai préalablement aucune expérience d'activité et d'activité mienne. Si je ne distingue pas le mouvement de mon • bras, quand il est voulu par moi, du mouvement de mon bras contraint, je n'attribuerai jamais ce dernier à une action, à une volonté étrangère. C'est donc dans notre conscience seule que nous prenons l'idée et le type d'une action causale, c'est dans la tension de la volonté, suivie de détente et de déploiement, que nous trouvons notre expérience de l'agir, sans laquelle, encore une fois, ce mot ne serait plus qu'un terme aostrait dénué de sens. En aucun cas il n'est logique de dépouiller les faits de conscience de toute efficace pour admettre ailleurs une efficace dont nous n'avons plus alors aucun exemple connu, et surtout pour attribuer cette efficace à un troisième jfeerme non moins inconnu, non moins inconnaissable; on $*fra beau prétendre que ce terme est tout en dehors de notpé conscience, nous répéterons que notre conscience seule le pose, sans que l'on comprenne où elle en a pu prendre les éléments constitutifs.

Dès lors, il ne nous reste d'autre alternative que d'attribuer l'activité au contenu de la conscience. En fait, c'est parce que nous accordons à notre volonté une part quelconque dans

nos mouvements corporels que nous interprétons les mouvements extérieurs, surtout ceux des êtres animés, par une volonté plus ou moins analogue à la nôtre. — Mais précisément, objecte-t-on, vous n'avez point l'expérience d'une réelle efficace de votre volonté. Vous voyez seulement le mouvement suivre ou accompagner telle volition, mais vous ne voyez pas comment votre volition meut. Nous répondrons qu'il faut distinguer le mouvement tel qu'il estera*, et le mouvement s' exécutant. Le mouvement, tel qu'il est perçu, est une simple représentation dans la conscience, un simple fragment du contenu total de la conscience; la volition ne produit pas directement et ne peut pas se voir produire le mouvement perçu. Mais, s'il n'y a pas action transitive de la volition sur la perception de mouvement, qui n'est qu'une sorte de choc en retour, il peut y avoir influence de la volition sur le mouvement s' effectuant, action immanente par laquelle la volition est elle-même processus moteur, identité profonde du désir et de l'agir, du vouloir et du mouvoir. En saisissant le vouloir, nous saisirions ainsi le réel de la motion même, son actuation. En fait, le mouvement n'est pas d'un côté et l'appétition de l'autre, comme deux courants divers qui tantôt se sépareraient, tantôt viendraient se réunir par accident ; il y a un seul et même courant, un seul et même changement qui a lieu dans le temps et qui, par cela même qu'il n'est pas solitaire, mais aidé ou favorisé par d'autres changements simultanés, finit par prendre pour nous la forme de Y étendue. On a donc tort de couper artificiellement notre être en deux portions : 1° une conscience avec son contenu, 2° un corps supposé tout à part de cette conscience. D'un côté, mon corps ne m'est connu que comme fragment du contenu total de ma conscience, comme ensemble de signes perceptifs, parmi lesquels, au premier rang, sont les mouvements; d'autre part, dans la réalité, mon existence corporelle et mon existence psychique ne sont ni séparées ni* séparables. La volition et la motion sont donc un même processus, considéré ici du point de vue de la conscience, là du point de vue de la perception. La volition sans motion est un abstrait, mais la motion sans volition est également un abstrait, un simple signe pour la perception. Dans l'expérience intérieure, je me vois voulant, agissant, et agissant sur un milieu qui résiste; je me vois, en un mot, faisant effort contre quelque chose; or, c'est là une volition concrète, une

Page 1