‹ L'évolutionnisme des idées-forcesChapitre 8 sur 107 · Nous examinerons plus tard ce problème · texte numérisé non relu

Nous examinerons plus tard ce problème

grand, par lequel je mesure leur distance relative: de la nuit à la lumière il y a une transition de degré plus forte que de la couleur rouge à la couleur violette ; il y a une quantité intensive de différence qui sert de mesure à la qualité même : jusque dans mes pensées les plus abstraites, je ne cesse pas de ressembler encore à quelqu'un qui soupèse des poids et apprécie leur degré de pesanteur pour pouvoir les évaluer. Inattention même n'est-elle pas comme un dynamomètre ayant une intensité de tension plus ou moins grande, qui sert par cela même à mesurer les intensités extérieures, les forces extérieures? La force, en ce sens, n'est donc pas une entité, un non-être; elle est un caractère commun et essentiel de tous nos états de conscience, caractère que nous objectivons avec le même droit, semble-t-il, que la quantité purement extensive.

La quantité extensive se conçoit et s'apprécie, comme Ta montré Kant, par une synthèse successive de plusieurs sensations, qui va des parties au tout : c'est ainsi que je construis l'idée de nombre, l'idée des moments successifs du temps, l'idée des points successifs de l'espace ; je les réunis par la synthèse en une simultanéité, en une coexistence. Au contraire, la quantité intensive semble pouvoir se révéler en un moment et non en une succession de moments ; elle peut être saisie comme unité, non comme une série de parties dont on doit faire ultérieurement la synthèse. Sans doute, pour évaluer mathématiquement la quantité intensive, on la compare à un de ses degrés, en prenant degré comme point de départ ; mais cette évaluation numérique est une opération dérivée, et la comparaison n'est pas nécessaire au sentiment immédiat, à la conscience immédiate de l'intensité. Une sensation violente est telle du premier coup et en elle-même ; elle est saisie comme intense, quand même j'ignorerais et le mot d'intensité et l'échelle numérique des intensités diverses. On n'a pas besoin de thermomètre pour sentir une brûlure, de photomètre pour être ébloui par le soleil. L'appréhension du degré et de l'intensité étant ainsi non successive, mais momentanée, comme dit Kant, nous attribuons à la cause extérieure de la sensation ou du changement de sensation ce

3u'on appelle un moment (momentum). Par extension du edans au dehors, nous parlons du moment de la pesanteur et d'autres moments analogues (1).

i. C'est par une hypothèse métaphysique des plus hasardées qu'on a voulu ramener la quantité intensive à la quantité extensive. On a prétendu, par exemple, que l'intensité tient à la masse plus ou moins grande de matière contenue dans l'espace,

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