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LA QUANTITÉ ET LES ÉLÉMENTS DE LA FORCE DANS LES ÉTATS DE CONSCIENCE

En quoi le nom d'idées peut convenir à tous les états de conscience. — Premiers caractères des états de conscience qui leur sont communs avec les forces actives. — I. Force intensive. — II. Mesurabilité. — III. Variations d'intensité. — IV. Nombre. — V. Durée. — VI. Extensivité. — VII. Le mouvement dans la conscience.

Nous appellerons idées 9 formes mentales ou formes de conscience (efôoç, species), tous les états de conscience en tant que susceptibles de réflexion et, par réflexion , de réaction sur eux-mêmes, sur les autres états de conscience, enfin, grâce à la liaison du physique et du mental, sur les organes du mouvement (1).

i. Pu idées, Locke entendait toutes les apparences qui existent dans les esprits et que nous rapportons ultérieurement à quelque chose d'extérieur; les idées, en ce sens, comprennent tout ce qui est immédiatement présent à la conscience, « tout ce qui est l'immédiat objet de perception ou de pensée. » On a beaucoup reproché à Locke ces espèces d'objets intérieurs qu'il admettait sous le nom d'idées; et pourtant, il est certain que c'est seulement par les objets de la conscience que nous pouvons connaître les objets réels ; il est certain que le sujet conscient peut et doit avant tout prendre pour objet ses propres modifications, qui deviennent alors images ou idées. Hume restreignit le terme d'idées aux images reproduites, aux re-présenlations. C'était là faire un pas en arrière ; car pourquoi ne pas appeler idées non seulement les re-présentations, mais les présentations elles-mêmes, les images actuelles, les sensations, perceptions, émotions, auxquelles la conscience s'applique en y faisant plus ou moins attention et que, par cela même, elle distingue? En ce sens, Descartes appelait pensées et Spinoza appelait idées tous les modes de conscience. C'est l'équivalent de la Vorstellung des Allemands.

Les idées seront donc pour nous, conformément à la grande tradition philosophique, tous les faits de conscience en tant qu'ils peuvent devenir objets pour ta conscience même. On verra que nous ne considérons pas pour cela, avec

La question capitale à laquelle nous rapporterons toutes les autres, c'est de savoir si les idées ainsi entendues ne peuvent devenir des facteurs réels dans l'évolution mentale, des forces intérieures capables de réagir sur cette évolution et, par son intermédiaire, sur révolution universelle.

La vie consciente, d'où proviennent toutes les idées, donne lieu à deux problèmes importants : — 1° Quelles sont les conditions de la conscience ? 2° Quel en est le fond, et ce fond est-il lui-même quelque chose d'inconscient?

Les conditions de la conscience ont été invoquées par Maudsley et par l'école matérialiste comme preuves de sa nature superficielle et inactive, ainsi que de son inexactitude représentative. Loin de justifier ces accusations, l'étude des caractères essentiels qui appartiennent aux états de conscience nous semble favorable à la doctrine qui les considère comme des facteurs exerçant une réelle influence.

I. Intensité des états de conscience. — Le premier caractère qui, au sens le plus général du mot, peut faire une force de tout état de conscience, de toute idée ou sentiment, c'est l'intensité, le degré. Or, tout état de conscience, quel qu'il soit, a une intensité. Kant est même allé jusqu'à faire de ce principe une « anticipation de la perception, » c'est-à-dire quelque chose qu'on peut d'avance affirmer de toute perception. Dans une perception de couleur, par exemple, il y a quelque chose qui ne peut être deviné avant l'expérience, anticipé : c'est la sensation même avec sa qualité spécifique ; jamais l'aveugle n'anticipera la sensation du rouge. Mais il n'en est pas ainsi de la quantité intensive, considérée en général. Même dans une sensation différente de toutes celles que j'ai eues jusqu'à présent il y a quelque chose qui pourrait être anticipé et affirmé d'avance, c'est qu'elle a une intensité. C'est par ce moyen qu'un aveugle-né se figurait la couleur écarlate comme un son de trompette; une grande intensité est en effet le caractère commun des deux sensations, elles se ressemblent par leur force.

On n'a pas assez remarqué les conséquences de ce principe

Herbart et d'autres psychologues, les états de conscience comme étant primitivement et essentiellement représentatifs. Mais tous les états de conscience enveloppent virtuellement un rapport m sujet et un rapport possible à quelque objet ; ils n'existent pas dans le vide ni dans l'isolement : ils sont états de quelqu'un, viennent de quelque cause et tendent à quelque fin. Cette cause qui les produit, cette fin qu'ils poursuivent, ce centre intérieur vers lequel ils convergent pourront plus tard être représentés : les états de conscience sont donc des idées virtuelles ou actuelles.

3ue tout état de conscience a une quantité intensive. La tenance des sciences modernes, c'est de tout ramener à la quantité extensive, à l'espace, au temps, au nombre, à des changements dans l'espace et dans le temps. On fait de la force mécanique un simple symbole du mouvement estimé d'avance et calculé dans ses effets futurs. Quant à la force physiologique et psychologique, elle est ramenée à la sensation d'effort musculaire, et, comme cette sensation paraît toute subjective, on en conclut que toute projection de force au dehors est une pure illusion.

C'est oublier que dans toute sensation , outre cette forme spéciale qui ne saurait être pressentie avant d'avoir été sentie au moins une fois, il y a l'intensité. Que l'effort musculaire soit une simple sensation sui generis, produite même par un courant afiérent et non efférent, cela est possible (1) ; mais il y a dans l'effort une chose qui ne semble pas purement subjective ni musculaire, et qui est un élément essentiel de la force : l'intensité. Un fardeau plus ou moins lourd produit une sensation plus ou moins intense, plus ou moins forte. On aura beau dire que le mode spécifique de la sensation d'effort tient à notre constitution subjective, qu'il n'y a pas le moindre effort, le moindre nisus dans le poids soupesé par notre main, dira-t-on avec la même assurance qu'il n'y a dans les choses aucune intensité correspondant à l'intensité de nos sensations, aucune force au sens de force intensive? Cela est d'autant plus difficile à soutenir que toutes nos sensations, et non pas seulement les sensations musculaires, offrent cet élément commun. Quelque différence de sensation spécifique qu'il y ait entre une vive lumière, un son éclatant, une forte odeur, un goût fort, un fort coup sur un de mes organes, je reconnais parfaitement sous ces divers phénomènes un caractère commun et tout à fait semblable d'intensité ou de force. Ce caractère, je le retrouve ailleurs que dans les sensations représentatives, car il est plus manifeste encore dans les émotions, dans le plaisir, dans la douleur; je le retrouve au plus haut degré dans les appétits, désirs, aversions, enfin dans ces désirs prédominants qui aboutissent au vouloir. Je le retrouve enfin jusque dans la pensée : l'idée est généralement moins intense que la sensation actuelle et c'est principalement à ce signe que je la reconnais. Les idées mêmes de rapports, principalement celle de différence, supposent un degré de différence plus ou moins

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