‹ L'évolutionnisme en moraleChapitre 15 sur 18 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

La question de notre origine simienne intéresse peutêtre moins la foi qu'on ne le pense généralement.

Que nous enseigne la Bible concernant nos origines? Elle nous apprend : 1® que l'homme est formé d'un corps et d'une âme ; 2<> que l'âme du premier homme a fait l'objet d'une création spéciale ; 3° que son corps fut formé par Dieu au moyen d'une matière préexistante empruntée au monde inorganique.

Or, sur aucun de ces points la contradiction entre la Science et la Bible n'existe ni ne peut exister.

1® La Science a-t-elle fourni la preuve de l'inexistence de l'àme? A-t-elle montré que les forces physicochimiques suffisent pour expliquer la vie et notamment la vie intellectuelle? Assurément non. Impuissante à découvrir l'essence intime des choses, la Science ne peut affirmer, comme on le voudrait, l'identité foncière des phénomènes ; elle n'a jamais montré que la pensée ne fut que du mouvement transformé et s'expliqua par les mômes causes toutes mécaniques. La Science positive, celle qui fonde ses conclusions sur l'observation des faits sensibles, ne peut se prononcer sur la question de savoir quelle est la nature intime de la vie et quel

en est le prÎDcipe. Le problème de l'existence de l'âme n'est donc nullement de son ressort. Ceux qui font profession de positivisme ne nous contrediront pas.

2° Le problème de l'origine de l'àme, plus encore peut-être que celui de son existence, est étranger au domaine de la Science. Les conditions mêmes d un conflit entre la Science et la Foi fout ici défaut. Non seulement le conflit n'existe pas, il est impossible.

3<> Quant à la formation du corps de l'homme au moyen d'éléments empruntés au règne inorganique, la Science confirme les enseignements de la Foi.

Mais cette matière dont fut formé le corps du premier homme a-t-elle été empruntée directement au règne inorganique? Ou bien Dieu s'est-il simplement servi d'une matière déjà organisée, produit de l'évolution mais qui aurait reçu ensuite la perfection anatomique spéciale qu'exigeait son union avec une âme spirituelle?

La question n'est tranchée ni au point de vue scientifique, ni au point de vue du dogme.

Elle n'est pas tranchée au point de vue scientifique, nous croyons l'avoir sufiisamment montré.

Elle ne l'est pas davantage au point de vue du dogme. Dans son remarquable ouvrage, V Apologie scientifique de la Foi chrétienne, ouvrage honoré d'une approbation expresse de S. S. Léon XIII et présentant par conséquent des .garanties toutes spéciales d'orthodoxie, M. Duilhé de St-Projet résume ainsi l'état de la question : ** Des théologiens très estimés soutiennent que la formation immédiate du corps du premier homme

est de foi divine.... Des savants catholiques, laïques ou théologiens, tout en maintenant, d'après l'enseignement des Ecritures, le fait de la formation -du corps d'Adam par une intervention spéciale de Dieu, formamiy présentent comme possible, sinon comme probable, l'idée que le substratum vivant, destiné à devenir le corps de l'homme après et par l'insufflation de l'âme, a été préparé sous l'action divine par l'évolution.

„ Une opinion moyenne qui s'écarte moins du récit biblique, suppose que Dieu utilisa pour former le corps du premier homme la matière déjà organisée en lui donnant la perfection anatomique requise pour l'introduction (Uune âme raisonnable.... Cette doctrine paraît assez conforme aux idées de saint Augustin et de saint Thomas sur l'origine première et la reproduction des animaux et des plantes.

„ Dans son beau livre la Bible et la Science, le savant et regretté cardinal Gonzalez, après avoir défendu l'exégèse rationnelle et traditionnelle touchant l'origine du corps de l'homme, s'exprime ainsi : ** Ce n'est pas „ moi qui me permettrai de qualifier d'aucune note „ défavorable l'opinion du théologien anglais, tant „ qu'elle sera respectée ou du moins tolérée par „ l'Église „.

„ La doctrine traditionnelle touchant la formation immédiate par Dieu du corps du premier homme est

de celles qui ne doivent être discutées qu'avec la plus grande prudence, avec le plus profond respect ; elle est et restera en dehors des prises de la science positive. Mais en notre âme et conscience nous ne croyons pas avoir le droit de l'imposer dès à présent comme une certitude de foi divine. ^ Nous ne nous permettrons pas de qualifier d'aucune note défavorable l'opinion contraire „, nous ne croyons pas pouvoir dire au savant catholique cherchant la vérité de bonne foi avec une volonté sincère de se soumettre aux décisions de l'autorité infaillible : ** Vous n'êtes pas libre de penser „ autrement, vous n'êtes pas libre de chercher „. (Voir DuiLHÉ DE St-Projet, Apologic scientifique de la Foi, p. 370, note 2).

Au Congrès catholique de 1894, le même auteur faisait nettement la même déclaration. Au Congrès catholique de Paris en 1891, M»^ d'Hulst disait : " L'orthodoxie rigoureuse n'impose d'autres limites aux hypothèses transformistes, que le dogme de la création immédiate de chaque âme humaine par Dieu ; hors de là, s'il y a des témérités dans ces hypothèses, c'est par des arguments scientifiques qu'il faut les combattre. „ (Compte rendu 1891 , section d'anthropologie, p. 213).

Nous lisons d'autre part dans Guibert, Les origines^ problèmes d'Apologétique : " Le livre du P. Leroy (adversaire de l'opinion traditionnelle) a été non pas mis à l'Index, comme quelques auteurs le disent faussement, mais improuvé au point d'être désavoué publi-

quemeiit par Tauteur et retiré du commerce. Mais il résulte d'une correspondance qui nous a été communiquée, que l'ouvrage avait été suspect parce que rau»» teur n'y enseignait pas assez formellement la création immédiate de l'âme humaine. „

Ne semble-t-il pas, du reste, que la question de l'origine du premier organisme humain importe assez peu au point de vue de l'enseignement dogmatique et moral que visait spécialement l'auteur de la Genèse? Car enfin, que le corps du premier homme ait été formé d'une matière directement empruntée au règne inorganique, ou d'une matière organisée, préparée dans une certaine mesure par l'évolution, il n'en reste pas moins vrai que Dieu est l'Auteur de notre vie, tant physique qu'intellectuelle et morale, que notre âme a été créée par Lui, enfin que, si la pensée de nos origines surnaturelles doit nous rappeler nos destinées futures et notre dignité, celle de nos origines terrestres est bien faite pour nous prémunir contre l'orgueil.

Au sujet de l'invariabilité des procédés instinctifs on pourrait nous objecter que les fourmis, les abeilles, certaines espèces d'oiseaux savent au besoin modifier leurs constructions afin de les adapter à de nouvelles conditions de milieu.

ffous avoDS déjà reconnu qu'en effet 1 iu variabilité de l'instinct n'est pas chose absolue. Elle n'en constitue pas moins pour l'enjjemble de l'industrie des animaux un caractère dominant et distinctif, si l'on considère d'autre part le progrès continu de l'industrie humaine et ses transformations incessantes. Au surplus, pour bien apprécier les lois de l'instinct, il importe de placer l'animal dans des circonstances toujours identiques. On constatera alors que ses procédés de construction et son industrie ne varient pas. Ainsi, placés dans des conditions normales, tous les oiseaux de la même espèce construiront leurs nids de la même manière, et cela de génération en génération. Seul un cliangement des circonstances ambiantes, la nécessité de faire face à de nouveaux besoins ou de parer à un danger, pourront exceptionnellement déterminer quelque changement correspondant dans la manière d'agir de l'animal. On cite à ce sujet l'exemple très curieux des abeilles modifiant la construction de leurs alvéoles afin d'empêcher certains insectes d'y pénétrer et d'enlever te miel. De même, l'hirondelle n'a certainement pas toujours suspendu son nid aux toits des maisons. Mais ceci n'a rien de contraire à notre thèse. La nature avec ses tendances et ses impulsions innées étant l'œuvre d'une cause intelligente, on comprend qu'elle détermine l'animal à ai;ir différemment en des circonstances différentes, ranique, l'instinct est soumis comme toutes facultés du même genre à la loi de l'adaptarganisme au milieu. Celte adaptation, nous

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Tavons déjà dit, se réalise pour la plante non moins que pour l'animal ; cependant elle n'est certainement pas le fait de l'intelligence en ce qui concerne la première. On comprend donc que par l'effet des circonstances ambiantes, qui mettent obstacle à son exercice ou le favorisent, l'instinct se perde ou se développe, ou encore se développe dans tel sens plutôt que dans tel autre, ou même aille jusqu'à modifier quelque peu ses procédés habituels. Nous ne prétendons d'ailleurs en aucune façon que l'animal ne soit qu'un simple automate obéissant machinalement à des impulsions inconscientes. Même dans ses actes instinctifs, il est toujours guidé par des sensations. Grâce à sa mémoire et à sa facilité d'associer ses impressions et ses images il peut découvrir, sans faire appel pour cela à aucune notion abstraite, ni à aucun principe nécessaire, certains rapports concrets entre les choses. L'expérience lui apprendra qu'une chose lui est avantageuse ou nuisible, ou, plus exactement, qu'une chose lui procure certaines jouissances ou certaines souffrances, et il agira en conséquence. Il cherchera naturellement à reproduire des actes, qu'il a vu faire par d'autres, ou qu'il a faits luimême, et dont il se souvient avoir retiré quelque avantage. Il fondera sur son expérience passée une certaine prévision de l'avenir. Habitué à voir le phénomène A invariablement suivi du phénomène B, il aura le pressentiment du second en voyant s'accomplir le premier. Ceci n'implique nullement chez lui l'idée abstraite de A et de B, ni la conception d'une loi générale qui les

régit, ni même un vrai travail de comparaison. A se reproduisant sous ses yeux, toutes les impressions que sa présence a déjà provoquées et notamment Timage de B se reproduiront du même coup, en vertu d'une loi bien connue, celle de l'association des images. En pratique et dans la sphère étroite où s'exercent les facultés de l'animal, cette connaissance tout empirique pourra lui tenir lieu d'une connaissance scientifique proprement dite, et un observateur superficiel s'y trompera.

Observons enfin que si l'animal s'écarte parfois des procédés traditionnels de son espèce, c'est en quelque sorte malgré lui, contraint par les circonstances extérieures qni contrarient l'exercice normal de son activité, et généralement dans une mesure restreinte. Il n'y a rien chez lui de cette tendance innée qui porte l'homme à varier et à perfectionner sans cesse les procédés et les produits de son industrie et cela, parfois, sans aucun changement appréciable des conditions ambiantes.

Table des Matières.

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