L'EXCELLENCE DE L'OBJET DE LA DÉVOTION AU SACRÉ-CŒUR DE JÉSUS
C’est principalement de son objet qu’une dévotion tire son excellence, comme elle en tire son vrai caractère. L'objet de celle-ci, c’est le Cœur de Jésus-Christ, objet évidemment le plus noble, le plus saint, le plus grand, le plus divin, et en même temps le plus doux et le plus
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aimable qu’il soit possible. Qu'on envisage avec foi ce Cœur adorable, et ce simple regard sufhira pour faire sentir ces vérités et pour convaincre, en même temps que la dévotion qui le regarde a un caractere de sainteté, de noblesse, de grandeur, de douceur et d’amabilité, que rien ne surpasse. Avant que d'entrer plus avant dans ce qui touche l'excellence decet incomparable objet, il est à propos de faire une observation générale touchant l'excellence de la chair adorable de Jésus-Christ, observation très pronre à disposer les esprits à ce que nous avons à dire de son Cœur,
Personne ne doute que la chair de Jésus-Christ ne soit un objet infiniment digne de la dévotion des fidèles, à cause de son union avec le Verbe éternel ; des dons cé.estes dont elle a été enrichie et combiée ; de ce qu’elle a souffert pour la gloire de Dieu et le salut des hommes ; et enfin, à cause de ce privilège admirable où Dieu l'a élevéed'être dans l’Eucharistiel’aliment denos âmes pour la vie éternelle, et de produire la grâce sanctifiante, suivant les paroles expresses de Jésus-Christ, souvent répétées dans l'Évangile: Le Pain que je donnerai, c’est Ja
‘vie du monde. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement... Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chaïr et boit mon sang a la vie éternelle... Ma chair est véritablement une nourriture, et mon sang est véritablement un breuvage ; celui qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui... Celui qui mange ce pain, vivra éternellement. (/Joann. vi, 52, 54-57, 59.) Toutes
ces prérogatives rendent cette chair déifiée infiniment
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digne de l’adoration la plus profonde, et de l’amour le plus tendre des anges et des hommes. C’est pour rendre un témoignage public à cette vérité et pour satisfaire à un devoir si légitime, que l’Église a établi une fête solennelle, toute consacrée à honorer cette chair divine. Et afin que les fidèles ne se trompent pas dans le vrai objet de cette grande solennité, elle a voulu qu’elle portât le nom qui la caractérise, en l'appelant la fête du Corps de Jésus-Christ : Festum Corporis Christi, Ainsi il est certain, quoiqu’on n’y fasse pas peut-être assez d'attention, que l’objet propre et particulier de cette fête, c’est la chair même de Jésus-Christ. L'Église le déclare ouvertement, et par le nom qu’elle a donné à la fête, comme on vient de le remarquer, et par la profession qu’elle fait de célébrer ce jour-là les mystères du corps et du sang de Jésus- Christ : Mysteria Corporis et Sanguinis Christi ; et enfin, par l'office divin propre de ce grand jour, où l’on voit la même intention exprimée partout. On doit conclure de là que cette solennité n’est point instituée précisément pour honorer la personne de Jésus-Christ, mais pour honorer sa chair, son corps et son sang. Ce n’est pas l’âme, ni la divinité, ni la personne que la fête regarde formellement : ces choses n’y entrent qu’indirectement. et, comme on dit, par concomitance ; l’objet direct et immédiat, c'est la chair de Jésus dans le saint Sacrement ; et en vérité il était bien juste que Dieu, souverain rémunérateur, procurât à cette chair divine, dans son Église, des honneurs proportionnés aux tourments et aux indignités qu’elle avait souffert pour son amour. L'observation qu’on vient de faire a été mise dans tout son jour par un des plus fameux prédicateurs de ce siècle
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(le P. Bourdaloue), dans le sermon qu'il a fait sur la fête du saint Sacrement, où il entreprend de dessein formé le panégyrique de la chair adorable de Jésus-Christ ; et où il montre, avec la solidité et l'éloquence qui lui sont ordinaires, la dignité et l'excellence de cette chair divinisée. -Il parle du culte qui lui est dû, de la fin que l'Eglise s’est proposée dans cette grande solennité, et de la manière dont les fidèles doivent honorer cette chair adorable. Après cette remarque sur la dignité de la chair de Jésus- Christ, venons à son Sacré-Cœur. Je ne fais pas difficulté de dire que tout ce qui rend la chair de cet Homme- Dieu si digne de la dévotion de toute l’Église, se trouve si excellemment réuni dans son divin Cœur, qu’il y a lieu de s'étonner qu’on ait douté un moment si on pouvait rendre à ce Cœur sacré des honneurs qu’on voit que
toute l’Église rend à sa chair.
On peut considérer le Cœur de Jésus-Christ sous deux rapports : premièrement, par rapport à sa propre excellence ; secondement, par rapport aux hommes à qui on
+ propose pour l’objet de leur dévotion. Cette double considération fera sentir la vérité qu’on s’est proposé d'établir dans ce chapitre.
ARTICLE ÎI De l'excellence du Cœur de Jésus, considéré en lui-même.
On va toucher les principaux points d'où se tire cette excellence : si le lecteur veut bien les parcourir avec un peu d'attention et de docilité, il en reconnaîtra la vérité, surtout si l'esprit de Dieu, qui seu! peut donner l’intelligence et le goût de ces matières, daigne lui communiquer sa lumière, qu’on doit lui demanüer humblement,
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