VI
Le Cœur de Jésus-Christ tire encore son excellence des vertus dont ilest la source. C’est un sentiment universel parmi les hommes, dicté par la nature et confirmé par le langage même du Saint-Esprit, que le cœur a une liaison intime et très réelle avec les vertus de l’âme, et qu’il est ennobli et perfectionné d’une manière spéciale par ces mêmes vertus. Nous voyons, en effet, que dans le langage ordinaire des hommes toutes les vertus propres de l’âme sont également attribuées au cœur; car, comme on dit en parlant de l’âme, une Ame grande, libérale, magnanime, etc., on dit de même, en parlant du cœur, un grand cœur, un cœur libéral, généreux, magnanime, un cœur patient, un cœur pur, un cœur humble, doux, etc. Nous voyons de plus que, comme on mesure l'excellence des âmes par l'excellence des vertus qui leur sont propres, on fait de même de l'excellence des cœurs: les vertus en font le prix et le mérite; et à proportion que ces vertus sont plus parfaites dans quelqu’un, son cœur en devient plus précieux dans l’estime commune des hommes. De là les cœurs des hommes illustres, des grands princes, des héros, mais surtout des grands saints, sont regardés après leur mort avec une vénération singulière, et reçoivent des honneurs proportionnés aux vertus que ces grands hommes ont pratiquées.
Mais si cette vérité est une fois reçue, que les vertus plus ou moins parfaites rendent le cœur plus ou moins digne d'honneur, que dirons-nous du Cœur de Jésus- Christ, le siège de toutes les vertus de l'Homme-Dieu,
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Excellence de l'objet de la dévotion au S.-C. 53
c'est-à-dire de toutes les vertus les plus pures, les plus parfaites, les plus héroïques, les plus admirables, les plus aimables, en comparaison desquelles tout ce qu'il y a jamais eu de grand et d’admirable en ce genre n’est rien ? O Dieu ! Quelle a dû être la noblesse de tous les sentiments d'un Cœur, où rien ne pouvait se trouver qui ne fût digne de la grandeur et de la majesté de Dieu, et où devait être nécessairement réuni tout ce qui est digne de l’excellence de cet Être suprême! Dans le Cœur d’un Dieu, que de grandeur, que d’élévation, que de perfection dans tous les sentiments et dans toutes les affections ! Qui pourra jamais mesurer quel fut l’amour dont le Cœur de Jésus brûla pour son Père, quel fut son zèle pour sa gloire, sa soumission à ses volontés, sa douleur et son affliction à la vue des offenses commises contre sa majesté ! Et à l'égard des hommes, quelles furent les divines dispositions de ce Sacré-Cœur : sa charité, sa bonté, sa douceur, sa compassion, sa patience, sa miséricorde ! Quant aux vertus que les hommes ont coutume d'admirer davantage, comme le courage, la force, la constance, la libéralité, la magnanimité, la magnificence, qui pourra jamais exprimer à quel degré de perfection le Cœur de Jésus les possède toutes! Tout est ineffable, tout est incompréhensible dans ce Cœur divin. Si donc les cœurs des grands saints méritent de s' grands honneurs, et si, à proportion que ces saints ont possédé de plus grandes vertus, leur cœur devient plus précieux et plus vénérable, que devra-t-on penser du Cœur de Jésus, en comparaison duquel tout ce qu’il y a de parfait, de grand et de saint dans les autres, n’est que faiblesse et imperfection ?
54 Excellence de la dévotion au Sacré-Cœur
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