‹ L'excellence de la dévotion au cœur adorable de Jésus-Christ [microforme]Chapitre 21 sur 98 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

Du Cœur de Jésus considéré par rapport aux hommes.

En -ffet, que pouvait-on proposer aux chrétiens de plus digr e leur dévotion, et de plus propre à l’enflammer, que le Cœur de leur Rédempteur ? Quel autre objet sensible trouvera-t-on dans l'univers, aussi saint, aussi aimable, et dont la simple vue rappelle avecautant de force

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et de douceur le souvenir de l'amour de Jésus pour nous, de ses bienfaits, de ses vertus et de ses souffrances ? Car tout cela se trouve renfermé dans ce Cœur sacré, tout cela y est comme imprimé et gravé avec des caractères ineffaçables ; en sorte que si, au premier coup d'œil qu’on jette sur ce Cœur adorable, on ne se sent pas frappé de tous ces objets si tendres, il faut qu’on manque ou de foi sur ce que Jésus a fait pour nous, ou de sentiment sur ce qu’on lui doit.

Considérez donc, vous qui lisez ces réflexions, et pensez qu’il s’agit du Cœur de Jésus-Christ, c’est-à-dire du Cœur de votre Sauveur, de votre roi, de votre Dieu, de votre ami, de votre frère, de votre père, de l'époux de votre

âme, et d’un bienfaiteur qui vous a comblé de biens infinis. Considérez qu’on vous présente ce Cœur divin encore tout ardent de l’amour qu’il vous porte, et tout plein de ces généreux sentiments de bonté et de miséricorde au::quels vous devez votre rédemption ; souvenezvous que c’est ce même Cœur qui a ressenti si vivement toutes vos misères, qui a été si cruellement affigé par vos péchés et dans lequel se sont formés tant de désirs ardents de votre bonheur. Mais considérez-le surtout souffrant, pour l’amour de vous dans sa Passion, de si vives douleurs, qu’on peut dire avec vérité qu’il a souffert lui seul plus de rigueurs et plus de tourments, que tout le reste du corps de Jésus n’en a souffert dans sa Passion extérieure: car il est constant que la Passion intérieure de Jésus-Christ fut plus cruelle que l’extérieure. Or, cette Passion intérieure fut toute pour le Cœur: c'est dans ce Cœur, comme dans leur centre, que toutes les afflictions de l’âme se réunirent.

Tout ce que lu tristesse mortelle que Jésus souffrit au Jardin ; tout ce quel’abandon de son Père, qui lui arracha sur la croix cette plainte étonnante: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? (Matth. xxvu, 46; Marc. xv, 34); tout ce que la douleur immense qu'il ressentit des péchés de tous les hommes; tout ce que la crainte et l'ennui dont il fut accablé; tout ce que cette agonie sans exemple accompagnée d’une sueur de sang eurent de cruel et de terrible; tout cela fut le calice propre du Cœur: il fut inondé d’une mer immense de douleurs; il fut submergé dans des torrents d’amertume inconcevahle; son afiction fut en quelque manière infinie.

Oh! qui pourrait représenter assez vivement l’état souffrant du Cœur de Jésus percé de tant de traits! Ange du Très-Haut, qui fûtes choisi du Pèreéternel pour conforter ce Cœur agonisant, que ne pouvez-vous, pour la gloire de ce Sacré-Cœur, pour l'instruction et l'édification de l'Église, nous faire la peinture de ce que vous viîtes alors avec admiration! Ah! que nous serions bientôt convaincus, à cette représentation, que ce Cœur divin, abandonné à la sévérité de la justice divine, fut réduit à un état bien plus pitoyable que ne le fut son sacré corps livré à la cruauté des bourreaux et à la fureur des démons!

Le Saint-Esprit avait prédit ces souffrances du Cœur de Jésus par son Prophète en plus d’un endroit: Mon Cœur s'est fondu comme la cire au milieu de mes entrailles. Mon Cœur a été exposé aux opprobres et à la douleur; j'ai cherché quelqu'un qui le consolât, et il ne s’est trouvé personne. Mon Cœur m'a abandonné, etc. (Psalm. xx1, 15; Lxvin, 21; x:x1x, 13.) Quel est donc le fidèle si dur et si dénaturé, qui pâût retenir sa compassion,

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ses regrets, son amour, sa reconnaissance, sa tendresse, en un mot, sa dévotion pour le Cœur de Jésus, s’il le contemplait dans l’état qu’on vient de le représenter ? Hélas! sion ne peut contempler son sacré corps dans sa Passion, meurtri, déchiré, couvert de plaies; si on ne peut contempler ses mains et ses pieds percés de clous pour l’amour de nous, sans se sentir pénétré de tendresse pour cette chair adorable, pour ces pieds sacrés, pour ces mains divines; si on ne peut se lasser de les adorer, de les baiser, de les arroser de ses larmes; comment pourraiton envisager le Cœur de crt aimable Rédempteur percé de tant de traits cruels, déchiré de tant de douleurs mortelles, ouvert d’un coup de lance sur la croix, sans se sentir ému jusques au ford des entrailles, et touché de la plus tendre dévotion.

Or, c’est ce Cœur divin tel qu’on vient de le proposer, que Jésus-Christ lui-même nous présente aujourd’hui, et dont il nous fait en quelque manière un don spécial par l'établissement de la dévotion qu’il a révélée. Il n’a pu nous donner son Cœur d’une autre manière, ne convenant pas qu’il nous le laissât séparé de son corps. Il nous l'offre pourtant séparé en quelque sorte du reste de son humanité, voulant que, dans l'exercice de cette dévotion, nos pensées et nos sentiments se portent et se terminent à son Cœur, et qu’on donne ainsi à ce divin Cœur tous les témoignages de respect et d'amour qu’on lui donnerait, si on le possédait réellement séparé du corps. Pensez donc quelle serait la dévotion des peuples pour ce Cœur adorable, si l’Église le possédait en effet réellement ! Imaginons pour un moment que Jésus a laissé à l'Église cette précieuse relique de lui-même pour gage

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de son amour, et qu'il y a un temple dans le monde qui est enrichi de trésor. Quelle serait alors la dévotion des fidèles envers ce Sacré-Cœur! De quel endroit du monde ne viendrait-on point pour l’adorer ! Y aurait-il des marques d'honneur assez éclatantes, assez magnifiques, assez tendres, pour contenter le zèle et l'affection des peuples? Quel concours ne verrait-on pas dans le sanctuaire fortuné qui renfermerait cette divine relique! Avec quelle pompe et quelle allégresse en célèbrerait-on la fête! Quel serait l'empressement des chrétiens pour l'aller chercher, leur dévotion et leur ardeur pour le voir, pour l’adorer, pour le baiser! .

Mais quoi! ces sentiments si justes qu’on aurait pour le Cœur de Jésus mort, insensible, séparé du reste du corps, doivent-ils cesser aujourd'hui, parce que Jésus- Christ nous présente ce même Cœur plein de vie, plein de ce même amour pour nous, qui nous le rendrait si respectable et si aimable si nous le possédions sans vie et sans sentiment ? Est-ce donc que l'union que ce Cœur divin a aujourd’hui avec le reste du corps, que la vie dont il jouit et l'amour dont il brûle encore, lui font perdre quelque chose de son excellenceet des titres qui le rendent si digne de notre vénération et de notre amour ? Nous serions peut-être excusables de ne pas pratiquer une dévotion particulière envers ce Sacré-Cœur, si Jésus-Christ ne nous y invitait pas lui-même, car alors on n’y penserait peut-être pas. Mais, dès là que cet aimable Rédempteur a la bonté de nous présenter en particulier ce Cœur sacré pour être l’objet de nos adorations et de notre dévotion, les réflexions qu'on vient de faire conservent toute leur force, et doivent entraîner tous les cœurs.

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