FRANÇOIS-JOSEPH DE GALLIFET
Le P. de Gallifet, issu d’une noble famille de France, était encore, ce qui vaut mieux, un religieux éminent et un saint. On aimera peut-être d'autant plus à le connaître qu'il a eu, par sa famille, des relations avec le Canada. L'un de ses frères, en effet, vécut longtemps dansnotre pays. Il s'appelait François et portait le titre de marquis de Gallifet de St-Cassin. Il épousa même à Québec, le 14 janvier 1697, mademoiselle Anne de la Chenaye, fille d’Anbert de la Chenaye. Major du Roi en cette ville en 169 : fut décoré de la croix de St-Louis en 1699, fait lieutenant du Roi (commandant militaire) à Montréal en 1705, puis gouvrrneur des Trois-Rivières en 1710. Il repassa en France en 1717 (1). Le marquis
(1) Nos Gloires nationales. Vol. I. p. 293.—Édité par Eusèbe Sénécal, Montréal, 1867.
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XIL Excellence de la dévotion au Sacré-Cœur
de Gallifet était congréganiste de la sainte Vierge à Montréal. |
Le Canada peut donc s’honorer d’avoir possédé les frères des deux plus grands apôtres du Sacré-Cœur, le vénérable Claude de la Colombière et le P. François- Joseph de Gallifet, son disciple.
François-Joseph naquit à Aix en France, le 3 mai 2663. Agé de 16 ans, il entra au noviciat d'Avignon où il fut l’émule du P. Croiset dans les voies de la sainteté. Quand il étudiait la philosophie à Lyon, il eut le bonheur d’avoir pour directeur spirituel le vénérable Claude de la Colombière. Il apprit de lui à connaître la dévotion au Sacré- Cœur et commença dès lors à l’estimer et à s’y affectionner. Quelque temps après avoir été élevé au sacerdoce, il prit, en soignant les malades à l'hôpital, une fièvre maligne qui le conduisit aux portes du tombeau. Il avait déjà perdu le sentiment et la connaissance, il était tombé en agonie et on s'attendait d’un moment à l’autre à ce qu’il rendit le dernier soupir :
«Ma vie ainsi désespérée, — raconte-t-il lui-même — un de mes amis que nous regardions comme un saint, (1) se sentit inspiré d’aller devant le saint Sacrement, et d’y faire un vœu pour ma guérison. Il promit à Jésus-Christ que s’il lui plaisait de me conserver la vie, jel’emploierais tout entière à la gloire de son Sacré-Cœur. Sa prière fut exaucée; je guéris au grand étonnement du médecin. J'ignorais le vœu qu’on avait fait à mon insu; mais le danger passé, il me fut donné par écrit. Je le ratifiai de tout mon cœur, et je me regardai dès lors comme un homme dévoué par un choix marqué de la Providence au
(1) Cet ami était le P. Croiset.
Introduction XIII
Cœur adorable de mon souverain Maître. Tout ce qui regardait sa gloire me devenait précieux et j'en fis l’objet de mon zèle. »
Mais le miraculé du Sacré-Cœur fut plusieurs années sans pouvoir donner d'effet aux ardeurs de son zèle, retenu qu'il était, à cause de la délicatesse de sa complexion, dans des emplois moins laborieux et par suite moins favorables à l'apostolat. Ilen profita pour travailler à sa sanctification. A l’âge de 36 ans, il connut par quels moyens Notre-Seigneur voulait qu'ilaccomplitsa mission. Il fut appliqué successivement à plusieurs charges importantes de son Ordre. Étant recteur du collège de Grenoble, il y érigea une chapelle au Sacré-Cœur qui devint bientôt le centre d’une « ifrérie florissante. Devenu rec-
teur du collège de Bes . -, il y é’ va aussi une élégante chapelle au Cœur ac. :".: 4+ £&-s en 1723. Alors appelé à Rome pour ; .« .; *ivactions très impor-
tantes, il déploya au service: la cause du Sacré-Cœur toute les ressources de sa gr..nde intelligence, de son savoir et de son influence; il combattit avec un zèle infatigable, re force, une science et un talent au-dessus de tout éloge les adversaires de la dévotion au divin Cœur. C'est à cet illustre et saint religieux, dit justement un de ses biographes, que revient la gloire d’avoir préparé et amené le triomphe de la dévotion au Cœur de Jésus, pour lequel il subit longtemps de très dures contradictions. Sans se laisser jamais décourager, il n’épargna aucune peine, aucune démarche pour susciter à cette divinecause de grands et puissants champions jusque sur les trônes de France, d'Espagne et de Pologne. Avant de quitter Rome, en 1730, il fonda dans l’église de St-Théodore, de
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XIV Excellence de la dévotion au Sacré-Cœur
concert avec saint Léonard de Port-Maurice, une confrérie du Sacré-Cœur que lessouverains Pontifes Benoît XIII, Clément XII et Clément XIII, enrichirent de précieuses indulgences; Clément XII accorda même en 1733 la fête du Premier Vendredi après l'octave du saint Sacrement. Cette confrérie compta parmi ses membres le pape Clément XII à qui était réservé l'honneur insigne de donner à la dévotion au Sacré-Cœur une solennelle approbation,
Le P. de Gallifet s’éteignit à Lyon, plein de jours et de mérites, dans'sa 87ème année, le 31 août 1749. Un deses successeurs au gouvernement de son Ordre en France (1) nous a conservé quelques traits admirables des vertus de ce grand serviteur de Dieu :
Il parvint, écrit-il à une perfection consommée, comparable à celle que nous admirons dans plusieurs grands saints. Cœur infiniment charitable, vraiment formé sur le. Cœur de Jésus; oubliant tous ses intérêts pour s’occuper uniquement de ceux de son Maître ; ne prononçant jamais une parole que l’on pût tourner à sa louange, ne négligeant pas la moindre observance religieuse dans sa plus extrême vieillesse ; presque toujours en adoration du matin au soir, près du saint tabernacle, mais toujours heureux qu’une âme lui offrit encore l’occasion de la consoler, en lui parlant du Cœur de son bon Maître, «ce qu’il faisait avec d'admirables paroles.» Enfin, comme il avait toujours vécu en saint, il mourut de même à l'exemple de son maître, le vénérable Claude de la Colombière, et, selon la belle expression de la bienheureuse Marguerite- Marie, exhalant son dernier soupir dans le Cœur de Jésus.
(1) Le Père d'Autun.
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Introduction XV
Nous avons un autre témoignage d'un intérêt particulier, celui d’un Jésuite canadien qui l’a connu. Nous voulons parler du P. Frs-Xavier Duplessis, né à Québec en 1694; et qui devint, on le sait, prédicateur très en renom en France, au 18e siècle. Le P. Duplessis eut le bonheur de rencontrer le vieil apôtre du Sacré-Cœur sur la fin de sa vie. Voici comment il en parle à ses sœurs, religieuses de l’Hôtel-Dieu de Québec, dans une lettre datée du 4 juin 1750, où il raconte ses courses apostoliques de l’année précédente :
«J'ai rencontré, dit-il, en revenant par Lyon, un Jésuite dans le degré de sainteté et d'amour de Dieu du P. de Carheil et de nos anciens fondateurs de la mission du Canada. Pendant huit jours que j'ai demeuré dans cette grande ville pour y prêcher, je passais avec lui presque tout le temps que je n'étais pas en chaire: jem'imaginais être en Canada. C'était le P. de Gallifet, frère de M. de Gallifet que nous avons vu à Québec. Ce saint vieillard est mort deux ass Après; il m'avait bien promis de prier pour moi.»
PRIÈRE