LA VÉNÉRABLE MÈRE MARIE DE L’INCARNATION
Ursuline, fondatrice des Ursulines du Canada
On parlera de cette incomparable religieuse au Ille livre, chap. 1. Ceux qui liront sa Vie, qu'elle-même a écrite par l'ordre de ses supérieurs, conviendront aisément qu'on ne lit rien ailleurs dans les Vies des saints de plus admirable en matière de spiritualité et de sainteté, Voici quelques endroits propres de notre sujet.
Livre I, chap. 1v: « Lorsque j'entendais la parole de Dieu, il me semblait que mon cœur était comme un vase, dans lequel cette divine parole découlait comme une liqueur : ce n’était point une imagination, mais un effet icel de l'esprit de Dieu. Une fois que le prédicateur, dans un sermon du nom de Jésus avait nommé plusieurs fois ce saint nom, cette parole, comme une manne céleste, remplit mon cœur si abondamment, que tout le Jour ma respiration ne disait autre chose que : Jésus ! Jésus ! »
Chap. vu: « En ce moment mon cœur se sentit ravi en lui-même, et tout changé en l'amour de Celui qui lui avait fait cette insigne miséricorde, lequel lui fit souffrir, dans l'expérience de ce même amour, une douleur de l'avoir offensé la plus grande qu’on puisse s’imaginer : non, on
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ne le peut imaginer. Ce trait de l'amour fut si pénétrant, que je me fusse jetée dans les flammes pour le satisfaire. Je commençai à dire tous les péchés qui m'avaient été montrés, avec une effusion de larmes qui provenait de la douleur que j'avais dans le cœur.
Chap. vur: « Mon cœur parlait à Dieu si familièrement et si éloquemment, que ce m'était une chose incompréhensible. Les paroles que disait mon cœur étaient d'actions de grâces, de bénédiction, de componction amoureuse, de promesse de fidélité, et de désir de me cacher dans les plaies de Jésus-Christ, qui était ce’-i qui me mettait un aiguillon dans le cœur, qui me consumait d’une amoureuse reconnaissance. »
Chap. x: « Dès que je m'étais mise à genoux devant mon crucifix, ce divin Sauveur emportait mon esprit, et tout ce que je pouvais faire c'était de lui dire: C’est l'amour qui vous a réduit en cet état, si vous n'étiez amour, vous n’auriez pas souffert de la sorte. Après cela mon cœur ne pouvait plus souffrir les impressions de cet amour. En semblables occasions, j'ai éprouvé un battement decœur si étrange, qu’il me réduisait à n'en pouvoir plus. S'il se fât fendu, j'eusse trouvé mon soulagement par ma mort. »
Chap. xxiv : « Mon âme transportée parlait à Dieu avec une familiarité très grande: c’étaient des plaintes amoureuses et des gémissements inexplicables : si J'eusse crié bien haut, j'en eusse été soulagée : car il semble que le cœur soit extraordinairement gros en ces rencontres, où il porte un feu qui éclaterait bien haut, s’il venait à se faire jour. Ces feux sont des affections ardentes qui ne se peuvent décrire. Une fois je sentis que l’on avait pris
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mon cœur, et qu’on l'avait enchâssé dans un autre cœur : et qu’encore que ce fussent deux cœurs, ils étaient si bien unis, que ce n’en était plus qu’un ; et une voix intérieure me dit distinctement : c'est ainsi que se fait l'union des cœurs. Je fus plusieurs jours dans une union avec Notre- Seigneur, qui possédait mon cœur d'une manière si douce que, sans un soutien extraordinaire, je fusse tombée à chaque moment en défaillance, cette volupté divine me pénétrant d’une douceur que mon corps n’eût pu supporter. »
Chap. xxiv, dans l'addition : «Après cette faveur, je ressentais encore un plus grand embrasement intérieur : Je me sentais reu.plie d’un amour véhément. Cela durait deux ou trois jours, pendant lesquels il semblait que mon cœur dût éclater Ce temps écoulé c'était comme qui ouvrait le soupirail d’une fournaise embrasée pour en faire évaporer la flamme; car mon cœur se dilatait avec des paroles si ardentes, qu’il semblait que ce fussent autant de flammes qui s’élançaient, comme par une espèce de vengeance d'amour, vers celui qui m'avait fait souffrir. Il semblait qu’à l'endroit de la poitrine, il se dût faire une ouverture... on ne le croirait pas; mais jene dis pas la millième partie de cette opération. »
Chap. xxvir: «Ensuite de cette souffrance, l'âme fut rendue libre en un moment de la plénitude que le Verbe éternel avait mise en elle,et qui n’était autre que ses feux et ses flammes qui étaient retenues dans le cœur sans en pouvoir sortir. Alors, par une autre sorte de souffrance, elle les lui renvoyait comme autant de flèches, ei elle
écriait: O amour! vous vous êtes plu à me martyriser, : faut que j : : ma revanche en vous faisant les mêmes
blessures que celles que vous m'avez fait souffrir. Alors il semblait que des foudres partissent de mon cœur, pour s’élancer en celui de son Bien-Aimé. »
Et dans l'addition: « Mon doux amour! mes délices adorables! vous plaisez-vous à mes langueurs ? Ne savezvous pas que mon désir est véritable? Oui, vous le savez, car mon cœur est à découvert en votre présence, proche l'autel de votre Sacré-Cœur. Que je sois donc toute vôtre, comme vous êtes tout mien! Autel sacré! que sur vous soit fait le sacrifice! O brasier adorable faites brûler celle qui ne veut vivre que dans vos flammes. Serait-il possible de me voir si proche de vous, et d’être appliquée sur au autel de feu sans être toute consumée d'amour ? O mon doux amour ! je suis unie à vous, et à votre Cœur embrasé; je vis et je meurs tout ensemble. Je vis, parce qu’on ne peut être uni à vous sans vivre de votre vie, Ô vie admirable! Et je meurs, parce que cette union est aussi une mort qui fait finir tout ce qui n’est pas vous. Ainsi, vivant et mourant, je ne suis pas à moi, mais à vous, Ô mon cher tout! Ô mon amour! le désir unique de mon âme!
«J'ai souffert une peine extrême de n’aimer pas assez; car c’est une peine qui martyrise le cœur. Là-dessus Notre-Seigneur me donna un si puissant attrait, qu'il me semblait que je tenais mon cœur entre mes mains, lui en faisant un sacrifice. Tout d’un coup, je fus si fort transportée d'amour, que par souffrance et par un effet de cet embrasement intérieur, j'étais toute hors de moimême; et il me semblait que mon très chaste Époux se plaisait à ajouter denouveaux feux à cette grande ardeur qui me consumaïit.
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«Qu'est ceci, Ô mon amour! Vos yeux purs et divins sont comme des flarnmes de feu ; et ce sont eux qui font tant de blessures dans les cœurs que vous vous êtes assu- ‘ttis. O mon adorable Époux! ne guérissez jamais ces plaies, mais plutôt augmentez cet heureux martyre. Mon cher amour! que vos impressions sont charmantes! Oqui pourrait voir ce qui se passe quand on ressent vos ardeurs! Celui-là brûlerait des mêmes flammes, ou son cœur serait plein de démons. O mon suradorable amour ! il faudrait voir mon cœur pour voir le doux commerce de votre amour. »
Chap. xxvin, dans l'addition : «Je sentais toujours mon cœur souffrant un nouvel embrasement ; et ne pouvant se taire, il exhalait son feu par ses plaintes, sans quoi je crois qu'il se fût brisé en pièces. Je sentais des coups dans le cœur comme si on me l’eût percé. Ce n’est pas une imagination, car véritablement je souffrais cela, ce qui me causait une douleur extrême, mais en même temps très charmante. Il m’arrivait de grands battements de cœur qui me donnaient quelquefois bien de la peine, dans la crainte que j'avais qu’on ne s'en aperçût. Mais Notre-Seigneur m'aidait, et j'avais le loisir de me retirer avant que ce feu éclatât au dehors. Une fois à l’oratoire, il m’en arriva un si violent, qu’il m'ôta toutes les forces du corps : ce martvre fait agoniser. Il semble que le cœur soit le but où le Bien-Aimé décoche sans cesse ses traits, et qu’il veut sans pitié percer de toutes parts. Il fait évaporer par ces plaies le feu dont il est plein: sans ce secours et sans cet air, il fendrait par l'impétuosité de l'amour qui y est renfermé. Ainsi le cœur est destiné à de contivuelles souffrances, mais plus aimables que tout ce qu’on peut s’imaginer sous le ciel. »
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Dans la seconde retraite qu’elle a écrite par obéissance, au cinquième jour, 1re médit., elle dit ces paroles : « Je m'étonne comme mon cœur peut subsister dans cesexcès: Car c'est la partie qui souffre le plus et il semble que tout l'amour y soit renfermé. »