‹ L'excellence de la dévotion au cœur adorable de Jésus-Christ [microforme]Chapitre 53 sur 98 · PRATIQUE RÉVÉLÉE À LA VÉNÉRABLE MÈRE DE L'INCARNATION, URSULINE · texte numérisé non relu

PRATIQUE RÉVÉLÉE À LA VÉNÉRABLE MÈRE DE L'INCARNATION, URSULINE

C’et cette incomparable religieuse dont nous avons déjà fait mention au livre précédent, appelée avec raison

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la Thérèse de notre France, qui, par une vocation toute miraculeuse, remplie de l'esprit apostolique et d'un courage au-dessus de son sexe, passa les mers en 1639, pour aller travailler, au Canada, à la conversion et à l'instruction des femmes et filles sauvages. Elle fonda pour cette fin dans ce nouveau monde, un couvent de son ordre avec des travaux qui passent les forces d’une ferme, et elle persévéra dans cet exercice de zèle jusqu’à la mort, avec une ferveur qui ne se ralentit jamais. Sa vie fut pleine de merveilles, et par les vertus héroïques qu’elle pratiqua, et par les dons surnaturels dont elle fut comblée, et par les faveurs les plus rares du divin Époux, et par les communications ineffables de la divinité, et par l'intelligence infuse des Écritures et des mystères de la foi, et enfin par l'expérience qu’elle eut de tous les états de la vie intérieure, qui la rendit dans cette science divine une maïitresse consommée: de sorte que les directeurs de sa conscience, jugeant que ces merveilles de la grâce ne devaient pas rester cachées, mais qu’elles pourraient servir infiniment à l'édification et à l'utilité des fidèles, si elles étaient connues, l’obligèrent, comme on obligea autrefois sainte Thérèse, d'écrire elle-même sa vie et les grâces qu'elle avait reçues de Dieu. Elle obéit, et son écrit fut imprimé après sa mort avec les approbations convenables. On ne peut lire cette relation sans l’admirer et sans reconnaître, ce qu’elle confesse elle-même, que ce n’est pas tant son ouvrage que celui de l'Esprit qui la possédait. En effet on sent bien,en y lisant ce qu’il y a de plus ineffable dans les voies surnaturelles par où elle avait passé, que l'esprit huinain n’est pas capable de lui-même de traiter d’une manière si sublime et si claire, une matière si profonde et si éloignée de la portée naturelle.

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Pour venir à notre sujet, cette admirable servante de Dieu eut pour le Cœur de Jésus-Christ une dévotion extraordinaire, dans un temps où cette dévotion étant encore inconnue, elle n’en pouvait rien avoir appris des hommes. C'est de Dieu même qu'elle l'apprit dans une révélation céleste, Voici comme elle raconte elle-même ce qui lui arriva à ce sujet ; c’est dans le second livre de sa Vie écrite par elle-même, chap. x.

« Mon occupation intérieure se fortifiait toujours, aussi bien que mes poursuites continuelles auprès du Père éternel, pour l’amplification du royaume de Jésus-Christ dans toutes les pauvres âmes qui ne le connaissaient point. Mais une nuit que je lui représentais cette grande affaire, je connus par une lumière intérieure que sa divine majesté ne m'écoutait point, et qu’elle ne se rendait pas propice comme à l’ordinaire aux vœux et aux instances que je lui faisais. Cela me piqua le cœur d’une angoisse extrême accompagnée d’humiliation et d'une disposition soumise à sa divine justice pour ce qui manquait de mon côté; car, de celui de mon Époux, je voyais l'équité, et j'eusse voulu être condamnée à souffrir toutes les peines imaginables, pour être dans l’état de pureté requise pour poursuivre ma pointe et fléchir le Cœur du Père éternel à ce que mon bien-aimé Époux, qu’il avait établi le roi des nations, en fût paisible possesseur par leur conversion. Je voyais en mon âme que le Père éternel avait agréables mes poursuites pour une si juste cause, mais qu’il voulait de moi quelque chose qui me manquait pour être exaucée.

Je me consumais à ses pieds, je m’abimais au centre de ma bassesseet de mon néant, afin qu’il plût àsa divine bonté de mettre en moi ce qui lui plairait davantage, pour mé-

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riter d’être exaucée en faveur de mon Époux. Alors j'expérimentai un écoulement et un rayon divin en mon âme, lequel fut aussitôt suivi de ces paroles : « Demande-moi par le Cœur de Jésus mon très aimable Fils : c’est par lui que je t’exaucerai et que je t’accorderai tes demandes ? » Dès ce moment, l'esprit qui me dirigeait m’unit à ce divin et très adorable Cœur de Jésus, en sorte que je ne parlais et ne respirais que par lui. J'expérimentais toujours de nouvelles infusions de grâces dans ce divin Cœur de Jésus, qui me faisait produire des choses admirables, que ma plume et ma langue ne peuvent exprimer, au sujet de l’amplification du royaume de Jésus-Christ. Cela se passait environ l’an 1635, letout s'adressant au Pèreéternel, et mes aspirations, qui étaient l'expression de ce que je ressentais en mon âme, {tant comme autant de flèches ardentes qui donnaient une atteinte continuelle au Cœur de ce divin Père; non que je m’imaginasse rien de corporel, mais je ne puis m’exprimer autrement, parlant de cette efficacité. Il me semblait que je connaissais toutes les âmes rachetées du sang du Fils de Dieu, en quelque coin de la terre qu’elles fussent, et mon amour se portait particulièrement à celles qui étaient les plus abandonnées dans les pays des sauvages, où je me promenais sans cesse. »

Depuis cette faveur reçue, la Mère de l'Incarnation ne cessa aucun jour de sa vie d’honorer le Cœur de Jésus- Christ. Le lecteur apprendra volontiers d'elle-même l’exercice qu’elle pratiquait à ce sujet par un mouvement spécial du Saint-Esprit. Elle le rapporte dans une lettre qu’on lit au livre III, chap. x, dans l’addition. Voici ses paroles :

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« Vous me demandez que je vous fasse part de quelquesunes de mes pratiques de dévotion. Vous savez que ces dévotions, qui se consomment par quelques actes particuliers, me sont bien difficiles; mais je vous dirai en simplicité que j'en ai une que Dieu m’a inspirée, de laquelle il me semble que je vous ai parlé dans mes écrits : c’est au suradorable Cœur de Jésus. 11 y a près de trente ans que je la pratique, et voici le motif qui me la fit embrasser. Un soir que je traitais dans notre cellule avec le Père éternel pour la conversion des âmes, et souhaitant avec un ardent désir que le royaume de Jésus-Christ fût accompli, il me semblait que le Père éternel ne m’exauçait point, et qu’il ne me regardait pas de son œil de miséricorde comme il avait de coutume, ce qui m'affigeait beaucoup. Mais en ce moment une voix intérieure me dit : (Demande-moi par le Cœur de mon Fils; c’est par luiqueje t’exaucerai.» Cette divine touche eut son effet, et tout mon intérieur se trouva dans une communication très intime avec cet adorable Cœur ; en sorte que je ne pouvais plus parler au Père éternel que par lui. Cela m'arriva sur les huit à neuf heures du soir, et du depuis environ cette heure-là c’est par cette pratique que j'achève mes dévotions du jour; et il ne me souvient point d'y avoir manqué, si ce n’est par impuissance de maladie, ou pour n'avoir pas été libre en mon action intérieure. Voici à peu près comme je m'y comporte, lorsque je suis libre, en parlant au Père éternel :

« C’est par le Cœur de mon Jésus, ma voie, ma vérité et ma vie, que je m’approche de vous, Ô Père éternel. Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas; je vous aime pour tous ceux qui ne vous

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aiment pas; je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui par mépris ne vous connaissent pas. Je veux par ce divir Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour chercher toutes les âmes rachetées du sang précieux de mon divin Époux. Je les embrasse pour vous les présenter par lui,et par lui je vous demande leur conversion. Hé quoi! Père éternel, voulez-vous bien souffrir qu’elles ne connaissent pas mon Jésus, et qu’elles ne vivent pas pour celui qui est mort pour tous? Vous voyez, à divin Père, qu’elles ne vivent pas encore. Ah! faites qu’elles vivent par ce divin Cœur. (C’est ici que je fais mention particulière de cette nouvelle Église. ) Sur ce divin Cœur je vous présente N., votre petit serviteur,et N., votre petite servante. Je vous demande au nom de mon Époux que vous les remplissiez de son esprit, e- qu’ils soient éternellement avec vous sous les auspices de ce divin et Sacré Cœur, etc...

« Puis-je m'adresser au sacré Verbe incarné, lui disant : Vous savez, mon Bien-Aimé, tout ce que je veux dire à votre Père par votre divin Cœur et par votre sainte âme. Je vous le dis en le lui disant, parce que vous êtes dans votre Père et que votre Père est en vous; faites donc tout cela avec lui. Je vous présente toutes ces âmes : faites qu’elles soient la même chose avec vous; etc Voilà l'exercice du Sacré-Cœur de Jésus.

« Envisageant ensuite ce que je dois au sacré Verbe incarné, je lui dis : O mon divin Époux, que vous rendraije pour l’excès de votre charité à mon endroit! C’est par votre divine Mère que je vous veux rendre mes actions de grâces : Je vous présente son sacré Cœur, comme je pré-

(1) Elle veut parler de l’Église du Canada.— Note de l'Édit.

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sente le vôtre à votre Père; je vous aime par ce sacré Cœur qui vous a tant aimé; je vous offre ces sacrées mamelles qui vous ont allaité, et ce sein virginal qui vous a logé; je vous l'offre, dis-je, en actions de grâces de tous vos bienfaits sur moi, tant de grâce que de nature; je vous l'offre pour l'amendement de ma vie et pour la sanctification de mon âme; je vous le présente afin qu’il | vous plaise de me donner la grâce de la persévérance A finale dans votre service et dans votre amour. Je vous rends grâces, mon divin Époux, de ce qu'il vous a plu

choisir cette très sainte Vierge pour votre Mère, de ce que É | vous avez voulu être enferme neuf mois dans son sacré 44

sein, et de ce qu’il vous a plu nous la donner pour Mère. | J'adore le moment de votre incarnation en elle,et tousles Ë

divins moments de votre vie voyagèice sur la terre. Je vous | |

en rends grâces, et de ce que vous vousêtes voulu faire non É seulement notre vie exemplaire, mais encore notre vie méritoire dans tous vos travaux et dans l’effusion de votre l sang précieux. Je ne veux ni vie, ni mouvement de vie, que 4 par votre vie. Purifiez donc ma vie impure et imparfaite par la pureté et la perfection de votre vie divine, et par la sainte vie de votre divine Mère. l « Je me tourne ensuite vers la sainte Vierge, et lui dis ( tout ce que l'amour me peut suggérer, toujours dans le même esprit et dans le même sens que ci-dessus. Je ferme É par là ma retraite du soir. » 4

PRATIQUE TIRÉE D’UNE VISION ET RÉVÉLATION CÉLESTE FAITE À LA BIENHEUREUSE MARGUERITE-MARIE, # RELIGIEUSE DE LA VISITATION

Puisque nous en sommes à rapporter les révélations que diverses épouses de Jésus-Christ ont reçues touchant

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