‹ L'excellence de la dévotion au cœur adorable de Jésus-Christ [microforme]Chapitre 6 sur 98 · L'ORIGINE DE CETTE DÉVOTION · texte numérisé non relu

L'ORIGINE DE CETTE DÉVOTION

Comme on verra en divers endroits de cet ouvrag. jue ti plusieurs saints des siècles passés ont eu pour le Smcré- 1H Cœur de Jésus-Christ les sentiments de dévotion les mieux |

marqués et les plus tendres, on reconnaîtra aisément que cette dévotion n’est pas nouvelle, du moins quant à la substance. Toutefois, comme jusqu’à présent elle était inconnue au commun des fidèles, et qu’il n’en paraissait dans l'Église aucune pratique extérieure, il ne peut se faire qu’elle ne soit regardée comme nouvelle par un grand nombre de personnes, qui désireront savoir comment et par quelle voie elle est aujourd’hui devenue

publique.

2 Excellence de la dévotion au Sacré-Crur

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ a pour auteur Jésus-Christ même, C'est lui qui l'a révélée, qui en a commandé l'institution, qui en a expliqué la nature, qui en a enseigné la pratique, qui en a prescrit la forme et la méthode; enfin, qui a promis de répandre ses grâces sur ceux qui s'y dévoueraient, C'est là aujourd'hui une chose si avérée que les personnes instruites ne peuvent sagement en douter. Cependant, comme ce point est essentiel à notre sujet, je ne puis medis euiser de l’exposer

ici brièvement, pour l'instruction et pour l'édification de ceux qui l’ignorent.

Ici le P. de Gallifet ouvre une parenthèse pour une remarque importante: c'est que les révélations particulières sont l’un des moyens les plus ordinaires dont Dieu s’est toujours servi dans l'Église pour l'exécution de ses drsseins. Ainsi, elles se trouvent à l'origine de presque t- :: les Ordres religieux, puis dans les besoins pressants 4e l'Église. Bien des fêtes ont, de plus, pris naissance de semblables révélations, comme l'Invention et l'Exal: ‘ion de la sainte Croix, Notre-Dame des Neiges, l'Apparition de saint Michel, etc, Mais parmi ces fêtes, celle du Corps de Jésus-Christ, ou Fête-Dieu, mérite d'être signalée ici à cause de sa ressemblance parfaite avec la fête du Sacré-Cœur. Très frappante, en effet, cette ressemblance entre les deux fêtes quant à leur origine et leur progrès, les contradictions qu'elles ont essuyées et les moyens dont Dieu s'est servi pour les répandre, toutes les circonstances enfin de leur établissement. L'auteur va nous le faire voir. 11 commence par l'historique de la fête du très saint Sacrement.

En 1210, il y avait auprès de la ville de Liège un monastère de religieuses, que les deux Ordres célèbres de Citeaux et de Prémontré se disputent l'un à l’autre. Là, vivait dans la retraite et le silence une vierge nommée Julienne, laquelle a été mise depuis au nombre des Saints: Je Martyrologe romain en fait mention le 5 d'avril. Dieu

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qui se plaît à communiquer ses secrets aux âmes simples et innocentes, et qui a coutume, dans l'exécution de ses plus grands desseins, d'employer les sujets les plus faibles, voulant en ce temps-là établir dans l'Église le fête du Corps de Jésus-Christ, jusqu'alors inconnue, daigna révéler ce dessein à cette sainte religieuse, lui déclarant en même temps que c'était d'elle-même qu'il voulait se servir pour l'exécuter. L'humble vierge, étonnée de la nouveauté de l’entreprise,et beaucoup plus de la difficulté de son exécution, par rapport à la faiblesse et à l'impuissance où elle se trouvait d'y travailler, renfermée comme elle était dans un monastère, se défia longtemps de cette révélation. Dieu cependant la pressait intérieurement de manifester ce qui se passait en son Âme. Elle n’osait, et l’histoire marque qu’elle résista durant vingt années à ces mouvements intérieurs ; mais vaincue enfin par la crainte d’offenser Dieu, et par des remords qui ne lui laissaient point de repos, elle se résolut de tout déclarer à son confesseur. C'était un chanoine de Liège, homme capable, pieux et doué du discernement des esprits. Il “vnnaissait depuis longtemps la vertu de Julienne, et aidé de la lumière divine que Dieu ne manque pas de communiquer à ses ministres en ces sortes d'occasions, il demeura convaincu de l’opération du Saint-Esprit dans cette âme, et de la vérité de la révélation. Néanmoins, pour agir dans une affaire decetteimportanceavec toutes les précautions convenables, il voulut en délibérer avec d’autres personnes spirituelleset savantes: leursentiment se trouva conforme au sien. Ils jugèrent tous que c'était une œuvre de Dieu, et résolurent de travailler de concert à l'exécution. Mais à peine le bruit se fut répandu qu’on

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pensait à établir une fête nouvelle à l'honneur du Corps de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, qu’il s’éleva dans Liège d’étranges clameurs, tant contre la fête que contre ceux qu’on en croyait les auteurs: en sorte que cette fête du Corps de Jésus-Christ, aujourd’hui si solennelle et si universelle dans l'Église: cette fête reconnue si juste et si sainte; cette fête si aimable, si consolante, si chère à tous les fidèles, ne fut pas regardée comme telle dans ses commencements : elle fut au contraire méprisée, décriée, persécutée. L’historien de ce temps-là dit qu’elle parut dans le monde comme un signe decontradiction, et qu'ils’éleva, pour la combattre, une infinité de gens qui lui firent une guerre atroce, innumeros habuit contradictores, et atrocissimos impugnatores, et il observe que dans la même compagnie (c'était le chapitre et le clergé de Liège), où Dieu avait choisi les plus zélés défenseurs de la nouvelle dévotion, il permit que se trouvassent ses persécuteurs les plus obstinés. La révélation de Julienne passa pour une rêverie ; la sainte fut regardée comme une fausse dévote, comme un esprit dangereux qui mettait le trouble dans l'Église. On la traita indignement, jusques à la contraindre d'abandonner son couvent: ceux qui voulurent prendre sa défense furent traités d’esprits faibles qui donnaient dans les visions d’une fille séduite : on les chargea d’injures : on en fit un objet de raillerie ; on les rendait ridicules et méprisables. L'éclat fut si grand, que personne n’osait plus ni agir, ni parler ouvertement en faveur de la nouvelle dévotion.

Les censeurs ne manquaient pas de raisons apparentes Pour appuyer leurs sentiments. Ils combattaient la fête Comme nouvelle, comme inutile, comme singulière, Toute

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nouveauté dans la religion, disaient-ils, est dangereuse : nous ne sommes ni plus éclairés, ni plus pieux que nos pères ; pourquoi nous écarter de leurs usages ? Pourquoi ce qui leur a suffi pour honorer Dieu et pour se sanctifier, ne nous sufhira-t-il pas ? Cette fête qu’on nous propose, est d’ailleurs inutile ; on la célèbre déjà le jeudi saint, et tous les jours à la messe, on fait mémoire de l'institution du saint Sacrement : à quoi bon une fête particulière pour la même fin ? Le nom qu’on donnait à la fête du Corps de Jésus-Christ était propre à fournir encore des armes à ceux qui prenaient occasion de tout pourlacombattre. On pouvait dire alors de la fête du Corps de Jésus-Christ ce qu’on a dit de ncs jours de celle de son Cœur : ce nom ne présente rien à l'esprit que la chair de Jésus-Christ qui est un objet tout matériel. D'ailleurs, en faisant une fête particulière du Corps de Jésus-Christ, on divise en quelque manière Jésus-Christ : il est tout entier dans le Sacrement, il faut l’y adorer tout entier, et non par parties. Enfin, si l’on fait la fête du Corps, pourquoi non celle de l’Arre, celle de la Divinité, celle de la Personne ?

Ainsi, la nouvelle dévotion était attaquée par tous les moyens dont on s’avisait, et avec une obstination inflexible. Mais tandis que les hommes s’opposaient de la sorte aux desseins de Dieu, sa sagesse ne laissait pas de les conduire efficacement à leur fin. L’évêque de Liège fut le premier dont il se servit pour cela. Il approuva, en 1246, pour son diocèse, la nouvelle fête du Corps de Jésus-Christ. De là, elle se répaadit peu à peu dans les provinces voisines, et ensuite dans les plus éloignées, rencontrant partout des contradictions, jusqu’à ce que

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Urbain IV la proposa à toute l'Église en 1264 par une bulle particulière, laquelle trouva encore en plusieurs endroits de la résistance. Enfin, Clément V ayant confirmé la bulle d'Urbain dans le concile de Vienne en 1311, les contestations finirent, et l'Église jouit paisiblement de la possession de cette aimable fête ; mais ce ne fut, comme on vient de le voir, qu’aprèsenviron quatre-vingts ans de contestation.

Venons maintenant à notre sujet: il a fallu s'arrêter un peu au récit qu’on vient de faire, parce qu’il renferme une image naturelle et exacte de ce qui s’est passé de nos Jours touchant la fête du Sacré-C eur de Jésus. Le lecteur va en juger.

Il y a dans la petite ville de Paray-le-Monial, dans le Charolais, diocèse d’Autun, un couvent de la Visitation Sainte-Marie. Là, une jeune vierge, nommée Marguerite Alacoque, qui s’y était consacrée à l’âge de vingt ans, vivait cachée et inconnue à toutes les créatures, mais dans les communications les plus intimes avec son Dieu. Elle y est morte en odeur de sainteté, en 1690, âgée de quarante ans. Sa vie fut remplie de toutes les vertus les plus parfaites; Dieu la combla avec profusion de ses plus précieux dons et de ses faveurs les plus rares. Nousavons sur cela les témoignages par écrit de ses supérieurs et de ses supérieures ; mais surtout une relation des grâces qu’elle a reçues de Dieu, écrite de sa main par l’ordre exprès de l’obéissance, Ceux qui la liront seront convaincus que cette sainte fille mérite d’avoir rang parmi les plus chères épouses de Jésus-Christ. Monseigneur l’évêque de Soissons, à présent archevêque de Sens, cet illustre défenseur de l'Église, a trouvé la vie de cette ser-

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