SANT TONNES
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vante de Dieu si pleine de merveilles, qu’il a bien voulu, au milieu de ses importantes occupations, employer sa savante et éloquente plume à la donner au public. On ne peut la lire sans concevoir une très haute idée de la sainteté de cette âme choisie (1).
C’est cette vierge innocente que Jésus-Christ choisit pour donner commencement à la dévotion de son Sacré- Cœur. Pour la disposer à l’'accomplissement de ce dessein, il commença par lui découvrir dans l'oraison, à la faveur d’une lumière infuse, l'excellence de ce Cœur adorable, ses grandeurs, ses perfections, ses richesses, ses vertus, ses souffrances ; les lumières qu’elle recevait 1làdessus la ravissaient en admiration, et la transportaient d’un amour si vif, qu’elle en était hors d’elle-même. Elle se sentait consumée d’un désir véhément et continuel de voir ce divin Cœur connu, honoré, glorifié. Son occupation intérieure roulait toute sur ce tendre et adorable objet; elle ne respirait que sa gloire, elle rie pensait qu'aux moyens de la procurer, elle n’aurait voulu parler que de cela. Son cœur se trouvant ainsi préparé à la grâce que Dieu lui destinait, Jésus-Christ lui apparut un jour, lui déclara le dessein qu'il avait d'établir dans son Église une solennité à l'honneur de son Sacré- Cœu, et il ajouta qu’il l'avait chr sie elle-même pour l'exécution de ce dessein. Autant cette sainte fille sentit de joie d'entendre que le Cœur de Jésus devait être glori-
(1) Il s’agit de la Vie de la Bienheureuse Marguerite. Marie, publiée à Paris, en 1729 par Mgr Languet, de l'Académie française. Mgr Languet fut l’un des plus redoutables adversaires du jansénisme, C’est par ordre de la reine de France, la pieuse Marie Leczinska, qu'il composa cette Vie, rééditée en 1891,sous les auspicrs de Léon XIIL.—Note de l'Editeur.
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fié selon les désirs qu’elle en avait, autant elle fut consterné en apprenant le moyen dont Notre-Seigneur voulait se servir pour cette fin; sa timidité naturelle, sa jeunesse, l'éloignement où elle vivait du monde et de toutes les créatures, lui firent regarder la chose comme impossible, Elle n’osait s'ouvrir à personne là-dessus, et elle résista plusieurs années aux mouvements intérieurs qu’elle éprouvait. Cependant, Dieu la pressait vivement et ne lui donnait point de relâche. Les reproches qu’elle en recevait, lui perçaient le cœur, et lui faisaient craindre qu’il n’y eût quelque péché dans sa résistance.
Dieu lui envoya en ce temps-là un directeur digne de sa confiance, auquel elle se résolut enfin de découvrir le fond de son âme: ce directeur fut le Père Claude de la Colombière, de la Compagnie de Jésus, qu’un coup de providence avait conduit alors à Paray. C'était un homme d’une vertu éminente, et que Dieu avait doué d’un rare discernement des esprits pour la direction des âmes. Ce Père est aujourd’hui connu dans toute l'Europe par ses sermons, qu’on a imprimés après sa mort, et qui sont remplis de cette onction céleste qui n’est propre qu’à des hommes pleins eux-mêmes de l'esprit de Dieu. 11 a été regardé durant sa vie comme un modèle de perfection religieuse. 11 fut envoyé par ses supérieurs en Angleterre pour y être prédicateur de S. À. R. Madame la duchesse d’York, depuis reine de la Grande-Bretagne. Au milieu des fonctions de son zèle, après un séjour de deux ans à Londres, il fut arrêté et mis en prison en haine de la religion catholique ; et, sans la considération qu'on eut pour la duchesse qu’il servait, il eût eu le même sort que cinq de ses frères, qui furent condamnés à la mort. Heu-
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reux sort que le Père de la Colombière regretta toute sa vie! On se contenta, à son égard, de le bannir du royaume, et il fut contraint de repasser en France. Les travaux de sa mission et de sa prison avaient épuisé ses forces; il en contracta un mal de poitrine qui, après trois années de souffrances et de langueurs, l’'emporta dans la ville de Paray, où il était allé changer d’air. 11 mourut en odeur de sainteté, âgé de quarante et un ans,en 1682. Depuis sa mort lesconnaissances qu’on a eues de plusieurs circonstances de sa vie, ont beaucoup augmenté l’idée qu’on avait de sa sainteté. On en peut voir quelques traits dans l’abrégé de sa vie, qu’on a mis à la tête de ses sermons : mais rien ne le fait mieux connaître que la lecture du Journal de ses retraites qu'on a imprimé. Il n’est pas possible de le lire sans admirer la pureté de son âme, et la noblesse des sentiments que la grâce lui inspirait. On y trouve, en particulier, un vœu qu'il avait fait d'observer inviolablement toutes les règles que saint Ignace a laissées à sa Compagnie, et où le saint fondateur a renfermé toute la perfection religieuse. Ceux qui connaissent le détail des vertus et des pratiques saintes que renferment ces règles, quelle vigilance et quelle mort à soi-même exige leur exacte observation, ne voient peutêtre rien de plus héroïque, en matière de sainteté, que l'exécution fidèle d’un pareil engagement. Or, nous savons que le Père de la Colombière l’exécuta avec une exactitude et une constance, qui donna de l’admiraiion à ceux qui en furent témoins. Nous qui écrivons ceci, et qui avons eu le bonheur de vivre avec lui, et sous sa direction la dernière année de sa vie, nous pouvons en rendre un témoignage certain.
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C’est ce directeur si sage et si saint, que Jésus-Christ EnVOYa par une providence particulière à la sœur Marguerite pour être le dépositaire des grâces qu’elle recevait, et en particulier de tout ce qui regardait la dévotion à son Sacré Cœur. Le lecteur apprendra volontiers du Père de ia Colombière lui-même, de quelle manière il fut chargé de ce soin. Voici ce qu'il er à laissé, écrit de sa main, dans le Journal de ses retraites. C’est dans celle qu’il fit à Londres en 1677.
«Finissant cette retraite, plein de confiance en la miséricorde de mon Dieu, je me suis fait une loi de procurer Par toutes les voies possibles l'exécution de ce qui me fut prescrit de la part de mon adorable Maître, à l'égard de son précieux Corps dans le saint Sacrement de l'autel, où je le crois véritablement et réellement présent. Touché de compassion pour ces aveugles qui ne veulent pas se Soumettre à croire ce grand et ineffable mystère, je donnerais volontiers mon Sang, Ô mon aimable Rédempteur, pour leur persuader cette vérité que je crois, et que je professe dans ces pays, où l’on se fait un point d'honneur de douter de votre présence réelle dans cet auguste Sacrement. Je sens beaucoup de consolation à faire plusieurs tois le jour des actes de foi, touchant la réalité de votre Corps adorable sous les espèces du pain et du vin. Mon cœur se dilate, toutes les fois que je m'a. cache à faire des actes de foi touchant les vérités qu’enseigne l’Église romaine, qui est la seule vraie église, et hors de laquelle il n’y a point de salut à espérer. Mon cœur, dis-je, en pareilles occasions, s’'épanche et ressent des douceurs que je puis goûter et recevoir de la miséricorde de mon Dieu sans les pouvoir expliquer. Vous êtes bien bon, ô
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mon Dieu, de “0:18 communiquer avec tant de bonté à la plus ingrate de vos créatures et au plus indigne de vos serviteurs, Soyez-en loué et béni éternellement. J'ai reconnu que Dieu voulait que je le servisse, en procurant l’accomplissement de ses désirs touchant la dévotion qu'il a suggérée à une personne à qui il se communique fort confidemment, et pour laquelle il a bien voulu se servir de ma faiblesse. Je l’ai déjà inspirée à bien des gens en Angleterre et j'en ai écrit en France et prié un de mes amis de la faire valoir à l'endroit oùilest. Elle y sera fort utile ; et le grand nombre d'âmes choisies qu’il y a dans cette communauté me fait croire que la pratique dans cette sainte maison en sera fort agréable à Dieu. Que ne puis-je, mon Dieu, être partout et publier ce que vous attendez de vos serviteurs et amis !
«Dieu donc s'étant ouvert à la personne, qu’on a sujet de croire être selon son cœur, par les grandes grâces qu’il lui a faites, elle s’en expliqua à moi, et je l'obligeai à mettre par écrit ce qu’elle m'avait dit, que j'ai bien voulu décrire moi-même dans le Journal de mes retraites, parce que le bon Dieu veut dans l'exécution de ce dessein se servir de mes faibles soins.
« Étant, dit cette sainte âme, devant le saint Sacre- “ment un jour de son octave, je reçus de mon Dieu des “grâces excessives de son amour. Touché du désir d’user « de quelque retour et de rendre amour pour amour, il « me dit : « Tu ne peux m’en rendre un plus grand, qu’en “faisant ce que je t'ai tant de fois demandé.» Et me «découvrant son divin Cœur; « Voilà ce Cœur qui a « tant aimé les hommes, qu’il n’a rien épargné, jusqu’à « s'épuiseret se consumer pour leur témoigner son amour;
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“et pour reconnaissance, je ne reçois de la plus grande « partie que des ingratitudes, par les mépris, les irrévé- « rences, les sacrilèges et les froideurs qu'ils ont pour moi « dans ce sacrement d'amour. Mais ce qui est encore « plus rebutant, c’est que ce sont des cœurs qui me sont “consacrés. C’est pour cela que je te demande que le « premier vendredi d’après l’octave du saint Sacrement « soit dédié à une fête particulière pour honorer mon « Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une “amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer « les indignités qu’il a reçues pendant le temps qu’il a été “exposé sur les autels: et je te promets que mon Cœur « se dilatera pour répandre avec abondance les influences « de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet hon- « neur. — Mais, mon Seigneur, à qui vous adressez-vous ? « À une si chétive créature et pauvre pécheresse, que son « indignité serait même capable d'empêcher l’accomplis- “sement de votre dessein, Vous avez tant d’âmes géné- “reuses pour exécuter vos desseins. — Hé! pauvre inno- “cente que tu es, ne sais-tu pas que je me sers des sujets «les plus faibles pour confondre les forts, et c’est ordi- «“ nairement sur les plus petits et sur les pauvres d'esprit « que je fais éclater ma puissance, afin qu’ils ne s’attri- « buent rien à eux-mêmes ? — Donnez-moi donc, lui dis-je, «“ moyen de faire ce que vous me commandez. » Pour « lors, il m’ajouta : « Adresse-toi à mon serviteur N., et «lui dis de ma part de faire son possible pour établir « cette dévotion et donner ce plaisir à mon divin Cœur. (Qu'il ne se décourage point pour les difficultés qu'il y “rencontrera, car il n’en manquera pas; mais il doit “savoir que celui-là est tout puissant qui se défie entière. « ment de soi-même pour se confier uniquement en moi. »
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Le Père de la Colombière connaissait trop la sainteté de la personne qui lui donnait cet écrit, pour pouvoir former le moindre doute de sa sincérité ; et la lumière que Dieu lui communiquait, touchant ses divines r sérations dans cette âme choisie, ne lui permit pas .e les recevoir autrement que comme un ordre de Jésus-Christ même. Il se fit dès lors une loi, comme il vient de le déclarer, de ne rien oublier pour l'exécution du dessein de Dieu. Ilest vrai qu'il ne put l’avancer beaucoup par lui-même, soit parce qu’il quitta la France bientôt après, Pour passer en Angleterre ; soit parce qu'après son retour, il ne vécut que trois ans, toujours infirme ; soit, enfin, à cause des oppositions que trouva dès lors la pratique de cette dévotion, ce qui demandait beaucoup d’égards et de ménagements, pour ne pas exciter du trouble. Mais Dieu ne laissa pas son ouvrage imparfait en retirant à soi son serviteur : il se servit même de lui après sa mort, de la manière qu'on va le voir dans le chapitre suivant.