‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 105 sur 164 · I. — Pcmlaiit la grossesse · texte numérisé non relu

I. — Pcmlaiit la grossesse

Vous savez, Messieurs, que l’erreur de diagnostic au cours des quatre premiers mois de la gestation est excessivement fréquente. Jusqu’à ce moment le médecin ne peut se baser que sur des signes fort incertains, tels que l’absence des règles, l’existence d’un souffle utérin, l’augmentation de volume du ventre et des seins, l’hypertrophie des tubercules de Montgomery, les modifications de l’intelligence, de la volonté, de l’appétit, les vomissements, etc. Tous ces signes, dits de prohabililé, sont inconstants, et quand une cliente vient consulter un médecin dans cette période, lui demandant : « Suis-je enceinte ? >) il ne peut que lui conseiller d’attendre quelques mois et lui donner de l’espoir.

Ce n’est pas dans ces cas que se pose la responsabilité du médecin, auquel nul ne peut reprocher de n’avoir pas établi un diagnostic précis sur des signes incertains.

Depuis vingt ou vingt-cinq ans, un grand nombre de médecins pensent qu’il est indipensable, au cours de certaines affections utérines, de reconnaître si le col de Lutérus est perméable, si l’utérus est en antéversion ou en rétroversion; ils mesurent le degré de déviation à l’aide de l’h ys té ro mètre.

C’est là une dangereuse pratique, car si la femme est

i>i;nm>ant la grossesse.

enceinte, rintcoduction de ce corps étranger ne manque pas de provoquer un avortement, au sujet duquel le médecin peut être poursuivi. Dans deux cas qui me sont connus, il y eut un commencement d’enquête; je ne crois pas que, jusqu’à ce jour, la question ait été posée devant les tril)unaux;. cependant je tiens à vous signaler ce danger.

A côté de l’introduction de l’hystéromètre, il faut placer les cautérisations du col à l’aide d’un caustique ou du fer rouge. A la suite d’une opération semblable, .lobert de Lamballe eut à déplorer un avortement de deux mois et demi.

Vous ne devez donc procéder à ces manœuvres que lorsque vous avez acquis la certitude que l’utérus est vide.

Mais, Messieurs, le médecin peut être trompé. Une femme, ayant toutes les apparences de la bonne foi, se présente à votre consultation ; elle se plaint de douleurs dans le ventre, de pesanteur, elle a de la leucorrhée et vous demande un traitement. Vous l’examinez et vous lui demandez si elle est bien réglée, si ses règles sont abondantes et quelle est la date de sa dernière menstruation. Elle vous répond, sans hésilation, qu’elles viennent de se terminer quelques jours auparavant.

Méfiez-vous I 11 peut se faire que cette femme désire se faire avorter et vous ait choisi comme complice inconscient. Examinez votre cliente avec soin, mais sans introduire aucun instrument dans le col de l’utérus; dites-lui qu’il vous est impossible de faire actuellement un diagnostic précis, et que, pour vous éclairer, il vous est nécessaire de pratiquer un nouvel examen le dernier jour des règles prochaines.

Si elle est de bonne foi, elle viendra; vous pourrez vous renseigner conij)lètement et instituer un traitement convenable, sans craindre de commettre un acte délictueux; si au contraire elle est de mauvaise foi, elle comprendra et ne se représentera plus chez vous.

D’autres erreurs fort graves peuvent être commises, même par les docteurs les plus autorisés.

LA RESPONSABILTTÉ DU MÉDECIN

Il y a quelques années, Je reçus une lettre d’un médecin expert d’une ville du Midi, qui avait à résoudre quelques ([uestions embarrassantes. Un officier de santé de sonarrondissement, appelé auprès d’une femme de quarante-deux ans dont le ventre avait, depuis quelques mois, considérablement augmenté de volume, croit se trouver en présence d’une ascite. Il pratique une ponction qui lui donne 800 grammes de liquide. Le lendemain, cette femme, qui était enceinte, accouche de deux jumeaux, âgés de quatre mois et demi environ.

Le parquet demandait au médecin expert : si l’on devait considérer la ponction d’une ascite comme une grande opération, interdite à un officier de santé, et si l’intervention chirurgicale, ayant provoqué cet avortement, constituait une faute grave, pouvant donner lieu à des poursuites correctionnelles. L’expert me semblait pencher vers l'affirmative.

A mon avis, l’on ne pouvait affirmer la culpabilité de l'officier de santé sur aucun de ces deux points. La ponction de l’ascite, faite avec les précautions d’usage, est une opération relativement bénigne, qui n’a guère de chances d’entraîner des complications graves et qui peut même être répétée un grand nombre de fois sur le même sujet.

Quant à l’erreur de diagnostic, qui consistait à avoir pris une hydramnios pour une ascite, je pus rapporter à cet expert un cas dont je fus témoin au cours de mon internat. Moutard-Martin avait dans son service une femme présentant des signes d’ascite ; trouvant quelques particularités anormales dans la marche de cette maladie, il demanda à deux de ses collègues, Aran, dont j’étais alors l’interne, et Jarjavay, chirurgien de riiôpital, de vouloir bien l’examiner. Tous trois arrivèrent au même diagnostic. A la suite de cet examen fait par trois médecins dont la compétence ne pouvait être mise en doute, on pratiqua la ponction et on retira trois litres de liquide. Trente-six heures après, la femme mettait au monde deux jumeaux mort-nés.

AU MOMENT DE l’aCCOUCIIEMENT. oJ.i

Vous voyez que, dans de telles conditions, on ne pouvait considérer comme une faute grave l’erreur de l’officier de santé; il se trouvait pour ainsi dire couvert par l’erreur des maîtres de la science.

H. — Au moment de raccouchement.

Même avant le début du travail, la responsabilité du médecin peut se trouver engagée. Si à l’examen de votre malade, vous reconnaissez que le bassin vicié ne permettra pas le passage du fœtus à terme, que devez-vous faire? Si le fœtus est mort, rien ne s’oppose à ce que vous provoquiez l’avortement, mais si le fœtus est vivant, vous devez proposer l’accouchement prématuré, ainsi que l’a conseillé Stoltz,en un temps plus ou moins éloigné du terme normal de la grossesse, suivant le degré du rétrécissement.

Vous pouvez aussi vous trouver en présence de vomissements incoercibles, mettant en péril la vie de la mère; dans d’autres cas, celle-ci peut présenter des crises d’éclampsie puerpérale, accident de la plus haute gravité. Dans ces cas également, vous pouvez être obligé de proposer l’accouchement prématuré.

Quelle que soit votre décision, je vous recommande de ne jamais le pratiquer sans avoir, au préalable, demandé l’avis d’un ou deux confrères. Ce conseil excellent était donné par Pajot et Depaul ; la décision prise en commun vous couvre si, plus tard, la famille vient à mettre en doute la nécessité de l’accouchement prématuré.

En effet, le plus souvent, une grossesse est considérée par la famille comme un événement heureux, mais il arrive aussi qu’elle fait naître des dissentiments au sujet de questions de succession. Le médecin, dans ces conditions, se trouve placé entre deux intérêts opposés, et, tout en faisant strictement son devoir, il est tenu en état de suspicion par l’une des deux parties en présence.

LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN

Le moment de raccouchement A'enu, on peut vous reprocher, à tort ou à raison, certaines pratiques obstétricales, et la famille surtout, si un accident est survenu, peut vous demander des dommages-intérêts.

V ergot de seigle, employé au cours de l’accouchement, a donné lieu plusieurs fois à des actions judiciaires. En 1889, en Prusse, un médecin fut poursuivi et on demanda l’avis de la Commission des superarbitres. On reprochait au médecin d’avoir donné de l’ergot de seigle à une femme en couches, dont l’enfant se présentait transversalement. -Vprès l’administration de l’ergot, il avait extrait l’épaule et fait des tractions sur le bras; enfin il avait tenté une application infructueuse de forceps. Un autre médecin fut appelé; celui-ci fit la version et termina heureusement raccouchement.

La femme mourut quarante-huit heures après; l’autopsie démontra qu’elle avait succombé à une énorme escarre du vagin, qui mesurait 12 centimètres sur 6 centimètres et était due au maniement inhabile du forceps.

Le Médicinal Collegium admit une quadruple faute contre • l’art [Kunsifehler) :

1° L’administration de l’ergot de seigle dans une présentation de l’épaule ;

2° La traction sur le bras ;

3° L’application du forceps ;

4° Le fait de ne pas avoir tenté la version.

Messieurs, je ne saurais trop vous conseiller la plus grande prudence dans l’emploi du seigle ergoté; c’est un excellent médicament, tellement indispensable que l’.\cadémie de médecine n’a pas hésité à le placer au nombre de ceux que peuvent prescrire les sages-femmes, mais son emploi est fixé par des lois impérieuses; si, au moment de l’administration, l’utérus n’est pas absolument vide de tout contenu, fœtus ou placenta, la contraction énergique, occasionnée par l’ergot, emprisonne les parties non expulsées dont il est parfois impossible de débarrasser la parturiente.

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