Médecin d’associations publiques ou privées
La question des honoraires se pose différemment quand le médecin est engagé avec des collectivités.
Je ne vous parlerai pas des honoraires des experts, qui, P. BuouARDF.r.. — Exercice de la méd. 29
HONORAIRES
YOlis le savez, sont fort modiques, même depuis la réforme du tarif de ISll ; je me suis longuement étendu sur cette question dans mon cours de l’année dernière (1), et je ne pense pas qu’il soit nécessaire d’y revenir.
Je crois également inutile de vous parler des devoirs des médecins des indigents, des enfants assistés, des écoles, etc.
Le seul point que je veuille vous signaler est l’extension qu’ont pris, depuis quelques années, les diverses branches du service médical gratuit. Le médecin qui, soit au concours, soit par faveur, a obtenu l’un de ces postes enviés, entre en possession d’un service qui lui demande beaucoup de temps, beaucoup de soin, qui nécessite parfois des opérations fort délicates, et dont la rétribution très modique est loin d’être suffisante.
Prenons un exemple : le médecin des écoles touche des appointements de 1000 francs, je crois; il a un service régulier, qu’il doit remplir avec une scrupuleuse exactitude; mais, en plus de son service journalier, il doit, à époques fixes, examiner soigneusement la tête de chaque enfant, et voir s’il n’est pas atteint d’une variété quelconque de teigne.
C’est, vous le savez. Messieurs, un diagnostic fort difficile à établir, surtout au début. A l’Assistance publique, une Commission est chargée d’examiner la tête des enfants qui doivent être envoyés dans les établissements de province, à Berck particulièrement ; il arrive, à chaque séance, que la Commission ne peut se prononcer sur un certain nombre d’enfants qui lui sont présentés et que les parents doivent les ramener ultérieurement.
Comment veut-on qu’un médecin des écoles, qui, en même temps qu’il occupe ce poste mal rétribué, est obligé, pour vivre, de donner des soins à sa clientèle de ville, puisse •examiner sérieusement cent ou cent cinquante enfants, dont le cuir chevelu est plus ou moins propre? 11 lui fau-
(1' P. Rrouardel, La responsabilité médicale. Paris, 1898, p. 299, 432 ■et suivantes.
MÉDECIiV d’associations. 451
drait imejoiirnée entière, et encore cela ne serait peut-être pas suffisant.
Enfin, Messieurs, deux mots sur les sociétés de secours mutuels. Celte institution est excellente, mais, comme de tout ce qui est excellent, on en a abusé.
En France, il existe plus de 10 000 sociétés de secours mutuels, comprenant toutes un nombre considérable d’adhérents.
Que les personnes peu fortunées se constituent en société de secours mutuels, rien de mieux, c’est une œuvre de solidarité que l’on ne saurait trop encourager.
Mais il existe des villes importantes que je pourrais citer, où, depuis la fondation d’une société de ce genre, il n’y a plus de clients payants pour le médecin. Tout le monde, à commencer par le maire, les conseillers municipaux, le notaire, fait partie de la société de secours mutuels. Le médecin est bien obligé, à moins de quitter le pays, de devenir le médecin de cette société, et cependant, la rémunération qu il reçoit est absolument dérisoire, puisque la moyenne de ses visites lui est payée 0 fr. 60 centimes.
Dans ces cas, et ils sont nombreux, il y a un abus véritable; une telle association n’est plus une société de secours mutuels, mais bien une société fondée pour 1 exploitation du médecin.
CINOUIÈME PARTIE