DÉCÈS
des naissances
des d(5cès.
Vous voyez, Messieurs, par ce tableau, que l’année 189G a été de beaucoup la meilleure des dix dernières années au point de vue démographique; l’excédent de 93 700 naissances n’est cependant pas l’expression exacte de la vérité; car cet excédent, qui représeide la différence entre le nombre des décès et le nombre des naissances, se trouve notablement accru par suite de la diminution considérable du nombre des décès pendant l’année 1890. Les naissances ont certainement augmenté, mais ce sont surtout les décès qui ont diminué.
Je n’ai pas besoin de m’étendre longuement sur ce sujet, pour vous faire sentir combien cette situation est défavorable au point de vue du développement de la puissance nationale.
Depuis le début de ce siècle, la natalité en France a suivi une marche régulièrement décroissante :
Pour 1000 habitants la natalité était :
dépopulation.
Je crois lüile de placer en regard de ces chiffres ceux qui représentent la natalité et la mortalité dans les pays voisins.
La nalalilé et la mortaliU a été pour 1000 habitants ;
Natalité. Mortalité.
Eû Allemagne de 1881 à 1895 38 2G
Angleterre - 3.
France —
La différence entre les chiffres de la mortalité en France et en Allemagne tient principalement à ce que, dans ce dm’nier pays, les enfants du premier âge meurent plus qu’en France, surtout depuis l’application de la loi Roussel, du 23 décembre 1874, sur la protection des enfants en bas âge.
Le premier résultat de la faible natalité a été la diminution très sensible des forces militaires. En 1871 et 1872, lors de la première loi militaire, la France pouvait réunir un nombre de soldats équivalent à peu près â celui des soldats allemands. En 1889, même en prenant tous les disponibles, nous ne sommes arrivés qu’à un nombre sensiblement inférieur à celui des Allemands. Si cet état déplorable continue, dans trente ans la population allemande aura doublé, alors que nous serons restés stationnaires. J’ajouterai que ce sont les éléments jeunes et actifs qui nous font défaut, de sorte que l’industrie et le commerce manquent de travailleurs et, par conséquent, produisent peu et cher; le contraire existe dans les autres pays; nous sommes donc appelés à nous voir également dépassés et annulés sur le champ de bataille économique.
Au point de vue littéraire et scientifique, il en est de môme. Au commencement du siècle, c’était assurément la langue française qui était la plus répandue, et nos livres étaient lus par toutes les nations. Actuellement, en dehors de France, notre langue a été presque partout supplantée par la langue anglaise; 36000 000 d’étrangers parlent français, alors que 120 000000 parlent anglais.
Messieurs, puisque les enfants nous manquent, il faut que nous cherchions une compensation et que nous nous
eiïorcioiis au moins de conserver ceux qui sont nés. Je place sous vos yeux la mortalité des principales nations d’Europe et, en regard, la vie moyenne de chaque peuple.
Pajs.
Mortalité.
Vie moyenne
Espagne
Hongrie
Autriche
Italie
Allemagne
France
Pavs-Bas
Suisse
Belgique
Écosse et Angleterre. .. .
Irlande
Danemark
Suède et Norvège
IG
En France, la durée de la vie a augmenté dans de très notables proportions depuis le commencement du siècle. C’est ainsi que Marseille présentait, en 1830, une mortalité de SO p, 1000 habitants et que la moyenne de la vie y était de dix-neuf ans. Actuellement une amélioration sérieuse s’est produite, car la mortalité n’y est plus que de 23 p. 1000 et la moyenne de la vie est montée à quarante ans.
Dans cette statistique, les chiffres indiqués pour l’Angleterre et l'Écosse ne sont peut-être pas absolument exacts. Dans ces pays, en effet, la déclaration des naissances n’est pas aussi rigoureuse qu’en France, de sorte que les enfants qui meurent dans les quinze premiers jours de leur existence, n’étant pas inscrits sur les registres de l’état civil, ne sont pas comptés parmi les décès, et contribuent à donner à la moyenne de la vie un taux élevé.