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leurs effets, la mortalité qu’elles causent diminuera et, avec le temps, elles pourront même arriver à disparaître (1).
A. — Fièvre typhoïde.
I^our étudier la genèse de la diminution de la mortalité par les maladies épidémiques évitables, je vais prendre la plus commune de toutes, la fièvre typhoïde.
Ce fut en 1834 que le D-- Michel (de Chaumont), et je tiens à ce que vous reteniez son nom, car on a été bien longtemps avant de lui rendre justice et de reconnaître qu il avait entièrement raison, affirmait la propagation de la fièvre typhoïde par l’intermédiaire de 1 eau ; le D' Michel, dis-je, s’aperçut que la ville de Chaumont, décimée pai des épidémies successives de fièvre typhoïde, s alimentait d eau à une source située au bas du mamelon sur lequel la ville est construite. 11 lutta pendant quinze années ; enfin, au bout de ce temps, la ville put avoir de 1 eau d une source puie.
A partir de ce moment, la fièvre typhoïde dispaïut presque complètement. Dix. ans plus tard, une nouvelle épidémie se déclara. Le D’’ Michel ouvrit nue enquête, et il acquit la preuve que cette épidémie avait débuté à la suite de travaux effectués au lieu de captage des source», qui avaient nécessité, pendant plusieurs jours, la distribution de l’eau provenant de Faneienne source contaminée. Le fait était probant, mais, à ce moment, on n’en avait pas apprécié toute la valeur; des épidémies continuèrent à se produire dans certaines villes, dans certains villages, dans des quartiers déterminés, sans qu’on s’occupât de l’eau d’alimentation, et les savants les plus distingués se refusaient à admettre qu’une épidémie put être transmise par l’eau de boisson ou l’eau d’usage. C’est ainsi qu’en 1884, quand je présentai un projet d’instructions pour la prophylaxie du choléra (2), des membres de l’Académie de médecine.
0) Vov. Georc'cs J. -B. Baillière, Les maladies évitables. Pans, 1898.
(2) Brouardef Épidémie du choléra à Toulon et a Marseille {.inn.
d’Ivjg., 1884, t. XII, p. 134).
MALADIES ÉVITABLES. — FlÈVUE TYl’HOlDE.
entre autres MM. Hardy, Peter, Léon Colin, s’opposèrent à ce que l’eau fut mentionnée comme cause possible de l’épidémie qui sévissait à Toulon et Marseille.
Messieurs, c’est à partir de 1880 que 1 on commença a admettre la possibilité de la transmission de la fièvre typhoïde par l'eau. En cette année, une terrible épidémie ravagea la ville de Pierrefonds (1), cette épidémie n’avait, somme toute, rien de plus extraordinaire que les épidémies de Chaumont, en 1854, et bien d’autres depuis; cependant, ce qui obligea en quelque sorte le monde médical et scientifique à ouvrir les yeux, c’est la place occupée dans le monde par les personnes qui furent atteintes : c’est à la suite de cette épidémie que M. Fernet, eut la douleur de perdre trois de ses filles ; la quatrième ayant eu la fièvre typhoïde deux ans auparavant resta indemne; M. Fernet, lui-méme,et sa femme en furent atteints, mais moins gravement. Or M. Fernet est secrétaire-rédacteur à l’Académie des sciences; l’un de ses frères est médecin des hôpitaux. Au cours de la même épidémie, un grand nombre d’officiers ou de familles d’officiers furent atteints par le fléau. La mort de tant de personnes connues du public obligea, en quelque sorte, à faire une enquête sérieuse, qui amena à reconnaître que l’épidémie avait pris naissance par suite de la contamination de la nappe d’eau souterraine servant cà l'alimentation de la ville de Pierrefonds, par un commis voyageur convalescent de fièvre typhoïde.
Certaines villes, où les épidémies de fièvre typhoïde étaient les plus fréquentes, ont vu leur situation s’améliorer d’une façon indubitable à la suite d’adduction d’eau de source. Ainsi à Rennes, de 1875 à 1882, la mortalité causée par la fièvre typhoïde dans l’armée fut de 53 décès, en moyenne, chaque année pour 10 000 soldats; à la suite du changement d’eau, cette mortalité tomba, entre les années 1882 à 1893, à deux. A Angoulême l’eau d’alimenta-
(1) Brouardel, Enquête sur une épidémie qui a régné à Pierrefonds en août et septembre iS86 [Ann. d’Iigg., t. XVII, p. 97).
LA LOI DU 30 iNOVEMHUE 1892.
lion était prise à remboucluire de la Touvre, dans la Charente ; de 1873 à 1888 la inorlalite par fièvre typhoïde lut, en moyenne, de 80 pour 10 000 soldats; à celle époque, on capta 1 eau de la même rivière à sa source, et la moi tanté, de 1890 à 1893, s’abai?sa à 2 décès pour 10000.
Des conditions particulières peuvent, en certains points d’une ville, créer non pas des épidémies véritables, mais des foyers d’endémie qui deviennent parfois le noyau d'une épidémie.
bn voici un exemple; il précise bien les difficultés auxquelles on se heurte :
Le 27 décembre 1884, le maire de Caen, apprenant qu’autOLir d’un puits absorbant placé dans le quartier Saint- .lullien, il s’était formé un foyer de fièvre typhoïde, ordonne la suppression de cette béloire.
Le propriétaire refuse d’exécuter la mesure prescrite; il est acquitté par le Tribunal de simple police, et la Cour de cassation, le 23 juillet 1883, confirme cet acquittement, parce que la loi de 1884 a chargé les maires de prévenir, par des précautions convenables, les accidents et les lléaux, les maladies épidémiques et contagieuses, mais ne les a pas autorisés à déterminer eux-mèmes la nature et l’importance des travaux qui doivent être elï’ectués.
L’affaire se poursuivait en même temps devant le Conseil d’Etat; le 7 mai 1880, celui-ci, dans son arrêt, déclarait que le maire de Caen n’avait pas excédé la limite de ses pouvoirs.
L’arrêté du maire, légal pour le conseil d’État, est illégal pour la Cour de cassation. Aussi, non seulement le puits absorl)ant n’a pas été fermé, mais ou en a creusé d’autres.
Entre temps la municipalité de Caen fit distribuer de l’eau de source dans la ville. A la suite de ce cham;ement, la fièvre typhoïde diminua dans de très fortes proportions, sauf en un point, dans une caserne. L’autorité sanitaire, justement émue, ordonna une enquête, qui fut confiée à MM. Ogier et Léon Colin. Ils arrivèrent à trouver l’endroit
MALADIES ÉVITABLES. — FlÈViiE TYPHOÏDE.
précis à partir duquel la canalisation d’eau de source était contaminée, et un ingénieur finit par avouer que, à partir de ce point, afin de réaliser des économies, une entente avait été passée avec le maire pour employer les anciennes canalisations. Cette affaire se termina devant la Cour d’assises.
Un endroit contaminé, un quartier d’une ville, un point meme très limité, est un danger public, car la propagation des germes peut être entraînée au loin dans d’autres villes ou dans les villages par la population flottante de la ville infectée. Nous avons démontré ce fait à Clermont-Ferrand. Une épidémie avait éclaté dans cette ville au moment même où un appel de territoriaux venait accomplir une période d’instruction de ti’eize jours. M. Chantemesse et moi fûmes envoyés afin d’étudier les causes de cette épidémie (i). Nous avions pris soin de noter les adresses des territoriaux qui s’étaient trouvés à Clermont à ce moment; au bout d’un mois environ nous nous sommes renseignés sur Fétat de leur santé. Un certain nombre de ces hommes avaient quitté la garnison emportant avec eux les germes de la fièvre typhoïde; une fois rentrés dans leurs villages, ils l’avaient eue et avaient créé des foyers de propagation de cette redoutable aflêction.
Cet exemple vous montre combien est désastreuse la coutume qui veut qu un établissement quelconcjue où s’est produit un certain nombre de cas d une maladie contagieuse, soit licencié. Hue ce soit une caserne ou un lycée, les jeunes gens qui retournent dans leur famille emportent avec eux des germes morbides et forment de nouveaux foyers.
Pour bien comprendre la nécessité de la déclaration des maladies épidémiques, nous n’avons qu'à voir ce (pii se passe dans l'armée.
Si nous examinons la statistique delà fièvre typhoïde dans l’année, de 1879 k 1894 nous trouvons :
(I) Brouardel et Chautemesse, Enquête sur les causes de V épidémie de fièvre typhoïde qui a régné à Clermont-Ferrand (Ann. d'hun. 1887 t. XVIt, p. 385). ’
Années. Noml)rc des cas. Décès. Pour 10 000 hornin
Comment ce résultat a-t-il pu être obtenu ? Simplement grâce à la substitution de l’eau de source à l’eau de rivière, à la surveillance de l’alimentation, à 1 assainissement des casernes. Nous devons les plus grands remerciements à MM. Léon Colin, Dujardin-Beaumetz, Dieu, qui ont, pendant des années, employé tous leurs efforts j)Our atteindre ce but; ils ont épargné bien des vies de jeunes soldats et, par là, ont rendu les plus grands services à notre pays.
C’est, en effet, notre intérêt national qui est en péril et, de ce côté, il reste encore Iseaucoup à faire.
Lorsque, en 1881, on prépara l’expédition de Tunisie, deux divisions furent réunies et envoyées en attendant l’embarquement, l’une à Marseille, l’autre à Toulon. Elles prirent dans ces villes le germe de la lièvre typhoïde; rembarquement eut lieu, mais, en peu de temps, une épidémie formidable se déclara. En trois semaines, on compta 3000 cas, dont 844 furent suivis de décès. En 1887 une division dut être envoyée au Tonkin. On la réunit au camp du Pas-des-Lanciers,. près de Marseille. Des troupes de Lorient, qui devaient contribuer à la constituer, apportèrent la fièvre typhoïde. La division fut décimée avant d’avoir pu être embarquée et la dislocation dut être opérée immédiatement.
Messieurs, il ne suffit pas de protéger nos soldats en temps de paix, mais il faut aussi songer à ce qui pourrait se passer en temps de guerre. Actuellement, dans certaines villes frontières, l’eau est peut-être suffisamment épurée dans les casernes, grâce â un filtrage sérieux â l’aide de filtres-
MALADIES ÉVITABLES. — FIÈVRE TYPIlbÏDE.
Cliamberland ; mais le débit d’eau pure donnée par ces filtres serait loin d’être suffisant en temps de guerre, où la population militaire serait dix à vingt fois plus considérable. Certaines de ces villes sont encore dans un état sanitaire déplorable au point de vue des maladies épidémiques. C’est ainsi que, dans la ville de Troyes, sur 10 000 habitants, tS périssent annuellement par fièvre typhoïde, alors qu’à Lille, où l’eau distribuée est de bonne qualité, on ne constate plus qu’un décès pour 10 000 âmes. Troyes serait cependautappelée, en cas de mobilisation, à devenir un point important pour la concentration des troupes. Notez que, il y aune dizaine d’années, une enquête fut faite pour chercher un remède à cette situation fâcheuse, et, que l’on trouva à une distance de 5 ou 6 kilomètres, des sources capables de fournir à la ville, en quantité plus que suffisante, une eau présentant toutes garanties hygiéniques désirables. Malheu reusement, cette enquête ne fut suivie d’aucun résultat.
Tous ne sauriez croire à quelle incurie et à quelles mauvaises volontés on se heurte, quand on propose un système d’assainissement. Actuellement, Messieurs, Toulon perd encore chaque année 10 individus sur 10 000 habitants par fièvre typhoïde. Cependant, en 1884, j’ai fait, avec M. Bruniquel, un projet d’assainissement, comprenant l’adduction d’eau de source ; à partir de ce moment, les divers pouvoirs, l’autorité maritime, l’autorité militaire, la municipalité, entrèrent en lutte ; nous avons rédigé sur ce point quinze ou seize rapports, et nous pensions dernièrement avoir enfin obtenu le résultat désii'é depuis tant d’années, lorsque la municipalité a rejeté en bloc toutes les modifications proposées, après les avoir acceptées en détail.
En France, la mortalité annuelle causée par la fièvre typhoïde est d’environ 15 000 individus; ce nombre énorme représente environ 150 000 malades, ceux qui succombent étant, en général, dans la proportion de un sur dix. Ce sont. Messieurs, 15 000 existences qui peuvent être épargnées, à la condition que tout le monde y mette un peu de bonne P. Brouardei.. — Exercice de la niéd. 7
volonté. Les 15 000 personnes qui meurent cliaque année, frappées par celte redoutable affection, sont le plus souvent des jeunes. Je me souviens que, lorsque je vins à Paris pour commencer mes études médicales, j’avais dix-huit ans; j’eus la fièvre typhoïde, comme presque tous ceux qui arrivaient à Paris à celte époque. J'ai bien souvent entendu raconter à ma mère que, au plus fort de ma maladie, le propriétaire de l’immeuble où nous habitions la rencontrant dans l'escalier, lui dit : «11 est vraiment bien triste de perdre un enfant de cet âge, il a déjà beaucoup coûté, il n’a encore rien rapporté. » Je gardai rancune pendant longtemps à mon propriétaire, à cause de cette oraison funèbre un peu prématurée; mais, au fond, il avait raison. Ceux qui sont enlevés par la fièvre typhoïde sont, je vous le disais tout à l’heure, des jeunes, qui ont coûté à leur famille et qui sont emportés par la maladie au moment même où, pouvant marcher par leurs propres forces, ils se préparent à leur tour à fonder une famille, à moins que, atteints quelques années plus lard, ils ne meurent laissant une veuve et des orphelins qui souvent sont dans le besoin. Leur mort est donc bien une perte sèche pour la société, à laquelle ils n’ont pu rendre les services qu’ils en avaient reçus.
Messieurs, on m’a reproché d’avoir incriminé exclusivement l’eau comme mode de propagation delà fièvre typhoïde ; je n’ai jamais rien dit de tel. Au Congrès de Vienne (Ij, j’ai dit que, actuellement, 90p. 100 des fièvres typhoïdes avaient pour origine une eau contaminée, mais je n’ai pas affirmé que toujours l’eau devait être incriminée. La fièvre typhoïde se prend par le tube digestif; que le microbe y pénètre d'une façon quelconque, c’est tout un. Des cas bizarres peuvent se produire, où la fièvre typhoïde peut avoir une cause bien dilficile à dépister.
Ainsi, il y a peu de temps, me promenant avec un ami, je vis deux cuisinières, dont l’une portait un pain, traverser en cou-
(1) Brouardel, Modes de propof/alion de la fièvre typhoïde [Ann. d'hyg., 1887, t. XVIII, p. 385).
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rant la chaussée ; le pain loinbe dans le ruisseau, elle le ramasse, 1 essuie du coin de son tablier et le porte à son maître.
L été, qui d’entre vous n’a vu les revendeuses, les marchandes au panier, tremper leurs botles de radis, ou de cresson dans l’eau du ruisseau, de manière à leur donner un regain de fraîcheur; assurément les clients ne se doutent guère que les légumes qu’ils mangent, peuvent avoir été souillés par une eau contaminée.
Aous voyez donc, Messieui‘s, les pertes que, chaque année, la France subit par le fait d’une maladie qui, par l’application de mesures appropriées, est appelée à diminuer dans des proportions considérables, sinon à disparaître ; on ne peut donc reprocher au législateur d’avoir outrepassé ses droits en s’occupant de cette question, qui intéresse au plus haut point la société dans son ensemble.
b. — Choléra.
Je ne veux pas, empiétant sur le terrain de l’hygiène, vous faire ici une étude complète des modes de transmission des maladies épidémiques ; cependant, je dois vous montrer que, les conditions de propagation étant connues, la déclaration s impose; c est pourquoi je vous parlerai de deux autres maladies essentiellement évitables, le choléra et la variole.
Gomment se propage le choléra"! On a remarqué, avec juste raison, que les épidémies de choléra se renouvellent dans des conditions identiques, dans les mêmes villes, dans les memes contrées. Fn France, ce sont surtout les provinces
suivantesquiont été, de tout temps, les plus fortement atteintes : la Provence, la Bretagne et la Normandie. La Provence est en retard au point de vue hygiénique; vous connaissez, au moins parout-dire, l’état de malpropreté des rues qui, même dans les grandes villes, sont petites, tortueuses, sans trottoirs; on y pratique le jet des matières fécales au ruisseau; 1 air ne peut circuler, et les émanations de la rue, surtout pendant l’été, font de la ville un milieu des plus favorables au développement des épidémies. En
Normandie, presque toutes les maisons ont des puisards qui contaminent le sous-sol et les eaux qui en dérivent. En Bretagne, ce sont des puits qui servent, le plus souvent, à alimenter d’eau potable les villages, même les plus importants. Ces puits, dans lesquels le niveau de l’eau, qui repose sur le granit, se trouve à 7 quelquefois à 2 mètres au-dessous du niveau du sol, sont souvent contigus aux fosses d’aisance, dont ils ne sont séparés que par l’épaisseur d’un mur; vous pouvez voir par là, quelle est la qualité de l’eau de consommation, et notez qu’il est à peu près impossible de faire cesser cet état de choses déplorable, à cause de l’inertie des liabitants, qui se refusent à prendre les mesures d’assainissement les plus élémentaires.
Cependant, pour être le véhicule le plus fréquent, l’eau n’est pas le seul mode de propagation du choléra, car les quelques exemples suivants vous montreront que le contact entre pour une part dans la dilTusion des germes cholériques.
En 18G5 et 1866, pendant une épidémie de choléra à Pans,
M le professeur Proust remarqua que, lorsqu’un cholérique était couché dans un lit, les malades prenaient toujours le choléra à partir de ce lit, ceux placés avant lui étaient le plus souvent indemnes. Ayant fait une enquête, M. Proust s’aperçut que les malades étaient pris suivant l’ordre dans lequel on leur servait les aliments. Ea contagion suivait, en quelque sorte, la personne qui distribuait les portions et dont les mains avaient pu se trouver souillées au moment du service, par le contact du cholérique.
Certains états pathologiques peuvent être une cause de réceptivité plus grande des germes du choléra, constituant un milieu favorable à leur développement. A ce point de vue les aliénés ont une réceptivité toute particulière. M. Thoinot et moi fûmes appelés à faire une enquête, afin de chercher les causes de l’épidémie de choléra qui sévit, en 1892,a 1 asi e de Bonneval, dans la section des agités (1). Apres maintes
(1) Brouardel et Thoinot, Épidémie de choléra à L'asile des aliènes de Bonneval (.l?m. d’hyg., 1893, t. XXIX, p. 20.)-
MALADIES ÉVITABLES. — V.VHIOLE.
recherches, nous découvrîmes que la femme qui fournissait du tabac aux aliénés était allée quelque temps auparavant à Boulogne-sur-Seine, soigner son frère, un gendarme, qui était mort du choléra. Elle avait rapporté des papiers dans lesquels elle avait enveloppé le tabac destiné aux aliénés. Ce simple contact avait suffi pour faire naître une épidémie, qui se limita à la section des agités, sans doute parce que les autres sections ne reçurent pas de tabac et, d'autre part, parce que les sections sont absolument divisées, au point de vue des services et du personnel.
Messieurs, les épidémies de choléra ont causé parfois, en France, une mortalité qui dépasse 100 ÜOO individus; ces chiffres sont considérables, mais n’approchent pas du nombre des décès causés par d’autres maladies dont je vais vous parler dans un instant. Cependant, le trouble qu’elles apportent dans les transactions commerciales est énorme ; dans certaines villes, le commerce est ruiné pour un temps parfois très prolongé.
Lors de l’épidémie de 1884, le port de Marseille fut mis en quarantaine. La Chambre de commerce de cette ville se plaignit du tort considérable que la cessation de tout commerce causait à la ville et surtout aux ouvriers du port, population qui vit au jour le jour. Une enquête fut faite par le Préfet, qui se ti’ouvait être un ancien interne des hôpitaux. Messieurs, pendant la durée de la quarantaine, les affaires de la ville de Marseille subirent une moins-value de 800OU0O0.