‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 27 sur 164 · TUBERCULOSE · texte numérisé non relu

TUBERCULOSE

diphtérie ne l’a pas eue lui-même. On a trouvé, dans la bouche de certains enfants, des bacilles de Lœlller virulents, trois semaines ou un mois après le moment où ils s’étaient trouvés en contact avec un diphtérique. Un cas curieux vous montrera, d’une part, le danger du licenciement, et, d’autre part,, la propagation à distance de la diphtérie.

Aujourd’hui même, au Comité d’h3’giène, on nous a lu une communication au sujet de l’étiologie d’une épidémie de diphtérie qui se produisit dans quelques villages de la Vendée. L’enquête fut minutieuse et permit de constater les faits suivants : une épidémie de diphtérie avait régné dans la garnison de Melun. Les cavaliers du î2“ régiment de chasseurs avaient été renvoyés dans leurs foyers, et un certain nombre étaient retournés dans leurs villages, en Vendée. Quelques-uns, même parmi ceux qui étaient partis indemnes de Melun et qui n’eurent pas la diphtérie plus tard, créèrent des foyers dans leurs villages. L’infection s’était faite par simple contact. Chose plus curieuse encore, quand la caserne fut désinfectée et assainie, on rappela les soldats qui avaient été licenciés. Ils revinrent et rapportèrent de leur pays les germes de la diphtérie, qui occasionnèrent une nouvelle épidémie dans la garnison.

La diphtérie peut être comptée au nombre des maladies évitables, la désinfection et le sérum curatif nous permettront de diminuer, dans des proportions encore plus considérables, le nombre des décès occasionnés par cette infection.

Mais, comme pour la fièvre typhoïde, le choléra, la variole, on n'arrivera à un résultat que grâce à la déclaration de la maladie, qui permet à l’autorité prévenue de prendre immédiatement les mesures prophylactiques nécessaires.

E. — Tuuebcui.ose.

Je veux terminer cette étude des maladies évitables, par celle de l’alTection la plus redoutable de toutes, celle qui fournit en France la mortalité de beaucoup la plus consi-

dérable, la tuberculose. Messieurs, il meurt chaque année 130 000 individus par infection tuberculeuse; que celle-ci frappe le poumon, les séreuses ou les os, la mortalité effroyable qui la suit dépasse de beaucoup celle des plus violentes épidémies. Prenons, par exemple, la plus longue et la plus meurtrière des épidémies de choléra, celle de 1834-1833. Elle dura près de deux ans et fit 143 000 victimes, c’est-à-dire, en deux ans, 5000 de moins que la

tuberculose en une seule année.

Il est à remarquer que la tuberculose ne cause, parmi la population, aucun effroi ; que l’on apprenne qu il y a eu une catastrophe de chemin de fer, un coup de grisou dans une mine, un grand incendie, une angoisse extraordinaire étreint tout le pays, et pourtant le nombre des victimes est relativement minime. On nous annonce que le choléra est à nos portes, on parle aussitôt de prendre des mesures exceptionnelles. Je n’ai rien vu de plus probant, pour ma thèse, que l’émotion qui s’empara du Sénat, lorsqu on apprit que la peste régnait à Bombay; j’étais alors Commissaire du Gouvernement pour la discussion de la loi sur la santé publique, et je n’avais pas à intervenir dans la discussion sur la peste. Le ministre fut interpellé au sujet des mesures qu’il comptait prendre pour assurer la sécurité du pays. Il dut promettre la promulgation de mesures draconiennes, la mise en quarantaine de tous les passagers, la désinfection des marchandises; personne ne se préoccupa de savoir si la réalisation de toutes ces promesses était possible. Le Ministre ne put rassurer l’assemblée qu’en lui affirmant que les mesures les plus rigoureuses seraient prises, cette piomesse lui valut un succès parlementaire auquel s’associèrent tous les membres de rassemblée, sans distinction de nuances politiques.

Mais, Messieurs, nous sommes vraiment bien singuliers de nous inquiéter à tel point d’un danger hypothétique, alors que nous ne nous occupons que peu ou pas du mal qui nous ronge. Que voyons-nous, en effet, à Paris, chaque jour? Je

MALADIES ÉVITABLES. — TUBEBCULOSE.

VOUS dis Paris, mais je pourrais généraliser et dire aussi Lien, que voyons-nous chaque jour dans les villes et les campagnes?

Un ouvrier gagne assez aisément son existence, il est marié, a des enfants; il habile une pièce où l’on fait la cuisine, on mange et on couche. Le père de famille prend froid, tombe malade, il cherche d’abord à se^ soigner en continuant son travail, i! ne mange plus, il maigrit, ses forces diminuent, la tuberculose suit son évolution, il est obligé de s’arrêter. Les ressources s’épuisent rapidement, l’aisance relative de la famille fait place à la misère. La femme cherche à travailler, l’homme garde les enfants, mais bientôt la femme, à son tour surmenée, se privant de tout, même de nourriture, ressent les premières atteintes du mal qu’elle a pris aux côtés de son mari ; le père et la mère sont alors admis dans un établissement hospitalier, et ne tardent pas à succomber. Les enfants restent à la charge de l’Assistance publique. Quels entants. Messieurs! Nés débiles, élevés dans un air confiné, ils n’ont pas manqué, malgré les soins de leurs parents, de souffrir du dénûment causé par la maladie; ils ont vécu, couché dans une atmosphère remplie de bacilles qui vont se fixer et se développer sur un terrain bien préparé pour la réceptivité. L’un meurt de méningite, l’autre de phtisie pulmonaire, l’autre d’ostéite tuberculeuse. Si l’un d’eux résiste, il restera un infirme à la charge de la société. En peu d’années. Messieurs, la famille aura disparu.

Ce n’est pas tout, la famille est détruite, mais elle a semé son mal autour d’elle ; les voisins, pendant la maladie du père et de la mère, leur ont confié la garde de leurs propres enfants; ceux-ci ont vécu, ont joué dans la chambre des malades, ils ont touché aux linges souillés; ils sont ensuite retournés auprès de leurs parents, leur porter les germes du mal dont on meurt dans la chambre voisine.

Cela se passe chaque jour, c’est la vie et la fin de milliers de familles. Mais, direz -vous, ceux-là habitent un taudis,

l’iiygiène y est inconnue, ils en meurent, je le conçois; cependant, comment peut-il se faire que nous voyons le même fait se produire, non pas dans une famille d’ouvriers, mais chez des gens aisés, habitant, dans une avenue ou un boulevard, une maison présentant tout le confortable moderne? La réponse est facile. L’infection règne dans ces maisons à l’extérieur princier. Où? dans les combles. Tous n’avez sans doute, jeunes médecins, jamais vu les pièces réservées pour les domestiques, au sixième ou au septième étage de ces maisons d’aspect si confortable. Ce sont, le plus souvent, des chambres de2 mètres à 2“,5()de côté, et 2 mètres de haut, sans cheminée, avec, pour donner l’air et la lumière, un simple vasistas; le plafond, en pan coupé, retire encore une part du cube d’air ; l’été, 1 atmosphère y est surchautfée par le soleil qui darde ses rayons sur le zinc du toit; l’iiiver, on y gèle. C’est là que les domestiques, le plus souvent des jeunes filles, à peine acclimatées à la ville, habituées au grand air de la campagne, sont obligées de se reposer des fatigues de la journée; elles dorment mal, sont surmenées, au bout de quelques mois elles sont anémiques, après un an elles sont tuberculeuses. Messieurs, voilà un des points de départ de la contagion dans la classe aisée, la résistance à l’infection y est plus longue, parce que les soins y sont meilleurs, mais la contagion s’y exerce, et il serait facile de citer des cas dans lesquels le résultat final a été aussi funeste que celui que je vous exposais, il n’y a qu'un moment, pour la famille de l’ouvrier.

Il est certain que la tuberculose a une fréquence très variable suivant les dilTérents quarliei’s d’une même ville et qu’on la rencontre surtout dans les quartiers excentriques, ceux où la population est la plus dense et oii les conditions hygiéniques sont les moins bonnes. Je vous donne ici la statistique de la tuberculose dans deux quartiers de Paris et à Saint-Ouen, que l’on peut considérer comme un de ses faubourgs :

MALADIES EVITABLES.

Page 1