‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 44 sur 164 · Ordonnances erronées · texte numérisé non relu

Ordonnances erronées

Je me suis renseigné auprès des directeurs des principales pharmacies de Paris, afin de savoir si les cas d’ordonnaces erronées se présentent fréquemment; ils m’ont répondu que, plusieurs fois par semaine, ils étaient obligés

(1) Hullel.in officiel du syndicat des médecins de la Seine, 15 décembre 1890, n° 12, P . 331.

(2) Tribunal correctionnel de la Seine, 10® chambre, audience du 12 mars 1897. — .tournai Le droit, 2i avril 1897, n«> 90.

OHDONNANCliS EHHONÉES.

<le faire préseiUer à des médecins leurs ordonnances renfermanl des erreurs graves, soit erreurs de mots, soit erreurs de doses. Quand un client apporte une ordonnance de ce genre, le pharmacien le prévient que la préparation du médicament demandera quelques heures; pendant ce temps, on présente la prescription au médecin, qui le plus souvent, reconnaît son erreur; s’il maintient néanmoins sa première formule, le pharmacien lui demande de signer une déclaration, constatant que l’ordonnance lui a été représentée poiirla rectifier, dégageant ainsi sa responsabilité des suites fâcheuses que pourrait produire le médicament.

Comment se fait-il que de si grossières erreurs puissent si facilement se commettre?

Tous savez. Messieurs, que lorsque vous allez voir un client, pour peu que la maladie ait quelque gravité, vous êtes entouré de toute la famille éplorée, qui craint d’oublier le plus petit symptôme pouvant éclairer votre diagnostic, vous êtes entouré de personnes qui, ayant besoin d’être rassurées, vous parlent pendant tout le temps que vous rédigez votre ordonnance; de là bien des erreurs de plume.

Je vous donne le conseil, quand vous vous trouverez dans cette situation, de ne jamais répondre aux questions qui vous sont posées avant d’avoir terminé vos prescriptions. L ordonnance étant écrite, relisez-la à haute voix, expliquant avec détail à la famille la manière de prendre les médicaments, puis, après vous être assuré que tout est régulier, apposez votre signature.

ü. Erreurs commises p.\r le médecin, — Il y a quelques années, alors que 1 on commença à employer couramment dans la thérapeutique le chlorhydrate de quinine, un certain nombre d erreurs furent commises par des médecins, qui, entraînés par l’habitude, firent suivre le mot chlorhijdraie des mots « de morphine », cet alcaloïde ayant été jusqu’alors presque le seul prescrit dans sa combinaison avec cet acide.

188 LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN

Un médecin, après avoir visité une malade atteinte d’alTection pulmonaire, fit une prescription conçue dans les termes suivants :

Solution.

Chloi’hydrate de morphine 1 gr.

Eau 90 —

Potion.

Kermès 50 centigr.

Sirop 30 gr.

Sirop de tolu 30 —

Eau de laurier-cerise 30 —

Eau 30 —

Granules de Sedlitz 50 —

Solution claire. — La moitié demain de midi à une heure, le reste après-demain.

Potion. — Par cuillerée à soupe à prendre dans deux jours. — Une cuillerée après les crises de toux.

Granules: une belle cuillerée. Signé : X.

Ifien que la solution de chlorhydrate de morphine ne répondît à aucun des usages soit internes, soit externes de la morphine, le pharmacien exécuta rordonnance et se contenta de placer sur la bouteille contenant la solution une bande rouge orange, insuffisante d’ailleurs, pour prévenir que le médicament délivré était destiné à l'usage externe.

La malade absorba la moitié de la solution et mourut.

Des poursuites furent exercées. Le pharmacien affirma, pour sa défense, qu’il avait pensé que la solution était destinée à des frictions, et qu’on ne pouvait lui reprocher d’avoir exécuté une prescription mal formulée, parce que la quantité de chlorhydrate de morphine n’avait pas été écrite en toutes lettres, attendu, disail-il, que l’ordonnance de I8dfi était tombée en désuétude. Le tribunal de Lectoure, dans son audience du 5 avril 1895, condamna solidairement le médecin et le pharmacien à 5 500 francs de dommages-intérêts à payer au mari et à la fille mineure de la défunte (1).

(1) Bulletin officAel du syndicat des médecins de la Seine, 15 novembre 1805, p. 105.

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