III. — Choix de la médication
Avant d’entrer dans la critique du choix des diverses médications, je tiens à vous rappeler un fait qui domine toute la question, surtout lorsque le médecin prescrit une substance vénéneuse.
Une dose déterminée d’un médicament peut n’être pas toxique, mais la répétition journalière de cette dose relativement faible peut le devenir, si chacune des doses n’est pas entièrement éliminée dans les vingt-quatre heures, car, à la partie non éliminée, se surajoute chaque jour la dose nouvellement ingérée.
Ür vous savez que la plupart des poisons fabriqués par l’organisme ou ingérés sont éliminés par le rein. L’élimination d’une substance donnée sera donc d’autant plus rapide, que le rein sera en meilleur état. La perméabilité du rein est à son maximum chez l’enfant, puis diminue progressivement à mesure que l’on avance en âge. 11 y a quinze ans, au moment où l’on employait l’acide salicylique pour la conservation des denrées alimentaires, je Fis une série d’expériences, afin de voir le temps que mettait l’acide salicylique à s’éliminer, suivant l’âge.
Je fis prendre, pendant un repas, à trois personnes bien portantes 3/4 de litre de vin contenant un gramme d’acide salicylique. Yoici les résultats obtenus :
Chez la première, âgée de vingt-cinq ans, l’acide salicylique parut dans les urines au bout de trois quarts d’heure, et l’élimination fut complète après vingt-quatre heures.
LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
Chez la seconde, âgée de quarante-trois on quarantequatre ans, rélimination commença seulement après sept a luiit heures et ne fut terminée qn’après quarante-huit lie U res.
Lnfin, chez la troisième, âgée desoixante-six ou soixantesept ans, rélimination ne commença qu’après quarantehuit heures et dura huit jours.
\ous vo}^ez que, dans les conditions spéciales à la troisième personne, le rein fonctionnait lentement ; l’accumula-
tion d un produit toxique même ingéré à petites doses répétées s’accumule donc, et constitue à un moment donné une dose élevée, qui peut produire des accidents; on ne songera guère à les mettre sur le compte de médicaments qui semblent inotlensifs, et qui, en fait, le seraient pour des individus dont le rein fonctionnerait normalement.
Avant toute chose, quand vous instituerez une médication, il faudra que vous vous occupiez de l’état des reins de votre malade, que vous connaissiez leur perméabilité. Cette recherche, que l’on commence à faire couramment dans les services hospitaliers, à l’aide du bleu de méthvléne, doit être pratiquée chez tons les malades un peu âgés, et chez ceux qui, quoique jeunes, peuvent être soupçonnés de ne pas avoir les reins normalement perméables, par suite d’une maladie antérieure.