MERCURE
des résultats obtenus, mais ce sur quoi je veux appeler votre attention, c’est la susceptibilité exceptionnelle que présentent certains individus, chez lesquels une dose en apparence minime de calomel peut amener de graves désordres et même la mort.
Un médecin prescrit à un enfant atteint de méningite les paquets suivants :
Calomel 3 ceotigr.
Sucre de lait 50 —
Pour un paquet 4 : à prendre, etc.
L’enfant succombe après avoir absorbé le contenu des quatre paquets de calomel, c’est-à-dire 12 centigrammes de calomel, ce qui, en général, n’est pas une dose toxique.
Une enquête fut ouverte; heureusement l’autopsie révéla l’existence d’une méningite tuberculeuse grave, bien suffisante par elle-même pour expliquer la mort, et l’affaire n’eut pas de suites.
Depuis quelque temps, on a préconisé le traitement de la syphilis par les injections sous-cutanées de calomel. Il y a huit mois environ, un médecin de la ville de X..., dans le Midi, fut appelé à donner ses soins à la femme d’un fonctionnaire nouvellement nommé dans la ville ; elle était atteinte de syphilis et informa son nouveau médecin que son confrère d’une ville- voisine, où elle résidait auparavant avec son mari, la soignait par la méthode des injections sous-cutanées de calomel; à l’appui de son affirmation, elle lui montra ses ordonnances. Le médecin continua le traitement par voie hypodermique, mais, trouvant la dose de calomel un peu faible, il l’augmenta légèrement ; il eut soin d’en prévenir sa cliente et son mari. Celle-ci fit exécuter la prescription chez un pharmacien de la ville; à la suite d’une injection sous-cutanée de 10 centigrammes de calomel, la malade mourut.
Messieurs, aucun des médecins qui avaient examiné cette femme ne s’était aperçu qu'elle avait de ralbumine dans
LA RESPONSABILITÉ DU MÉDECIN
les urines et qu’elle présentait une lésion rénale très accentuée, ils avaient eu tort d’employer une médication aussi active, sans s’être auparavant assurés de l’intégrité des organes d’excrétion de leur malade. Cette affaire eut des suites devant les tribunaux. Le médecin fut acquitté^ et le tribunal basa sa sentence sur ce fait que le médecin avait peut-être eu tort d’augmenter la dose de calomel qui devait être injectée, mais que cet acte ne pouvait lui être reproché, attendu qu’il avait prévenu la malade et son mari de cette augmentation, et que c’était la malade elle-même qui avait porté l’ordonnance chez le pharmacien, afin de la faire exécuter.
Le sublimé corrosif ou bichloriire de mercure^ n’est guère employé à l'intérieur; les seuls cas d’empoisonnement constatés à la suite d’absorption de solutions de ce sel se sont produits chez des malades ayant commis une confusion entre les flacons qui leur étaient remis les uns pour l’usage interne, les autres pour l’usage externe. Plusieurs cas ont é é signalés dans les hôpitaux ; ils sont dus à la mauvaise habitude que l’on a de laisser traîner, soit sur les tablettes placées à la tête des lits, soit sur les tables de nuit, des fioles contenant des substances médicamenteuses. C’est ainsi qu’un malade délirant ou mal éveillé peut avaler, par erreur, une substance toxique; mais ces cas, n’engageant pas la responsabilité du médecin, ne rentrent pas dans le cadre de notre sujet.
Il y a quelques années, je fus commis pour une erreur, qui du reste ne fut pas absolument démontrée. Un chirurgien aurait, au dire du malade, pratiqué dans le canal de l’urètre une injection de sublimé, au lieu d’une injection de cocaïne. Voici les faits.
Un nommé G... fut opéré par M. le D'’ X... dans sa clinique particulière, pour des rétrécissements de l’urètre multiples; il y en avait trois : le premier à 3 millimètres de l’entrée, le seeond, infranchissable, à 17 centimètres, le troisième à