‹ L'exercice de la médecine et le charlatanismeChapitre 60 sur 164 · Arslnic · texte numérisé non relu

Arslnic

Je ne vous parlerai pas longuement de l’arsenic ou des médications arsenicales. Je vous rapporterai seulement un mode d’élimination de l’arsenic qui présente le plus grand intérêt pour le médecin et n’est signalé, je crois, dans aucun traité de tbérapeiUique ; je veux parler du lait. Mon attention fut attirée sur ce point dans les circonstances suivantes :

Alix environs de Vesoul, il y a quelques années, un homme fut accusé par sa femme d'avoir tenté de l’empoisonner à l'aide de l’arsenic. Ou trouva facilement des traces d'arsenic dans les vomissements de la victime, et l’on découvrit un paquet d'arsenic dans les vêlements de l’inculpé ; le cas n’était pas niable. Cependant la femme accusa son mari d'avoir voulu l’empoisonner une première fois, quinze ou seize mois auparavant, alors qu’elle nourrissait son enfant au sein ; elle avait guéri, mais l’enfant était mort, et elle attribuait cette mort à l’attentat dont elle-même avait été victime.

Le juge d’instruction me demanda s’il était possible de retrouver l’arsenic au bout de ce temps dans les viscères de l'enfant ; je répondis affirmativement, car, vous lesavez, l’arsenic est le poison qu’il est le plus facile de retrouver, et de plus il empêche ou du moins retarde fort longtemps la putréfaction. Ainsi, quand je praticiuai des recherches lors de l'exhumation de la première femme de l'el, qui élait accusé de l’avoir empoisonnée à l’aide de l'arsenic, je trouvai le cadavre, qui avait été inhumé quatre ans auparavant, absolument intact. Dans le cas qui nous occupe, le cadavre de l'enfant était admirablement conservé, la peau (Hait seulement un peu parcheminée, et il fut facile à M. l’ouchet et à moi de reconnaitre la présence d'une quantité très notable d’arsenic dans les différents viscères.

A la suite de cette constatation, nous fîmes des recherches

ACONITINE

à riiôpital Saint-Louis, où il arrive fréquemment que des nourrices, atteintes d’alTections cutanées, suivent une médication arsenicale ; nous trouvâmes que l'arsenic s’éliminait chez ces femmes en partie par les voies ordinaires d’élimination, la peau, les poils, les ongles, les bronches, mais que la plus grande partie s’éliminait par l’intermédiaire de la sécrétion lactée.

Je vous signalerai un autre mode d’intoxication devenu rare, depuis la pratique de l’antisepsie. Autrefois, les préparations arsenicales étaient souvent employées pour le pansement et la cautérisation des ulcères anciens et particulièrement les ulcères variqueux ; on préparait également des flèches arsenicales, qui servaient comme caustique, pour l'ablation des tumeurs malignes. Ces procédés, qui ont causé plusieurs cas d'intoxication, sont tombés en désuétude, maintenant que l’on possède des moyens d’action beaucoup moins dangereux et beaucoup plus efficaces.

J’ai maintenant à vous parler de médicaments extrêmement toxiques, que le médecin ne doit employer que dans des cas d’absolue nécessité, et avec la plus grande circonspection.

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